Vinokourov accusé d'avoir acheté Liège

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Vinokourov accusé d'avoir acheté Liège
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CYCLISME - Le Kazakh est soupçonné d'avoir acheté son succès dans Liège-Bastogne-Liège, en 2010.

Dans le grand livre de la triche dans le cyclisme, Alexandre Vinokourov peut prétendre à un chapitre entier. Le 25 avril 2010, huit mois après son retour à la compétition suite à une suspension de deux ans pour dopage aux transfusions homologues, le Kazakh remportait Liège-Bastogne-Liège en distançant dans le dernier kilomètre le Russe Alexandr Kolobnev. Mercredi, Le magazine suisse L'Illustré annonce détenir les preuves que les dés étaient pipés et que "Vino" avait acheté son compagnon d'échappée pour la coquette somme de 100.000 euros. Le magazine publie notamment ce qui est présenté comme des extraits de mails, qui éclairent d'un jour nouveau la vidéo de l'arrivée...

Vinokourov remporte Liège-Bastogne-Liège 2010 :

Lorsque Vinokourov franchit la ligne d'arrivée, quelques sifflets se font entendre. A l'époque, la victoire de "Vino", acquise sur un démarrage au 500 mètres, avait déjà laissé sceptique. Aujourd'hui, elle pose clairement question. L'Illustré publie en effet le verbatim d'un mail envoyé par Kolobnev à Vinokourov dès le lendemain de la course. "Tu te rappelles que, pour moi, c’était une immense chance. Je ne sais pas si j’ai eu raison de faire ce que j’ai fait", écrit le coureur russe, avant d'expliquer : "voici la copie de toutes mes coordonnées bancaires et efface ce mail de ta boîte, sinon je risque de me faire couper les couilles".

"Mon seul réconfort : c’est toi qui as gagné"

Pendant la durée de leur échappée - les deux coureurs avaient résisté au trio Gilbert-Valverde-Evans lancé à leurs trousses -, le Kazakh Vinokourov et le Russe Kolobnev avaient échangé quelques mots à plusieurs reprises, ce qui avait déjà éveillé les soupçons. Les mails confirment la proximité entre les deux coureurs. "Même ma femme n’était pas trop chagrinée par le fait que j’aie été deuxième, parce que tu étais le premier", écrit Kolobnev dans son mail à Vinokourov. "Si, à ta place, il y avait eu un autre que toi, j’aurais couru après la victoire, la gloire et les bonus. (...) Mon seul réconfort sur mon âme : c’est toi qui as gagné et pas un aborigène quelconque."

Interrogé par L'Illustré, "Vino", figure de l'équipe Astana, se défend becs et ongles. Les discussions entre les deux coureurs ? "Dans une échappée, c'est normal, ce n'est pas interdit, non ?" Les 100.000 euros transférés à Kolobnev sur un compte à Monaco ? "Je fais souvent des versements à gauche et à droite, je prête parfois de l'argent, mais je n'ai jamais proposé d'acheter la victoire à Kolobnev." Contactée par le magazine suisse, l'Union cycliste internationale (UCI) annonce elle qu'"il pourrait y avoir des sanctions", "s'il y a des preuves".

A l'époque de Festina, déjà

Les courses achetées et les petits arrangements, c'est presque aussi vieux que le cyclisme. Proche de nous, Bruno Roussel, l'ancien directeur sportif de Festina, avait expliqué dans un ouvrage publié en 2001 que la victoire d'étape remportée par Richard Virenque à Courchevel sur le Tour de France 1997 avait été achetée à son compagnon d'échappée, le Maillot Jaune Jan Ullrich (pour 25.000 francs à l'époque) ou que celle de 1996 enlevée par le Suisse Pascal Dufaux à Pampelune avait été convenue avec le Danois Bjarne Riis (pour 7.500 francs).

Virenque devance Ullrich à Courchevel :

Mais, dans ces deux cas, Ullrich et Riis avaient in fine remporté le classement général de l'épreuve. Kolobnev, lui, n'a rien gagné vers Liège, confirmant son statut de loser. En effet, le Russe a toujours échoué dans sa quête d'une grande épreuve (2e des Mondiaux en 2007 et 2009 ou 3e du Tour de Lombardie en 2009) et a été le seul coureur à être contrôlé positif (à un diurétique) sur le dernier Tour de France. Le 25 novembre dernier, la Fédération russe, arguant de "circonstances atténuantes", l'a condamné à un avertissement et à une amende de 1.560 dollars, soit 1.160 euros. Il devrait avoir les moyens de la payer.