Le "Petit Poucet", tout un roman

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Le "Petit Poucet", tout un roman
@ Montage Maxppp/Reuters
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COUPE DE FRANCE - Depuis sa création, les petits clubs nourrissent la légende de l'épreuve.

L'ogre renversé, la malice récompensée, les ingrédients qui ont fait le succès du Petit Poucet pimentent la Coupe de France depuis sa création, en 1917. D'un côté, les pros, sûrs de leurs forces, de l'autre, les amateurs, en quête d'exploit. La métaphore avec le conte de Perrault était facile. "On a commencé à en parler dès l'après-guerre mais il est difficile de dater l'origine de cette expression. Je pense qu'un jour, un journaliste a dû l'utiliser dans un papier et elle est restée depuis", explique Stéphane Bitton, fin connaisseur de l’histoire du football et qui a participé à l'élaboration de l'ouvrage Coupe de France : la folle épopée*.

Une grande moitié de ce livre somme est d’ailleurs consacré à ce que l'on a l’habitude de rassembler sous le terme de "surprises". Des "surprises" de taille, la Coupe en regorge. "Il y eut d'abord El-Biar, club amateur algérien qui triompha en 1957 du grand Stade de Reims, celui qui avait atteint la finale de la Coupe des clubs champions la saison précédente. En 1968, c'est l'US Quevilly qui s'était illustré en atteignant les demi-finales. Le club, amateur, présentait la particularité de compter dans ses rangs un international français, Daniel Horlaville. Il y eut également Sanary-sur-Mer qui élimina Montpellier avant de chuter contre Saint-Etienne en 1982. Mais la plus belle aventure reste sans doute celle de Calais, parce qu'ils avaient atteint la finale, perdue contre Nantes (1-2)." Le lancement de Carole Gaessler au lendemain de la finale, le 8 mai 2000, est symptomatique du discours sur les "Petits Poucets" : "ils ont perdu le match mais définitivement conquis le cœur du public", dit-elle en intro...

Regardez ce reportage de France 2 sur la finale de Calais :

Le brillant parcours des Calaisiens, marqué par des victoires sur deux équipes de première division, Strasbourg et Bordeaux, marquent une vraie date dans l'histoire de la Coupe. "Cela reste le modèle en terme d'épopée, à la fois en bien et en mal d'ailleurs", explique Christophe Jammot, rédacteur en chef d'Eurosport France, diffuseur de la Coupe avec France Télévisions. "La finale de Calais a désinhibé le football amateur en montrant aux clubs que c'était possible de rivaliser avec les pros. Mais elle a montré que c'était difficile aussi de gérer l'"après". (...) Il y a d'ailleurs une réalité à souligner : dans l'histoire, aucun des clubs amateurs ayant réalisé un parcours significatif en Coupe n'a réussi à monter de division."

"C’est Astérix contre les Romains"

Et pourtant, les "belles histoires" de la Coupe, relayées par tous les médias, et pas seulement sportifs, ont tendance à se multiplier ces dernières années, à l'image de la demi-finale de l'US Quevilly - toujours elle - l'an dernier contre le PSG. "Désormais, les clubs amateurs s'appuient sur des joueurs plus expérimentés, dont beaucoup sont passés par des centres de formation", poursuit Christophe Jammot. "Et si les pros ignorent tout ou presque de leur adversaire, les amateurs, eux, peuvent voir les matches des clubs de Ligue 1, ça joue aussi en leur faveur."

Favorisés, les clubs amateurs ? Guy Lacombe, ancien entraîneur de Monaco, tombé aux tirs au but contre Chambéry en 32es de finale cette saison, a tendance à le penser. "Les médias sont là, donc il faut tout faire pour que le petit passe", avait-il déclaré au micro d'Eurosport... qui retransmettait la rencontre et qui sera encore là, dimanche, pour Vaulx-en-Velin (DH) - Rennes (14h45) et Agen (CFA2) - PSG (17h00).

"Plutôt que l'"odeur du sang", c'est la possibilité de retransmettre et raconter une histoire humaine qui nous attire, de proposer un film à suspense dont on ne connaît pas l'issue. C'est "Astérix contre les Romains"", souligne Christophe Jammot. Ne pas connaître l'issue, c'est aussi la garantie de maintenir en haleine les téléspectateurs jusqu'à la fin du fi... match. Encore faut-il que le petit tienne...

"Sur dix matches contre Vaulx-en-Velin, Rennes en gagnera neuf", souligne Stéphane Bitton. "Mais s'il n'y a qu'une chance sur dix de passer, les amateurs la joueront à fond. Dans ce genre de matches, le plus important est de ne pas prendre de but rapidement. Plus le temps passe à égalité et plus les petits prennent confiance..." Et après, la magie de la Coupe peut opérer...

Coupe de France, la folle épopée. L'Equipe, 2007. 436 pages, 39,00 euros.