La rencontre de deux Amériques

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La rencontre de deux Amériques
@ Montage Reuters/Maxppp
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BASE-BALL - San Francisco-Texas, c'est l'affiche inédite des World Series qui commencent mercredi.

Chaque année, à la même époque, c'est la même frénésie. En pleine période d'Halloween, l'Amérique vit au rythme des World Series, ou Séries mondiales, la finale du championnat de base-ball. Cette saison, l'affiche est inédite. Elle oppose les San Francisco Giants aux Texas Rangers. En finales de Ligue, les deux franchises ont respectivement sorti les Philadelphie Phillies et les New York Yankees, qui s'étaient opposés l'an dernier dans une finale 100% côte Est. Cette année, les World Series opposent deux clubs à l'histoire singulière, représentant chacun d'une certaine Amérique.

Deux Amériques face-à-face. D'un côté : le Texas, son électorat républicain, ses traditions et ses entreprises pétrolières. De l'autre : San Francisco, la ville cosmopolite, le Golden Gate, Twitter et Facebook. En jeu : la suprématie sur le sport n°1 aux Etats-Unis avec ses 2.430 rencontres par an. "Beaucoup de gens disent que San Francisco est trop sophistiquée pour être une grande ville de base-ball, que la franchise a été "parachutée"", explique le président des Giants, Larry Baer. "Mais au fil des années, nous avons découvert un profond attachement pour les Giants." Et l'attachement vient en gagnant.

Les Rangers, chouchous de Bush. En 1989, l'ancien président des Etats-Unis George Walker (Texas Ranger ?) Bush prend la tête d'un groupe d'investisseurs locaux qui rachètent la franchise. Actionnaire à hauteur de 1% dans le budget du club, le fils du président d'alors reste dans l'organigramme des Rangers, en tant que "managing general partner", jusqu'à son élection au poste de gouverneur du Texas, en 1994. Fan de base-ball, "W" garde un oeil sur la franchise pendant ses deux mandats à la Maison-Blanche (2000 à 2008). Avec les succès en play-offs, l'ancien président républicain a fait son retour dans le Rangers Ballpark d'Arlington, stade sorti de terre en 1994 et dont il avait décidé la construction.

Le traumatisme de 1989. L'année même où George W. Bush prend en main la destinée des Rangers, les Giants, vainqueurs des World Series à cinq reprises à New York, atteignent la finale pour la deuxième fois depuis leur arrivée à San Francisco. Menés 2-0 par les voisins des Athletics d'Oakland, les Giants reçoivent pour le match 3 le 17 octobre 1989. Alors que les préparatifs d'avant-match ont déjà débuté, la région est secouée par un tremblement de terre de magnitude 6,9 qui fera 63 morts et près de 4.000 blessés dans la région. La série, finalement remportée par Oakland 4-0, reprit dix jours plus tard, soit la plus longue interruption de l'histoire des World Series.

Une histoire mouvementée. Les Giants naissent à la fin du XIXe siècle à New York. Mais en 1958, la Ligue décide de se développer sur la côte Ouest du pays. Les Giants s'établissent alors à San Francisco tandis que les Dodgers, qui étaient eux aussi à New York, atterrissent à Los Angeles. La rivalité entre les deux franchises perdurent aujourd'hui. De leur côté, les Rangers sont nés en 1961 à Washington, sous le nom de Senators. Suite à des contre-performances et à de faibles affluences, la franchise déménage au Texas fin 1971. Et les Senators deviennent Rangers...

L'ombre du foot. Les Giants et les Rangers ont longtemps souffert de la popularité de leur puissant voisin estampillé NFL. Populaires mais aussi vainqueurs. Car si les San Francisco 49ers ont remporté les cinq Super Bowls auxquels ils ont participés avec notamment quatre titres pour la paire Joe Montana-Jerry Rice dans les années 1980, les Giants ont échoué à trois reprises en World Series depuis qu'ils sont à San Francisco (1962, 1989 et 2002). C'est encore pire pour les Rangers, qui partagent la ville d'Arlington avec les Cowboys, l'"America's Team" vainqueur du Super Bowl à cinq reprises (1971, 1977, 1992, 1993 et 95). Jusqu'à cette année, les Rangers n'avaient, eux, remporté qu'un seul match de play-offs dans leur histoire...

L'homme-clé : Cliff Lee. L'une des deux franchises va donc mettre fin à des décennies de disette. Les Rangers, qui ont sorti les champions en titre, les New York Yankees, au tour précédent, compteront sur leur lanceur Cliff Lee. Face aux Yankees, Lee a souvent fait la différence, notamment dans le match 3, où les Alex Rodriguez et autre Derek Jeter n'ont pas réussi à produire le moindre point. Les Giants, eux, s'appuieront sur l'expérience de leur manager, Bruce Bochy, qui a déjà disputé les World Series avec les San Jose Padres, en 1998 (défaite 4-0). Pour lui aussi, une victoire serait donc une première.