Responsabilité de l'Etat dans l'affaire Merah : Claude Guéant "prend acte" de la décision

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L'Etat a été jugé mardi en partie responsable de la mort d'un militaire tué par Mohamed Merah, en 2012. Claude Guéant, ministre de l'Intérieur à l'époque, réagit sur Europe 1.

INTERVIEW

"La décision de supprimer toute mesure de surveillance (...) est constitutive d'une faute" : quatre ans après les tueries perpétrées par Mohamed Merah, l'Etat a été jugé mardi en partie responsable de la mort d'une de ses victimes, un soldat tué à Montauban le 15 mars 2012. Le tribunal administratif de Nîmes a estimé à un tiers la part de responsabilité de l'Etat, jugeant que la faute commise, qualifiée de "simple" et non de "lourde", avait "compromis les chances d'empêcher un attentat". À l'époque, Claude Guéant occupait le poste de ministre de l'Intérieur. 

Pas de signe de "dangerosité". "Je prends acte de cette décision. Je ne sais pas si l’Etat fera appel ou non", réagit l'ancien ministre sur Europe 1. "Ce que je voudrais rappeler, c’est que, contrairement à une idée souvent reçue, Mohamed Merah a été suivi, écouté, pendant de longs mois par la DCRI à l’époque. Et au mois de novembre 2011, c'est vrai, lors d’un entretien qui a eu lieu avec deux fonctionnaires la DCRI, l’évaluation a été faite qu’il ne présentait pas de dangerosité, compte tenu de ce qu’il avait dit lors de cet entretien et de ce qui avait été observé. Il a donc été décidé de lever le pied et de ne plus le suivre." 

Entendu sur Europe 1
S’il était besoin de renforcer les services de renseignement de sécurité publique, il fallait que le gouvernement (de François Hollande, ndlr) le fasse.

"Les RG faisaient un travail critiquable". Hasard du calendrier, la commission d'enquête parlementaire consacrée "aux moyens mis en oeuvre par l'Etat" face aux attentats de 2015 publiait son rapport dans son intégralité mardi. Parmi les critiques émises, la suppression des Renseignements généraux (RG), voulue en 2008 par Nicolas Sarkozy. "Les RG faisaient un travail critiquable d’observation de l’actualité politique et sociale qui n’était plus de mise dans un Etat démocratique", justifie Claude Guéant. "Mais cette suppression n’a pas signifié la fin du renseignement antiterroriste. Et s’il était besoin de renforcer les services de renseignement de sécurité publique, il fallait que le gouvernement le fasse. Je rappelle quand même que l’ampleur de la menace terroriste a été décuplée après 2012", sous-entendu après l'arrivée de François Hollande à la tête de l'Etat.

"D'abord bien utiliser ce qui existe". Dans sa 18ème proposition, la commission préconise également la création "d'une agence nationale de lutte antiterroriste" afin de garantir une meilleure analyse de la menace et une coordination, opérationnelle notamment, plus efficace. Cette agence serait basée sur le modèle du Centre national antiterroriste (NTC), créé aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. "J’observe que la commission, qui déplore à juste titre la multiplicité des services, conclut à l’opportunité d’en ajouter d’autres. Je pense qu’il faut d’abord bien utiliser ce qui existe", souligne Claude Guéant.

"Le risque est là et bien là". Le rapport rend enfin publique l’audition de Patrick Calvar, le patron de la DGSI, qui livre de sombres prédictions sur les agissements des terroristes de Daech. "Je suis persuadé qu'ils passeront au stade des véhicules piégés et des engins explosifs, et ainsi qu'ils monteront en puissance", témoigne-t-il ainsi. "C’est vraisemblable", commente Claude Guéant. "Il suffit de voir l’intensité des menaces qui, jour après jour, viennent sur Internet. Malheureusement, le risque est là et bien là."