Surpopulation carcérale : des peines "dont on peut interroger l’utilité"

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Pour Paul Marconot, président de l’Association nationale des visiteurs de prisons, l'ouverture de nouvelles cellules ne résoudra pas un problème lié au fonctionnement même du système judiciaire français. 

Il y a en France 58.000 places de prison pour 68.000 détenus. Deux chiffres qui trahissent l'étendue d’un problème qui dure depuis plus de 30 ans, et auquel s'attaque le ministre de la Justice mardi. Jean-Jacques Urvoas a présenté dans la matinée un nouveau plan pour améliorer les conditions de détention, envisageant notamment la construction de 10.000 à 16.000 nouvelles cellules d’ici à 2025.

Trop de monde dans les maisons d'arrêt. "C’est déjà un élément à prendre en compte. Ceci étant, l’entrée par le nombre de places n’est pas forcément celle que nous privilégions", a réagit au micro d’Europe Midi Paul Marconot, qui tient a rappeler quelques chiffres. "Quand on parle de surpopulation, ça n’est pas partout, c’est d’abord dans les maisons d’arrêt. Elles représentent 47.000 personnes, soit 70% des personnes incarcérées en France." Les détenus qui ne sont pas encore jugés, représentent 19.000 d’entre eux, soit 40% des personnes détenues en maison d’arrêt.

Décalage entre le verdict et son application. Un chiffre d’autant plus "inquiétant" pour Paul Marconot qu’il a augmenté de 11,5% en un an. En clair, on met de plus en plus de gens en détention préventive. Mais "il y a aussi de plus en plus de gens condamnés à des peines courtes de trois ou quatre mois, dont on peut vraiment s’interroger de l’utilité, et qui sont souvent l’exécution de décisions de justice datant de plusieurs mois, voire plusieurs années", relève-t-il.

La réforme de 2014. Pour ce responsable associatif, l’un des problèmes à l’origine de cette surpopulation dans les prisons vient du "tout carcéral" de la justice française. "Il faut vraiment s’interroger de l’utilité de peines comme ça", estime-t-il. Et si la reforme pénale de 2014 a bien installé la contrainte pénale, qui soumet d’abord le condamné à un ensemble de sanctions et d’obligations avant d’opter pour l’enfermement, il apparaît évident à Paul Marconot que "la justice ne l’a pas prise en compte". "On n’a pas de réflexion sur comment éviter la prison", et donc sur les peines alternatives, déplore enfin ce responsable associatif.