Ne pas savoir lire, ni écrire "c'était le stress permanent", témoigne un ancien illettré

  • A
  • A
Partagez sur :

Pendant 43 ans, Jean-René Mahé n'a pas su lire, ni écrire. "J'en ai toujours souffert même dans les petits plaisirs de la vie" raconte-t-il lundi sur Europe 1.

INTERVIEW

Il l'appelle son "sacerdoce, son "humiliation". Pendant 43 ans, Jean-René Mahé n'a pas su lire ni écrire. Si aujourd'hui c'est lui qui vient en aide aux illettrés au travers de son association, Addeski, il se rappelle combien son quotidien était un "stress permanent". "La première chose qui me venait à l'esprit le matin, c'était mon illettrisme", se souvient Jean-René Mahé. "Je me demandais ce qui allait me tomber dessus dans la journée."

"On est dénudé". Pendant 23 ans, il a caché son illettrisme à ses enfants. "J'en ai toujours souffert même dans les petits plaisirs de la vie" : lorsqu'il se rend dans l'isoloir pour voter, lorsqu'il veut lire des messages écrits sur l'emballage de gâteaux, ou encore écrire à sa future épouse. "C'était ma mère qui lisait les lettres. Pour les écrire, c'était mon frère et ma sœur. C'est frustrant. Il n'y avait pas d'intimité. Face à l'illettrisme, on est dénudé."

Un illettré "appartient toujours à quelqu'un". À 43 ans, il commence à apprendre à lire et à écrire grâce à un organisme. "Pour moi c'était formidable. On ne peut pas s'imaginer quand on découvre la lecture à 50 ans. Cela a été une aventure extraordinaire", confie-t-il. "J'ai l'impression que je m'appartiens. Quelqu'un qui ne sait pas lire, ni écrire, il ne s'appartient pas, il appartient toujours à quelqu'un." En France, 2,5 millions de personnes sont illettrées.