Promiscuité, bruit, honte : comment le mal-logement génère un "mauvais climat" chez les familles touchées

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Pour les 9 millions de personnes concernées par le mal-logement, la situation est éprouvante. Et ne s'améliore pas, dénonce la Fondation Abbé-Pierre dans son rapport publié mardi.

Un matelas pour les grands, un lit superposé où s'entassent les petits, le tout dans 9 mètres carrés. Fatima, 34 ans, n'a pas d'autre choix que de loger ses cinq enfants de 14 mois à 17 ans dans cette chambre d'un petit appartement de la région de Marseille. "Ça me fait très mal car les enfants n'arrêtent pas de se battre. Dans le même chambre, ça créé un mauvais climat, ce n'est jamais apaisé", déplore-t-elle. La vie avec les voisins n'est pas plus simple - "ça résonne beaucoup" - et inviter les copains des enfants suscite la "gêne". 

Macron doit "mener une vraie politique sociale". Comme Fatima, ils sont au total 8,6 millions de personnes à s'entasser dans de minuscules appartements, selon les chiffres de 2013 dévoilés mardi par la fondation Abbé-Pierre, qui appelle Emmanuel Macron à "mener une vraie politique sociale" en la matière. "On dit au gouvernement : vous venez de décider 1,7 milliard d'euros d'économies sur le logement social et 1,5 milliard d'économies sur les APL à partir de 2020, donc il est temps de redresser la barre pour donner une perspective aux mal-logés", réclame Christophe Robert, de la Fondation Abbé-Pierre, au micro d'Europe 1.

Des appartements trop grands. Mais le mal-logement concerne aussi ces personnes qui vivent dans des appartements trop grands pour elles. "Au départ, on était cinq enfants, mais ma mère se retrouve aujourd'hui toute seule dans un grand F3", explique Semra, qui tente de la faire déménager dans un logement plus adapté. Depuis un an, Semra n'a cessé d'envoyer des courriers recommandés à son bailleur social, sans réponse. Rien d'étonnant quand on sait que sur 30.000 dossiers déposés chaque année pour ce genre de situation, seule une demande sur cinq aboutit. L'état du parc HLM est en partie en cause, avec des petites surfaces qui sont rares, donc demandées, pour loger des personnes seules.

Entendu sur Europe 1
Les bailleurs sociaux n'ont pas un intérêt spontané à faciliter les mutations, pas vraiment avantageuses économiquement
Manuel Domergue, Fondation Abbé Pierre

"Fixer des objectifs aux bailleurs". Ce n'est pas le seul problème : "Les bailleurs sociaux n'ont pas un intérêt spontané à faciliter les mutations, pas vraiment avantageuses d'un point de vue économique. Il faut instruire la demande, proposer des logements, les rafraîchir voire les rénover", détaille pour Europe 1 Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre. "Pour agir, il faut sans doute fixer des objectifs aux bailleurs sociaux, qui ont à justifier leur utilité sociale." Ce sera l'un des enjeux de loi immobilier, débattue au printemps.

La situation s'aggrave. En attendant, rien ne semble s'arranger, selon la Fondation Abbé-Pierre : entre 2006 et 2013, le nombre de personnes vivant en surpeuplement "modéré" (par exemple quand il manque une chambre) a augmenté de 11,5% à 7,6 millions tandis que les surpeuplements "accentués" (quand le manque est plus important) a grimpé de 17,2% avec 797.000 personnes concernées. À l'image de Fatima et ses enfants, qui n'ont pas de bureau pour faire leurs devoirs. "Je leur ai dit qu'il ne fallait pas se décourager", raconte Fatima. La situation devrait heureusement s'améliorer : après cinq années de combat, la famille devrait être relogée dans un appartement plus grand.