Un bilan ni Blanc ni noir

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Un bilan ni Blanc ni noir
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FOOT - Laurent Blanc est resté deux ans à la tête de l'équipe de France. Son bilan est mitigé.

Que reste-t-il des années Blanc ? Alors que le technicien a annoncé samedi, via un communiqué, sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête des Bleus, l'heure du bilan est arrivé. Réussites et échecs, Europe1.fr revient sur deux années mouvementées.

Larsson (930x620)

© REUTERS

Des résultats contrastés. Laurent Blanc a récupéré une équipe de France qui avait été éliminée au premier tour de la Coupe du monde dans un groupe comprenant l'Uruguay, le Mexique et l'Afrique du Sud. Il en a fait une équipe capable de battre le Brésil, l'Angleterre et l'Allemagne. Oui mais, en match amical. Car, lors de la série d'invincibilité des Bleus (23 matches), entamée après une vilaine défaite inaugurale face à la Biélorussie (!), il y a souvent eu des résultats nuls parfois gênants, comme celui en... Biélorussie (encore), en Roumanie ou face à la Bosnie, le match qui a qualifié les Bleus pour l'Ukraine. Lors de cet Euro, la seule phase finale que Blanc aura donc disputée sous son mandat, l'équipe de France a perdu deux fois (et clairement, à chaque fois 2-0, contre la Suède (photo) et l'Espagne), fait un nul (Angleterre 1-1) et gagné seulement contre l'Ukraine (2-0). Au-delà des matches de gala, Blanc a souvent connu des difficultés en compétition. Malgré des groupes relativement faibles, en qualification surtout, Blanc ne présente un pourcentage de victoires que de 50%, soit le plus mauvais total depuis Henri Michel. Même Raymond Domenech a fait mieux, avec 51,1%...

Yoann Gourcuff (930x620)

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Une volonté de jouer. Laurent Blanc en avait fait son cheval de bataille : obtenir des résultats oui, mais également proposer du jeu. Las ! Il y a la volonté et il y a la réalité. Combien de matches réellement aboutis les Bleus ont-ils livré sur les deux dernières années ? Très peu. Pour des Ukraine-France enthousiasmants (4-1 en amical en juin 2011, 2-0 lors de l'Euro), combien de Biélorussie-France (1-1 le 3 juin 2011) ou de France-Belgique (0-0 le 15 novembre 2011) particulièrement ennuyeux ? A l'issue de ces deux ans, force est de constater que Blanc n'a pas imposé sa marque. Son mérite : avoir installé durablement Karim Benzema à la pointe de l'attaque. Mais Benzema a manqué sa phase finale... Blanc a également longtemps misé sur Yoann Gourcuff avant de l'écarter du groupe des 23 pour l'Euro.  Et pour ce qui restera comme son dernier match à la tête des Bleus, face à l'Espagne, il avait opté pour un onze très défensif, avec Mathieu Debuchy ailier droit. Ce qui pouvait paraître comme un audacieux restera comme un ultime tâtonnement.

Nasri

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Une autorité contestée. L'une des premières mesures de Blanc lors de son arrivée à la tête des Bleus a été de priver du match amical Norvège-France les 23 membres du groupe des grévistes de Knysna. La bonne affaire. Pas sûr que Patrice Evra et consorts aient très mal pris de ne pas être du voyage en Norvège, en plein mois d'août. Avec cette décision, Blanc souhaitait passer rapidement l'éponge sur Knysna et s'offrir des perspectives avec certains des mutins, dont Franck Ribéry en premier lieu. Si l'on s'en tient à la performance du Munichois lors de l'Euro, on se dit qu'il a plutôt bien fait. "Francky", comme d'autres, n'a d'ailleurs pas manqué d'apporter son soutien à Blanc à l'issue de l'Euro. Mais d'autres ont par ricochets sapé son autorité : Hatem Ben Arfa en lui répondant dans le vestiaire ou Samir Nasri en répétant ses erreurs. Blanc n'a jamais paru en mesure de s'imposer en chef et d'imposer un sous-chef. Le feuilleton, étonnant et parfois assez cocasse, du capitanat, en est la preuve : Philippe Mexès, Florent Malouda, Alou Diarra ou Samir Nasri (oui, oui) ont tous été capitaines... Lors de l'Euro, le brassard a finalement atterri autour du bras du trop discret Hugo Lloris, lequel s'est fait rabrouer sur le terrain par Jérémy Ménez, représentant de la génération 1987 à laquelle Blanc a fait confiance. Tout un symbole.

Laurent Blanc, pub Crédit Agricole (930x620)

© DR

Une image brouillée. Fin avril 2011, moins d'un an après Knysna et son intronisation à la tête de l'équipe de France, Blanc s'est offert un psychodrame sociétal avec l'"affaire des quotas". Flashback. Le site Mediapart publie des extraits de réunion à la Fédération française de foot (FFF) sur la mise en place de "quotas discriminatoires officieux". Blanc y déclare : "qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les Blacks" puis "Les espagnols, ils m'ont dit : "nous, on n'a pas de problème. Nous, des Blacks, on n'en a pas"." Mis devant le fait accompli, Blanc se perd un peu dans ses explications, s'en sort sans sanction mais reconnaît avoir pensé à démissionner. Moins "touchy", Blanc participe l'hiver dernier à une opération de communication pour une banque (ici sur la photo, avec cette question assez ironique au regard de la polémique des quotas : "avez-vous le profil pour intégrer le groupe ?") sans en référer à la FFF et vient toucher un gros chèque de l'ordre de 250.000 euros. Pas un jackpot en termes d'image.

   

Blanc avec Le Graët (930x620)

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Sa relation avec le Graët. Blanc n'a pas été nommé par Noël Le Graët mais par Fernand Duchaussoy. Et ça change (presque) tout. Car Le Graët, élu nouveau boss du foot français en juin 2011, est un homme à poigne. Il a d'abord réglé l'affaire des primes du Mondial 2010, qui avait pollué (aussi) le début de mandat de Blanc. Et il a refusé d'accorder un blanc-seing au sélectionner en ne le prolongeant pas avant l'Euro. Le Graët reproche alors à Blanc un staff trop étoffé et donc trop onéreux. Blanc disposait de 22 personnes à temps plein à son service, ce qui est largement dans la norme des grandes équipes européennes et moins qu'à l'époque de Domenech. Mais Le Graët n'a jamais voulu transiger sur ce point. Et le communiqué de Blanc le confirme : "nous ne sommes pas parvenus à trouver un terrain d’entente autour du management de l’équipe de France pour les 2 saisons à venir". Et les raisons évoquées ci-dessus avaient placé le président de la FFF en position de force pour négocier.