Pourquoi VA déteste toujours l'OM

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Pourquoi VA déteste toujours l'OM
@ MAXPPP
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LIGUE 1 - Valenciennes reçoit l'OM dimanche. Une affiche sous tension, même vingt ans après.

VA-OM, deux acronymes à jamais liés par l'"affaire". Près de vingt ans plus tard, à l'heure de recevoir le club phocéen, dimanche, au Stade du Hainaut, pour le compte de la 7e journée de Ligue 1, l'animosité (plus que la haine) est toujours de mise à Valenciennes, non pas tant du côté du club (les dirigeants et les époques ont changé) que des supporters, dont certains étaient là, le 20 mai 1993. Europe1.fr les a interrogés sur leurs souvenirs et les conséquences de cette affaire qui avait secoué le football français. Et valenciennois.

L'affaire VA-OM éclate en mai 1993 :



Christophe Robert (930x1240)

© REUTERS

"Un souvenir funeste."* Le 20 mai 1993, l'USVA (Union sportive Valenciennes Anzin) recevait l'OM en division 1. La D1 n'existe plus (remplacée par la Ligue 1), l'USVA non plus (devenu VAFC). Finalement, seul l'OM a survécu à cette affaire...  "Marseille reste le symbole de la descente aux enfers de l'USVA, devenu par la force des choses VAFC", note Carlo. Pour Michael74, ce VA-OM de 1993, comptant pour la 36e journée de D1, est celui "qui a détruit le club en le plongeant dans le néant". Sur le terrain, l'OM l'emporta 1-0 avant que la tentative de corruption de trois joueurs valenciennois (Christophe Robert - "je le revois encore se tordre de douleur", se souvient SAQUEDIN59 - et Jorge Burruchuga qui l'ont acceptée, Jacques Glassman, qui l'a dénoncée) ne soit avérée. La Ligue de football professionnel décida de n'attribuer aucun point pour cette rencontre. L'USVA descendit en D2 pour... un point. L'OM fut déchu de son titre, non attribué au PSG, deuxième, et descendit en D2.

"Cette affaire a plombé l'OM, certes, mais ça nous a plongé encore plus profond et on a mis beaucoup de temps à nous en remettre, VA n'ayant pas les moyens financiers ni l'aura de l'OM", note Julien. L'OM attendra deux ans avant de retrouver l'élite (en 1995). Valenciennes devra en attendre treize (en 2006). "J'ai passé une bonne partie de ma jeunesse sans club de D1 dans ma ville, à cause de cet OM-là, ça ne s'oublie pas", concède Bibou59. Pendant que le club phocéen a peu à peu retrouvé les premiers rôles en D1, VA s'est enfoncé de plus en plus. Relégation en National en 1994. Rétrogradation administrative en CFA en 1996. Le CFA une deuxième fois en 2001 ("Il y a dix ans, on bataillait contre Raon-l'Etape ou Avion", souligne Bibou59). Puis Ollé-Nicolle, Leclercq, Kombouaré, Savidan ont peu à peu ramené le club vers les sommets et la Ligue 1, que le club n'a plus quittée depuis 2006.

Jacques Glassmann (930x1240)

© REUTERS

"Le mauvais rôle." Ce que les supporters de VA regrettent, ce n'est pas tant l'affaire en elle-même que ses suites : la descente au niveau amateurs, donc, mais également les réactions hostiles envers le club. "On avait toujours le mauvais rôle, club de corrompus pour les uns et club de balances pour les autres", souligne Julien. Comme lui, d'autres supporters valenciennois n'ont pas oublié les sifflets descendus des tribunes en D2 la saison suivante ou l'opprobre jetée sur Glassmann, l'homme qui avait dit non. "Il a été considéré comme une balance, l'homme par qui tout a commencé, l'homme qui a fait tomber l'OM, champion d'Europe en titre", résume VAFCNET. Pour tous, VA a été ostracisé pour avoir fait chuter le grand OM. Et, pour certains, cela continue : "il y a un faible intérêt, voire un mépris pour VA, avec peu de matches aux horaires de prime time ou des résumés très courts dans les émissions de foot", souligne Julien. En neuf journées de championnat (les 8e et 9e sont déjà calés), VA a bénéficié cette saison de deux "expositions" : une le samedi 1er septembre, à 17h, face à Lyon , sur Canal +, et une autre... ce dimanche, à 14h00, face à l'OM, sur BeIN Sport 1.

Tapie et Eydelie (930x1240)

© REUTERS

"Nord et Sud." Au-delà de l'affaire VA-OM, les supporters voient une opposition plus classique sur les "VAleurs". "VA est un club ouvrier, besogneux, un club local, "de terroir", avec une relation charnelle de proximité et d'identification forte avec ses supporters qui ne dépasse pas le Hainaut", décrit Julien. "L'OM est un club du Sud, friqué, bling-bling, emblème des années paillettes avec "Nanard" et avec un des plus gros palmarès de France." David contre Goliath, en quelque sorte. YohanFC a une façon plus cinglante de décrire cette opposition : "A VA, nous savons qui nous sommes. A l'OM, ils pensent être ce qu'ils ne sont pas." Ce que les les fans de VA ne semblent pas supporter, c'est de voir l'OM chéri dans beaucoup de villes du Nord ("Lille, Roubaix, Tourcoing, Calais...") "L'OM, c'est le plus petit dénominateur commun des Footix français", ose même Julien. "Même l'équipe du quartier Dutemple, dont est originaire Rudy Mater, le "régional de l'étape", le gamin de VA, porte des maillots qui sont la réplique quasi exacte de celui de l'OM." Les blessures restent à vif...

Ayew face à VA (930x620)

© REUTERS

"Un moyen d'exister ?" Certains supporters de VA s'interrogent sur la persistance de cette inimitié envers l'OM. "N'entretenons-nous pas un peu inconsciemment ce sentiment de détestation et de rivalité exacerbée afin de donner un peu de relief à notre ambition sportive en berne depuis quelques années ?", se demande ainsi Maxens. Le fait de poser la question donne du crédit à l'hypothèse. D'autres supporters font bien la distinction entre l'OM et ses dirigeants de l'époque ("Moi, ce qui me dégoûte, c'est que Bernès soit toujours dans le foot", insiste Lubanski**). Quant à Seric31, il regrette que certains jeunes qui n'ont pas connu l'épisode VA-OM foncent tête baissée dans l'anti-OM primaire : "ils ne comprennent pas qu'avant l'affaire, l'OM puisse avoir été apprécié voire admiré pour son jeu et ses joueurs". (...) A l'époque, le club honni était le PSG, suite au match de barrages du 4 juin 1974."

Ce jour-là, le PSG, battu 2-1 à l'aller, l'avait emporté 4-2 au retour, avec un dernier but de Jean-Pierre Dogliani contesté par les Valenciennois pour un hors jeu. Maudit un jour... Mais, à quelques heures de recevoir l'OM, les supporters de VA ont bon espoir de faire tomber le leader. "Quand je vais voir un VA-OM, plus que pour les autres matches, je souhaite une victoire pour clouer le bec à tous ces supporters du dimanche (ça tombe bien cette saison, c'est le bon jour)", sourit Vals. "Malgré l'affaire de 1993, j'ai du respect pour les vrais supporters de l'OM, qui vont quitter le Vieux-Port pour se taper des heures de bus pour suivre LEUR équipe, pas pour les autres." "Supporter" l'OM, oui, mais jusqu'à un certain point...

*La majorité de ces témoignages ont été recueillis sur le site officiel des supporters du VAFC (vaenl1.com)
**Jean-Pierre Bernès, alors directeur général de l'OM à l'époque, a été condamné à deux ans de prison avec sursis à l'issue du procès qui s'est tenu en 1994.