Paola, 44 ans, bipolaire : "quand vous tombez, vous tombez très bas"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Paola a été diagnostiquée bipolaire en 2013. Elle décrit les effets de cette maladie au micro d'Olivier Delacroix sur Europe 1.

VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Paola, 44 ans, a été diagnostiquée bipolaire en 2013 même si son médecin avait des suspicions dès 2001. "Moi-même, parfois, je ne sais pas comment gérer ma propre personne", explique-t-elle à Olivier Delacroix sur Europe 1.

"Avant le diagnostic, on passe par des phases que l'on appelle hypomaniaques. Je suis bipolaire de type 2. Ça veut dire que je peux développer des moments d'agitation extrême. Dans ces moments-là, tout va très vite. Je me sens capable de tout.

"Quand on est en phase maniaque, on a l'impression de voler"

D'ailleurs, je fais des choses incroyables quand je suis dans cet état-là, que je ne ferais pas en temps normal. Par exemple, j'ai mis dix ans à passer mon permis. Quand j'étais en phase maniaque, je l'ai eu en 15 jours. Je passe des entretiens, j'obtiens des jobs pour lesquels je n'ai pas forcément les qualifications. Vous volez, personne ne va assez vite. Dans votre esprit, les idées fusent, vous allez vite, vous comprenez vite. Ça a pu être [agréable]. Quand vous êtes comme ça, vous êtes sûr de vous, vous avancez. 

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Quand on est en phase maniaque, on a l'impression de voler. On vit vite, très vite. L'année dernière, j'ai voulu conduire très vite dans un virage. Du coup j'ai été hospitalisée parce que j'étais très mal. [Cet événement était dû à la] volonté que ça s'arrête. C'est très difficile de vivre avec soi-même. C'est compliqué pour l'autre, compliqué pour notre entourage mais pour nous aussi. Moi-même, parfois, je ne sais pas comment gérer ma propre personne.

A l'annonce du diagnostic, "j'étais soulagée"

Je pense que ça demande une énergie tellement importante, vraiment intense, qu'à un moment donné, vous commencez à tomber et quand vous tombez, vous tombez très bas. C'est une hospitalisation par an.

[A l'annonce du diagnostic], j'étais soulagée parce que je l'ai cherché ce diagnostic. Ce qui a provoqué ça, c'est la naissance de ma fille. Malheureusement, ma fille a une maladie extrêmement rare avec des troubles du spectre autistique associés. Le psychiatre spécialisé en autisme qui s'occupait d'elle m'avait dit : 'Vous êtes bipolaire mais est-ce que vous êtes prise en charge par les meilleurs ?' Je l'ai regardé et je lui ai demandé : 'C'est qui les meilleurs ?' Elle me dit que ce sont les chercheurs du centre expert de Créteil, le professeur Marion Leboyer.

"Ce n'est pas possible d'être comme ça"

Donc j'ai consulté là-bas et depuis 2013 j'ai la chance d'être suivie par cette super équipe. On m'a dit : 'Vous avez un trouble bipolaire de type 2.' Ça met un nom sur cet état où on voit bien que vous n'êtes pas normal, les gens le voient.

En 2013, on m'a proposé le lithium, que j'ai refusé et que je refuse depuis très longtemps. Beaucoup de témoignages disent que le lithium provoque des effets secondaires horribles : perte de cheveux, prise de poids, peau sèche... Des choses d'ailleurs que je ressens à l'heure actuelle [parce que j'ai fini par accepter d'en prendre]. L'année dernière, j'ai fait une dépression gravissime.

Si on se positionne du point de vue de mon corps médical, ça va mieux [aujourd'hui] parce que je ne suis pas au fond de mon lit et je ne suis pas en train de retourner la planète. Par contre, en ce qui me concerne, ça ne va pas du tout. Je suis malheureuse. J'ai un mal-être au quotidien. Ce n'est pas possible d'être comme ça.

L'avis du docteur Marc Masson, psychiatre :

"Ces troubles bipolaires ne se manifestent pas toujours de la même façon. Ils peuvent débuter à la fin de l'adolescence, au début de l'âge adulte dans la grande majorité des cas, mais aussi un peu plus tard dans la vie. Ils peuvent commencer, dans 60% des cas, par une phase dépressive, et dans 40% des cas, par une phase d'excitation.

Il y a deux phases d'excitation possibles. Une plus modérée, que l'on appelle la petite manie, l'hypomanie, et une beaucoup plus extrême avec beaucoup plus d'agitation qui est la crise maniaque complète. Quand on souffre de crise maniaque sévère, on souffre de trouble bipolaire de type 1. Quand on a un trouble bipolaire qui se caractérise par une alternance de dépression et d'hypomanie, ou de manie modérée, on souffre d'un trouble bipolaire de type 2.

C'est difficile [à diagnostiquer] parce que, quand ça commence par une phase dépressive, ce qui est le cas dans la majorité des cas, on ne pense pas toujours que cette dépression s'intègre dans une maladie bipolaire qui va se caractériser par des alternances aléatoires de phases dépressives, quelques années d'intervalles libres et l'apparition ensuite d'une phase d'excitation, après une ou deux dépressions. En moyenne, aux Etats-Unis et en Europe, les études ont montré que le délai au diagnostic est encore bien trop long, de huit à neuf ans."