Bachelot raconte "une atmosphère de plomb" à Knysna

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Bachelot raconte "une atmosphère de plomb" à Knysna
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SOUVENIRS, SOUVENIRS - L’ex-ministre des Sports, présente lors du fiasco sud-africain en 2010, raconte "un opéra maléfique".

En quatre ans, Roselyne Bachelot n’a rien oublié. Lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, la ministre des Sports de l’époque a eu le terrible privilège de vivre le fiasco de Knysna, la grève des joueurs et le bus de la honte, aux premières loges. Elle avait même prolongé son séjour sud-africain pour tancer en personne les joueurs français. La désormais chroniqueuse de D8 revient pour la première fois, jeudi dans L’Equipe, sur son ressenti de l’affaire. "J’ai vécu là-bas quelque chose d’irrationnel, une sorte d’opéra maléfique", assure l’ancienne ministre.

Une "atmosphère de plomb". La première fois que Roselyne Bachelot a rencontré les Bleus, ils avaient encore toutes leurs chances, puisqu’il n’avait disputé qu’un match, un nul face à l’Uruguay (0-0). C’était à la veille du match face au Mexique (0-2), dans le luxueux camp de base des Français, à Knysna, et visiblement, la crise couvait déjà. "Une atmosphère de plomb régnait", raconte la ministre. "Dans la salle à manger, l’équipe était séparée en quatre tables, selon les affinités : une était réservée aux coaches, les autres aux joueurs. Et ce quatre groupes ne se parlaient pas", poursuit-elle.

 

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© REUTERS

"Tu restes et tu engueules les joueurs". Après avoir assisté à la piteuse défaite de l’équipe de France face au Mexique, Roselyne Bachelot aurait dû rentrer en France. C’était sans compter sur les insultes d’Anelka et la grève des joueurs. L’ex-ministre raconte avoir appris la nouvelle lors d’une visite d’une école à Soweto. Immédiatement, elle prend ses consignes au plus haut niveau de l’Etat.

"Je me retrouve dans une salle de classe à parler au Président, qui me dit : "tu restes en Afrique du Sud, tu vas à la rencontre des joueurs et tu les engueules’", raconte Roselyne Bachelot. Puis coup de fil au Premier ministre. "Il me dit : ‘le Président est le chef d’orchestre, c’est lui qui décide. Mais tout ça, c’est quand même que des gars qui tapent dans un ballon.’ Les deux hommes étaient bien résumés dans ces coups de fil", s’amuse l’ex-ministre.

Un laïus, et la gloire internationale. Roselyne Bachelot suit donc les consignes présidentielles. Elle se rend à Bloemfontein, où les Bleus doivent rencontrer le lendemain l’Afrique du Sud (défaite 1-2). "Je voulais être seule avec les joueurs", explique-t-elle. "J’ai dit aux joueurs : ‘quelle image voulez-vous que vos mères et vos enfants gardent de vous ?’ Ils étaient sous le choc. Certains avaient les larmes aux yeux. Parce que je ne leur ai pas parlé comme une ministre, mais comme une mère. J’en avais l’âge".

Roselyne Bachelot se souvient surtout de l’impact produit par la pourtant brève conférence de presse qui a suivi. "J’étais en une des journaux sud-africains, pakistanais, américains, allemands… Tout cela était stupéfiant", assure l’ancienne ministre. "Evidemment, je connaissais la dimension universelle du football. Mais là, j’ai pris conscience que ce sport est un enjeu politique, même géopolitique. C’est pou ça que dire ‘ce ne sont que des gars qui tapent dans un ballon…’ eh bien non, finalement, ce n’est pas que ça", en conclut-elle.

Raymond Domenech, 930

© REUTERS

Domenech en prend pour son grade. Roselyne Bachelot n’oublie pas d’égratigner Raymond Domenech. Le sélectionneur des Bleus de l’époque avaient raconté que si les joueurs avaient les larmes aux yeux après le discours de la ministre, c’était de rire. "C’est faux. Cette réflexion montre bien le mépris qu’avait Domenech pour ses joueurs", s’agace la chroniqueuse télé. Puis, plus tard : "si des chefs de clans ont surgi, c’est parce que l’encadrement était défaillant. C’est pour cela que la responsabilité de l’encadrement de l’équipe de France est majeure dans cette affaire. "