Deux détenues radicalisées condamnées pour avoir terrorisé la nurserie de la prison de Fleury-Mérogis

  • A
  • A
Deux détenues radicalisées condamnées pour avoir terrorisé la nurserie de la prison de Fleury-Mérogis
Les deux femmes ont été condamnées pour avoir instauré un climat de "terreur" à la nurserie de Fleury-Mérogis. (Photo d'illustration)@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
Partagez sur :

Deux jeunes mères, incarcérées à Fleury-Mérogis pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, avaient menacé de mort codétenues et surveillantes à l'automne 2016. Elles ont été condamnées à sept mois de prison, jeudi.

DANS LA SALLE D'AUDIENCE

Les rapports du personnel pénitentiaire les disent "inséparables". Pourtant, Nadia A.M. et Vanessa C. semblent n'avoir rien en commun. La première, visage fin et cheveux tirés, ne tient pas en place, s'esclaffant lorsque le tribunal mentionne sa prétendue radicalisation, pleurant à chaudes larmes quand il est question de l'enfant dont on lui a retiré la garde. La seconde, les yeux dans le vide, reste impassible, la tête appuyée sur la vitre du box. On la dirait parfois sur le point de s'endormir. Seuls quelques chuchotements et regards entendus laissent deviner la complicité qui unit les deux femmes, jugées pour avoir proféré des menaces de mort à l'encontre de leurs codétenues et de surveillantes.

"Demain, tu es une femme morte"

Les faits remontent à l'automne 2016, au sein de la nurserie de la maison d'arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne. "Il s'agit d'une cour centrale entourée par des cellules dont toutes les portes sont ouvertes pour ne pas troubler le développement sensoriel des enfants", décrit, à la barre, le directeur de l'établissement. Cette partie de la prison est réservée aux mères accouchant pendant leur détention et leur permet de passer 18 mois aux côtés de leur enfant, selon des règles relativement souples. Nadia A.M., incarcérée dans une affaire d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, y a été transférée en septembre, après son accouchement. Vanessa C., détenue pour son implication dans un dossier similaire, s'y trouvait alors depuis quelques mois, avec son bébé.

Le comportement des deux jeunes femmes est remonté à la direction de la maison d'arrêt à la mi-octobre, lorsqu'une détenue s'est plainte de les entendre lire des versets du Coran "sous ses fenêtres". Une fouille de leurs cellules par l'administration pénitentiaire a mis le feu aux poudres, créant un "climat de suspicion", selon les mots du directeur : les deux amies ont identifié des "balances" et multiplié les menaces à leur encontre. "Elle va voir comment je vais lui arracher la tête avec les dents", "demain, tu es une femme morte", "vous êtes tous des mécréants"… Ces propos, jamais proférés devant des surveillantes, ont été rapportés par des codétenues. Alors que l'une d'entre elles s'apprêtait à sortir, Nadia A.M. lui aurait juré que "ses frères" la tueraient elle, son mari et ses trois enfants.

"Des mots clichés de la radicalisation"

"Elles fabulent", s'époumone la principale intéressée lorsque la présidente l'interroge sur les faits. "L'islam ne permet pas les menaces. Et puis j'ai reçu une éducation, je ne parle pas comme ça." Le sourire aux lèvres, la prévenue explique que les phrases qu'on l'accuse d'avoir prononcées circulent dans tous les médias : "ce sont des mots clichés de la radicalisation. Ce n'est pas dur à trouver." La jeune femme élève la voix pour expliquer être victime d'un "complot" du directeur de la maison d'arrêt pour "lui enlever son fils". Le 4 novembre, après qu'elle a confié à une codétenue son projet de se suicider et de "(s)'arranger pour que (son) fils parte avant" pour ne pas "le laisser dans ce monde de mécréants", la garde de son enfant lui a en effet été provisoirement retirée.

L'interrogatoire de Vanessa C., qui a conservé ses droits parentaux mais ne peut plus quitter sa cellule, est nettement moins animé. À l'arrivée de Nadia A.M. à la nurserie, elle explique s'être éloignée d'une autre détenue avec qui elle était amie : "Elle ne me parlait que de ses débats sexuels (sic)." Quelques semaines plus tard, Vanessa C. a giflé et "tordu les doigts" d'une femme enceinte de six mois à travers les barreaux de sa cellule, lui rappelle la présidente. "C'est parce qu'elle avait fumé dans le réfectoire, à côté de mon fils", répond laconiquement la prévenue. Le tribunal continue d'énumérer les témoignages de détenues, insultées lorsqu'elles écoutaient de la musique ou chantaient. Plusieurs pensionnaires de la nurserie ont aussi évoqué des menaces tenues à l'encontre du personnel pénitentiaire. Vanessa C. a-t-elle vraiment dit : "Les surveillantes ne sont pas nombreuses ici, c'est facile de les égorger" ? "Je n'ai jamais prononcé ces mots", soutient-elle avant de se rasseoir.

"Un procès d'hypocrites"

"Dans plusieurs rapports, des surveillants racontent avoir trouvé des détenues dans des états terribles, en larmes, terrorisées", martèle la procureure en ouverture de son réquisitoire, décrivant un "climat de peur, de terreur" dans un lieu privilégié de la prison. Une version réfutée par les deux avocats des prévenues, Laurent Caruso et Jean-Louis Keita. "C'est un procès d'hypocrites, le fond du problème c'est qu'elles sont accusées de faits de terrorisme", plaide le premier. "Il n'y a aucune accusation directe. On leur reproche de faire du prosélytisme. On ne peut pas l'interdire, donc on monte un dossier pour autre chose", abonde le second. Un argument insuffisant pour le tribunal : reconnues coupables de menaces à l'égard de leurs codétenues comme de surveillantes, les deux prévenues sont condamnées à sept mois de prison.