Guyane : trois mois après, les tensions refont surface

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Guyane : trois mois après, les tensions refont surface
De nouvelles manifestations ont eu lieu en Guyane ces dernières semaines.@ JODY AMIET / AFP
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L’application du plan d’urgence promis par le précédent gouvernement tarde à se concrétiser. A Cayenne, l’impatience des Guyanais se transforme à nouveau en colère.

Il y a près de trois mois, les Guyanais entamaient un mouvement social pour exprimer leur colère face à ce qu’ils considèrent être un abandon de la République. Au fil des semaines, et sans réponse de la métropole, le conflit s’était envenimé, conduisant à des grèves massives et un blocage total du territoire d’outre-mer. Finalement, le gouvernement de Bernard Cazeneuve s'était engagé, fin avril, en faveur d'un plan de soutien pour la Guyane, avec un milliard d'euro d'aide d'urgence en faveur de la sécurité, de l'éducation, des entreprises et de la santé. Mais les aides n’arrivent pas assez vite au goût de Cayenne et sur place, l’impatience se mêle de nouveau à la colère.

Manifestations et arrestations. Mardi, six membres des associations "500 frères" et "Trop Violans", parties prenantes du mouvement ayant paralysé la Guyane cinq semaines, ont été arrêtés. Ils ont été placés en garde à vue plusieurs heures pour "dégradation de biens publics, entrave à la circulation, entrave à la liberté de travailler, dissimulation du visage lors d'une manifestation" et pour l'un d'entre eux, en plus, "port d'arme de catégorie D (poing américain) et menaces". Les arrestations sont survenues lors d’une manifestation devant le centre des impôts de Cayenne, en soutien au personnel gréviste du Centre hospitalier André Rosemond. Des palettes ont notamment été enflammées.

L’hôpital attend 20 millions d’euros. L’hôpital est touché par un mouvement social depuis plus de deux mois. A l'appel du syndicat UTG Santé, une partie du personnel est en grève pour réclamer plus de moyens et d'effectifs supplémentaires. "Les effectifs sont insuffisants. Résultat, les conditions de travail et d'accueil des usagers sont indignes", a déclaré Rodrine Joseph du syndicat UTG santé. La semaine dernière, des membres de "Trop Violans" et des "500 frères" ont bloqué l'entrée de l'Agence régionale de Santé, que les forces de l'ordre ont débloquée au bout d’une semaine, selon le préfet.

C’est pourtant le centre hospitalier qui a bénéficié des premières subventions de l’État. Sur les 20 millions d'euros promis par le gouvernement pour payer les fournisseurs, 6,5 millions ont été versés début juin. "Il fallait très rapidement mettre à disposition de l'hôpital les moyens de rembourser ses dettes", a souligné le préfet de Guyane, Martin Jaeger, précisant que l'objectif fixé est "que l'hôpital privilégie dans ses paiements les entreprises guyanaises". Il a par ailleurs assuré que le reste du paiement sera effectué avant le 30 juin.

Les aides tardent à venir. Mais tout cela ne va pas assez vite au goût des autorités locales. Fin mai, les quatre parlementaires guyanais ont déposé un référé devant le tribunal administratif de Cayenne pour dénoncer justement le non-respect par l'État de l'accord de Guyane concernant l'hôpital. En effet, le personnel soignant attend surtout les 40 millions promis par le gouvernement Cazeneuve pour "moderniser l’hôpital". Mais cette somme ne sera débloquée qu’après le rendu du rapport de la "mission d'expertise en ressources humaines" arrivée début juin à Cayenne. Composée d'un membre de l'Inspection générale des affaires sociale (Igas) et d'un expert en hôpital, elle doit déterminer "la priorisation des investissements" et trouver des solutions pour améliorer le fonctionnement de l’hôpital. La mission, prendra "le temps qu'il faudra", a précisé le préfet.

Priorité à la sécurité. Le problème est que les aides déjà versées s’arrêtent à l’hôpital. Face à la complexité de la crise sociale guyanaise, le gouvernement n’avait pas planifié de calendrier précis pour les différents volets du plan d’urgence. Sur les 28 engagements de l’État, seuls une poignée sont en cours d’avancement. Priorité a été donnée à la sécurité. Selon le ministère de l’Intérieur, un escadron de 75 gendarmes mobiles "a d’ores et déjà été projeté sur place. Ils se consacrent spécifiquement à des actions de terrain dans les zones difficiles, conformément à la volonté des Guyanais".

Le plan prévoyait également l’envoi de 50 policiers et gendarmes cette année. Aucun n’est encore sur place mais "les recrutements sont en cours", assure-t-on au ministère. Les barrages sur les routes nationales 1 et 2 "ont démarré" et quant à la création d’une zone de sécurité prioritaire à Saint-Laurent-du-Maroni, "c’est fait". Enfin, le préfet de Guyane a rencontré les ambassadeurs des pays voisins pour relancer la coopération transfrontalière et "réimpulser une dynamique partenariale".

Un calendrier présenté rapidement. Pour le moment, c’est tout ce qui a été mis en place. Trop peu pour les Guyanais qui attendent notamment avec une impatience non dissimulée la "subvention exceptionnelle d’équilibre" de 53 millions d’euros destinée aux collectivités territoriales afin qu’elles payent leurs fournisseurs. En attendant, les entreprises locales sont exsangues et certaines sont au bord de la faillite depuis le début de la crise. L’État s’est également engagé à financer la construction de routes et d'établissements scolaires très attendus.

Au ministère de l’Outre-mer, on demande un peu de temps. Depuis la signature du plan, la France a changé de gouvernement. Il faut donc que la nouvelle équipe du ministère prenne en main le dossier. Après sa prise de fonction, Annick Girardin avait tenu à rassurer les Guyanais. "C’est un sujet que je traiterai en urgence", avait-elle déclaré sur franceinfo. Il faut désormais s'atteler à "la question de la mise en place du comité de suivi" et à la question de "la mobilisation de l'ensemble des ministères qui se sont engagés dans cet accord", a expliqué la ministre. "Ce plan d'urgence il faut aujourd'hui l'activer", a-t-elle insisté. Selon nos informations,  un calendrier devrait être annoncé d'ici deux semaines.