L’armée de l’ombre des réseaux sociaux contre le djihadisme

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Depuis deux ans, des Français traquent les partisans du groupe Etat islamique sur Internet. 

L'ENQUÊTE DU 8H

Ils s’appellent la "brigade des kouffars" (mécréants en arabe, ndlr) et la "brigade des narvalos" (fous, ndlr). Vous n’en avez sans doute jamais entendu parler, mais depuis deux ans, ces internautes anonymes traquent les partisans du groupe Etat islamique sur Internet. Mais qui sont ces traqueurs ?

Ils déconstruisent le discours de Daech sur le net... Ils ont des profils très variés. Âgés de 25 à 60 ans, enseignants, traducteurs ou encore femmes au foyer, mais aussi évidemment pros de l’informatique. Ils habitent en majorité en province et pour les pionniers, tout s’est enclenché après la grande manifestation post-Charlie Hebdo, le 11 janvier 2015. Avec l’envie d’agir à leur échelle, ils ont commencé à faire de la contre-propagande sur les réseaux sociaux. Grâce à des comptes parodiques comme Abou Chabouche, Abou Lafacette, ils déconstruisent le discours de Daech avec des montages vidéos.

… et signalent les profils suspects. L’autre corde à leur arc, c’est le signalement des comptes, notamment à la plateforme dédiée du gouvernement. Sébastien, 29 ans, y passe plusieurs heures par jour. Dès qu’il a dix minutes, en attendant son train par exemple, il relève des indices sur les réseaux sociaux. "Une personne avec le doigt en l’air, c’est un signe d’allégeance très clair à Daech", explique-t-il au micro Europe 1. "Des personnes habillées tout en noir qui partagent les territoires que Daech a remportés face à l’armée syrienne, c’est aussi un autre indice qui ne trompe pas. Même s’il y a un pourcentage d’erreurs, globalement, dans 80% des cas, je ne me trompe pas".

"Connecter tous les détails et assembler le puzzle". Et pour certains de ces traqueurs, ça va encore plus loin. Ils sont une grosse dizaine à faire carrément de l’infiltration. L’un d’entre eux a accepté de nous raconter cette expérience sous couvert d’anonymat. Il n’en a même pas parlé à sa famille. "Ça consiste à se fabriquer un personnage virtuel, à s’incruster chez eux", confie-t-il. "Progressivement, on connecte tous les petits détails que je trouve au fur et à mesure. Il y a par exemple une personne relativement connue sur Twitter. On a réussi à faire le lien entre ses comptes Facebook et Telegram, à regrouper différentes pièces du puzzle qui nous ont permis de reconstituer son identité, sa ville, son âge. Et évidemment, toutes les informations utiles sont transmises aux autorités". Et depuis, ce jeune a été convoqué par la justice qui le suit.

Qu'en pense la police ? Mais au fait que pense la police de ces traqueurs ? Utilise-t-elle vraiment ces infos ? Le ministère de l’Intérieur refuse tout commentaire sur ce sujet. Il est en fait très rare que les services de police découvrent complètement un profil grâce à un simple signalement d'internaute. En revanche, selon nos informations, des détails transmis par ces traqueurs ont contribué à certaines arrestations l’été dernier, notamment chez les adolescents abonnés à Telegram. Mais attention, tout ça n’est pas sans risque. Ces traqueurs peuvent être découverts par Daech mais aussi par les services de renseignements français et étrangers qui surveillent, eux aussi, tous ces réseaux.