Verbaliser le port du voile intégral, "cela peut conduire à des mini-émeutes"

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La loi sur le voile intégral fête ses cinq ans lundi. Mais les policiers hésitent toujours à verbaliser, car ils craignent "des émeutes comme à Trappes en 2013".

La loi qui interdit de dissimuler son visage dans l'espace public fête ses cinq ans lundi. Le texte de loi, promulgué le 11 avril 2011, interdit les cagoules ainsi que les niqabs et les burqas. Une loi très controversée qui reste difficile à appliquer sur le terrain. En 2015, il y a ainsi eu nettement moins de verbalisations que les autres années. 

223 verbalisations en 2015 contre près de 400 en 2014. Depuis la promulgation de la loi il y a cinq ans, 1.500 femmes ont été verbalisées et l'an dernier, le nombre d'amende a presque été divisé par deux par rapport aux années précédentes. Il n'y a eu en effet que 223 verbalisations en 2015, contre près de 400 en 2014 et en 2013. La première raison avancée pour expliquer cette baisse est en lien avec les attentats de Paris en janvier et novembre, car dans un contexte de grande tension, les femmes intégralement voilées ont probablement limité leurs déplacements dans l'espace public.

"C'est une manière d'ameuter l’entourage". La baisse des verbalisations s'explique également par une forme de censure de la part des forces de l'ordre.Selon Nicolas Comte, le secrétaire général adjoint du syndicat Unité SGP police, les policiers préfèrent en effet parfois ne pas verbaliser. Une manière, pour eux, d'éviter les émeutes, comme ce fut le cas à Trappes en 2013 par exemple. "Bien souvent, c'est de la provocation. Le fait de porter le voile dans la rue, sachant que c'est illégal, c'est chercher à se faire interpeller et contrôler", estime le syndicaliste, interrogé par Europe 1. "C'est aussi une manière d'ameuter l’entourage". En conséquences, "ces situations sont compliquées à gérer pour mes collègues, car elles peuvent parfois conduire à des mini-émeutes", affirme encore Nicolas Comte qui déplore que "la sanction est assez faible, car les amendes ne sont que de 150 euros". 

Des amendes rarement payées. Même s'il y a eu moins d'interpellations en 2015, il est toutefois possible de dresser un portrait type des personnes verbalisées. Ce sont souvent des femmes assez jeunes, entre 20 et 29 ans qui sont, en majorité, françaises. Et ces femmes sont le plus souvent des multirécidivistes. L'une d'elle a par exemple reçu 33 amendes de 150 euros depuis la promulgation de la loi, et rien ne présage qu'elle s'arrête là. Car en réalité, la plupart des femmes verbalisées depuis cinq ans n'ont jamais déboursé un centime pour leurs amendes. Un homme d'affaire algérien s'est en effet engagé à régler la plupart de ces amendes. Il en a d'ailleurs déjà payé plus de 1.000.