"Tout un système de valeurs" derrière le mouvement étudiant contre la loi Travail

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L'historienne Ludivine Bantigny estime que le mouvement étudiant contre le projet de loi El Khomri ne doit pas être pris à la légère.

Les organisations de jeunesse qui appellent à manifester contre le projet de loi El Khomri mercredi sont-elles manipulées ? L’historienne Ludivine Bantigny a estimé que cette interrogation est "très choquante", mardi dans la Matinale d’Europe 1. "Est-ce que des électeurs diraient qu’ils sont manipulés lorsqu’ils sont appelés à voter ?", résume-t-elle.

"Un mouvement social de grande ampleur". Cette spécialiste de l’engagement des jeunes en politique voit dans la mobilisation contre la réforme du code du Travail "un mouvement social de grande ampleur". Elle tient à rappeler que le syndicat étudiant Unef, qui a des liens directs avec le PS - beaucoup de dirigeants et de cadres actuels du parti en sont issus, à l’image de son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis - n’est pas le seul acteur de la mobilisation. "Il y a de très nombreuses organisations syndicales solidaires étudiantes ou plus directement politiques, comme la gauche du PS, le NPA, le PC, SOS Racisme… Il y a une sorte de creuset d’organisations de jeunesse, ce qui est assez rare face à un gouvernement qui continue à s’affirmer de gauche", note Ludivine Bantigny.

Convergence de mouvements d'étudiants et de salariés. Ce mouvement social va-t-il "prendre" et durer ? Ludivine Bantigny évoque le témoignage de conseillers de l’Elysée à propos de mai 1968 : "Un mouvement de salariés, on peut maîtriser. Un mouvement de jeunesse, on peut maîtriser... Mais la convergence des deux, on ne maîtrise pas." Les manifestations de mercredi ont été lancées par les organisations de jeunesse, puis plusieurs syndicats de salariés, comme la CGT, FO, Solidaires et la FSU ont appelé à y participer. La SNCF et la RATP ont ainsi déposé un préavis de grève. Elles ne manifestent pas directement contre le projet de loi Travail, mais leur mobilisation est liée à la future négociation des règles du travail dans le secteur ferroviaire pour la première et à la question des salaires pour la deuxième.

"Derrière cette protestation contre le projet de loi El Khomri, il y a tout un système de valeurs", conclut l’auteure de La France à l’heure du monde. De 1981 à nos jours. "Un système de valeurs qui tient notamment à la solidarité intergénérationnelle, au fait de ne pas forcément passer sa vie à travailler, à récuser la précarité, à récuser l’instrumentalisation des jeunes comme variable d’ajustement."