Grève : comment les médias vont compter le nombre de manifestants

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Une vingtaine de médias, dont Europe 1, adoptent jeudi leur propre méthode de comptage des manifestants. Il sera réalisé par un cabinet spécialisé.

Contre le "coup d'État social" en septembre : 150.000 personnes selon la France insoumise, 30.000 d'après la préfecture de police. Contre les ordonnances réformant le Code du travail, en octobre : 25.000 manifestants selon la CGT, 5.500 selon la police. Contre la politique "libérale" d'Emmanuel Macron, en novembre : 40.000 manifestants selon les syndicats, 8.000 selon les autorités… Entre les chiffres des organisateurs et ceux de la police, fournis par les médias par souci d'objectivité, il est parfois difficile de s'y retrouver. Pour coller au mieux à la réalité, une vingtaine de grands médias, dont Europe 1, a décidé de proposer un troisième nombre, élaboré par un cabinet spécialisé. Après un test lors de la manifestation du 16 novembre, ce chiffre sera utilisé pour la première fois jeudi lors de la manifestation des fonctionnaires et des cheminots, et proposé en parallèle des estimations "habituelles".

  • Quel est le projet ?

Depuis plusieurs mois, le collectif, qui regroupe radios, télévisions et journaux nationaux comme locaux, a confié au cabinet d'étude Occurrence, spécialisé dans le comptage du public, la mission d'élaborer l'outil le plus fiable possible. "L'idée est d'apporter un chiffre indépendant, et le plus solide possible scientifiquement, » explique Bérengère Bonte, directrice adjointe de la rédaction d'Europe 1, "pour en finir avec les querelles de chiffres qui finissent parfois par masquer le débat de fond".

  • Comment ça marche ?

Occurrence effectuera le comptage grâce à deux capteurs placés en hauteur - le troisième étage d'un hôtel, par exemple - qui traceront une ligne virtuelle sur la rue : chaque manifestant qui franchira cette ligne sera ainsi comptabilisé. Les trottoirs seront pris en compte et les flux à rebours ne seront pas comptabilisés.

"La technologie est fiable mais elle comporte une marge d'erreur", note Occurrence. Pour limiter ce risque, le cabinet effectuera des "micro-comptages humains" : la manifestation sera filmée pendant 20 à 30 secondes à différents intervalles et différentes "intensités", au début et au cœur du cortège, par exemple. Puis les manifestants seront comptés sur ces extraits, pour isoler les moments "très denses", "denses" et "peu denses" et appliquer des taux de redressement aux données. Les résultats seront mis à disposition des médias 15 minutes après le passage du dernier manifestant au point de comptage.

  • À quel point est-ce fiable ?

Lors de la mobilisation contre la "politique libérale" du 16 novembre dernier, cette technologie a été testée par Occurrence. Le cabinet a comptabilisé 8.250 manifestants - soit un nombre voisin de celui de la préfecture de police. Plusieurs recomptages manuels ont été effectués par le collectif de médias, qui ont abouti à des nombres sensiblement identiques.


Les méthodes de comptage de la police et des syndicats

Pour la police, des fonctionnaires établissent des points d'observation avec un ou deux hommes en charge du comptage et une caméra en hauteur, qui permet d'avoir vue sur la largeur des rangs des manifestants. Les agents désignés ont une formation de six mois et sont équipés d'un compteur manuel (un petit boitier qu’ils actionnent à la vue de chaque manifestant). À la fin de la manifestation, ils confrontent leurs chiffres.

Quant aux syndicats, "des compteurs sont détachés dans chaque manifestation, qui se mettent sur des points de passage précis", explique la CGT. "Ils appellent la centrale, qui compile et croise les chiffres, qui remontent de toutes les manifestations", ajoute-t-on. "Les compteurs ne sont pas spécialement formés", précise le syndicat.