Évasion de Redoine Faïd : "C'était imparable pour l'établissement" pénitentiaire

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De nombreuses questions se posent après la spectaculaire évasion de Redoine Faïd, dimanche matin, notamment sur le degré de sécurité de la prison de Réau, en Seine-et-Marne.

LE DÉBAT

"Cette évasion n'est pas tolérable, pas acceptable". Sur Europe 1 lundi midi, Joaquim Pueyo, député Nouvelle Gauche de l'Orne et ancien directeur de la prison de Fleury-Mérogis, ne décolère pas, au lendemain de l'évasion spectaculaire de Redoine Faïd de la prison de Réau, en Seine-et-Marne. À l'instar de Christian Lothion, l'ex-directeur central de la police judiciaire, qui a poussé un coup de gueule sur Europe 1 dans la matinée, Joaquin Pueyo dénonce le manque de moyens dans les établissements pénitentiaires, qui conduit à ce genre de bévue. 

Quid de l'affectation des détenus ? "Je ne mets pas du tout en cause les personnels, qui utilisent les moyens qu'ils ont à leur disposition", tient-il d'abord à souligner, avant d'établir la liste des nombreuses questions qui entourent la préparation et l'organisation de cette évasion. D'abord, "est-ce que les détenus sont bien affectés ? Est-ce que l'affection était judicieuse dans ce genre d'établissements ?", interroge l'ancien directeur de prison. Selon lui, "compte tenu du profil lourd de ce détenu", qui s'était déjà fait la malle en 2013 alors qu'il était incarcéré à Lille-Séquedin, n'aurait-il pas fallu "l'affecter dans des établissements à la sécurité optimale ?"


Qui est Redoine Faïd, le "roi de l'évasion" ?

Une prison pas assez sécurisée pour ce type de détenus. Selon Joaquim Pueyo, le degré de préparation de cette évasion - par hélicoptère et en à peine dix minutes - est tel que l'infrastructure actuelle de la prison de Réau ne pouvait y changer quoi que ce soit. En premier lieu, il manque des filins de sécurité au dessus de la cour d'honneur, où s'est posé l'hélicoptère. De plus, Redoine Faïd a été extrait alors qu'il se trouvait au parloir, "un lieu sensible dans les maisons centrales", souligne l'ancien directeur de prisons.


Enfin, l'évasion s'est déroulée un dimanche, jour "où il y a le moins de personnels". "Là, c'est vraiment un acte de guerre, on voit que des malfaiteurs bien préparés, c'était imparable pour l'établissement. L'infrastructure n'était pas suffisante pour contrer ce genre d'actes", analyse-t-il.

Faïd est-il resté trop longtemps au même endroit ? Autre question posée par Joaquim Pueyo, sur laquelle s'interroge également la garde des Sceaux Nicole Belloubet, invitée d'Europe 1 lundi matin : "Ne faut-il pas organiser davantage de rotations pour que ce genre de détenus ne puissent pas préparer des évasions dans de bonnes conditions ?". Redoine Faïd était incarcéré à Réau depuis huit mois. "En huit mois, on peut bien repérer les choses. Donc les rotations (dans d'autres établissements pénitentiaires) ne sont peut-être pas inutiles dans ce genre d'affaires", considère-t-il. Selon Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat national pénitentiaire Force Ouvrière, et également surveillant à Fresnes et à Paris-La Santé, "beaucoup d'éléments laissaient à penser que Redoine Faïd était en pleine préparation d'une évasion. D'où un premier déplacement de la prison de Fresnes vers Réau", atteste-t-il sur Europe 1.

La question d'un éventuelle complicité interne à la prison est également posée, et devra être éclaircie par les enquêteurs. Mais pour Yoan Karar, "nul besoin de complicité à l'intérieur pour savoir par où passer et comment organiser l'évasion". Et pour cause, il alerte : "allez voir sur Google Maps, vous verrez que les plans de la prison sont accessibles".