L'état d'urgence doit-il s'inscrire dans la durée ?

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L'état d'urgence doit-il s'inscrire dans la durée ?
@ MEHDI FEDOUACH / AFP
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Les avocats Jean-Yves Le Borgne et Thibault de Montbrial, invités de "Médiapolis", samedi matin sur Europe 1, ont réagi à la reconduction de l’état d’urgence. 

Alors que l’état d’urgence va être prolongé trois mois de plus à compter du 26 février, les avocats Jean-Yves Le Borgne et Thibault de Montbrial étaient invités à débattre sur ce régime d'exception dans Médiapolis, samedi matin, sur Europe 1. 

La justice judiciaire fragilisée. "La situation est suffisamment grave pour qu’on puisse admettre l'idée de mesures exceptionnelles, a reconnu le pénaliste Jean-Yves Le Borgne. Mais lesquelles et jusqu’à quel point ?" "Ce qui caractérise le nouvel état d'urgence, c’est l’absence à peu près complète de contrôle judiciaire", a-t-il alerté.

"Or, les problèmes d'atteinte aux libertés individuelles, que la justice et le police pratiquent dans les cas particuliers criminels ordinaires, et a fortiori dans les situations de menace terroriste, doivent être placés sous le contrôle de celui qui est le gardien naturel des libertés, le juge", a étayé le ténor du barreau.

"Il faut recomposer notre corpus législatif". Une réserve que ne partage pas Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris. Pour le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, "on est parti pour un phénomène terroriste qui va durer des années", auquel il faut donc trouver une réponse sur le long terme pour éviter d'avoir à reconduire l'état d'urgence tous les trois mois. "Il faut recomposer notre corpus législatif et notre organisation de sécurité pour pouvoir nous adapter", a affirmé Thibaut de Montbrial. Car "je pense que si vous n'êtes pas en sécurité, vous ne pouvez pas exercer vos libertés", a-t-il avancé, parlant de risque d'"attentat majeur".

Plus sceptique, Jean-Yves Le Borgne a de son côté mis en garde contre "un état d'urgence qui ne dit pas son nom, permanent, inscrit dans la loi ordinaire". "Nous sommes dans une situation d'exception, prenons des mesures d'exception. Mais ne les normalisons pas pour qu'elles durent", a insisté le pénaliste. 

>> Retrouvez sur Europe 1, tous les samedis matin, de 10 à 11 heures, l'émission d'Olivier Duhamel et Natacha Polony, Médiapolis.