Le passé trouble de Romain Caillet, expert du djihad et fiché "S"

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Le passé trouble de Romain Caillet, expert du djihad et fiché "S"
@ Capture d'écran iTélé
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La chaîne BFMTV a annoncé qu'elle stoppait sa collaboration avec le spécialiste, après avoir appris qu'il avait notamment affiché des positions favorables au djihad par le passé.

Il est considéré comme l'un des meilleurs analystes des réseaux djihadistes. Mais vendredi, par voie de communiqué de presse, la chaîne BFMTV a annoncé qu'elle mettait fin à sa collaboration avec Romain Caillet, intervenant sur son antenne depuis mars dernier. "Suite aux informations dévoilées cette semaine sur son parcours, BFMTV ne fera plus intervenir Romain Caillet en tant que consultant pour la chaîne".

Les révélations en question ? Celles parues dans un article de L'Obs, mercredi. On y apprend que l'expert fait partie, depuis plusieurs années, des 10.500 fichés "S" par les renseignements français pour leur "appartenance ou leur lien avec la mouvance islamique". Il y a une dizaines d'années, le consultant n'hésitait pas à partager ses sympathies pour le djihad, d'après le supplément média de l'hebdomadaire. "Je savais qu’il y en avait une [une fiche "S" ; ndlr], mais je ne savais pas qu’elle existait encore", a confié Romain Caillet au Parisienaprès que ces informations ont été dévoilées. 

La voie de l'islam à 20 ans. Converti à l'islam en 1997 alors qu'il a 20 ans, Romain Caillet racontait en 2015 à Libération : "J’avais des amis musulmans. Leur attachement à leur religion m’attirait. Mais, comme ils n’étaient pas très pratiquants, j’ai lu, je me suis renseigné, seul, pendant deux ans, jusqu’à ma conversion". Dans le courant des années 2000, le jeune homme officiait sur des forums sous le pseudo de "Colonel Salafi" pour défendre des positions favorables au djihad, indique L'Obs.

Une fréquentation des frères Clain. En 2005, Romain Caillet part s'installer au Caire, en Egypte. Là-bas, il apprend l'arabe et suit des cours dans un établissement qui sera fermé à la demande des occidentaux, soupçonnant l'endroit d'être un espace de recrutement pour le djihad. Le chercheur vivait à Nasr City, quartier cairote fréquenté par les milieux extrémistes. Selon L'Obs, Romain Caillet aurait côtoyé les frères Clain, partis en Syrie au côté de l'Etat islamique, et dont l'un des deux, Fabien, a enregistré la revendication audio des attentats du 13 novembre par l'organisation terroriste.

"J'ai vécu dans le 8ème arrondissement du Caire, à Nasr City, qui était comme un village où tout le monde se connaissait. J'ai croisé Jean-Michel Clain, mais beaucoup moins Fabien. J'ai un ami depuis 20 ans qui était en effet proche des deux frères", a reconnu le chercheur, vendredi, contacté par Le Figaro.

"Je ne suis plus pour le djihad". Placé en garde à vue par la sous-direction anti-terroriste (la SDAT) en janvier 2008, Romain Caillet expliquera : "Sur le djihad, je ne suis plus d'accord avec les Clain. Depuis mars 2007, je ne suis plus pour le djihad parce que je m'oppose au fait d'entraîner des jeunes pour se sacrifier à mourir sans avoir acquis au préalable les bases de l'islam". Il reniera aussi ses anciennes convictions, déclarant : "J'espère ne pas avoir été la cause d'enrôlement de jeunes au djihad. J'ai essayé de réparer mes erreurs en postant des repentirs publics." Aucune charge ne sera retenue contre lui.

Une fiche "S" toujours active. Mais en raison de ce passé trouble, Romain Caillet a fait l'objet, par les services de renseignements français, d'une fameuse fiche "S". Celle-ci, d'après L'Obs, serait encore active. Le spécialiste a réagi jeudi auprès Parisien, affirmant que sa fiche "S" est toujours d'actualité car, "une fois dans la base de données, c’est très difficile d’en ressortir". 

Une expertise réputée. "C'est le meilleur connaisseur de l'Etat Islamique", estimait David Thomson, autre illustre spécialiste des mouvements djihadistes, dans le portrait que lui avait consacré Libération. A l'Institut français du Proche-Orient, situé à Beyrouth où il s'est établi en 2010 avec sa femme et ses deux enfants, Romain Caillet s'était lancé dans une thèse sur "Les nouveaux muhâjirûn. L’émigration des salafistes français en 'terre d’Islam'". Un travail de recherche abandonné peu avant son expulsion du Liban (pour des raisons assez opaques) en mars 2015, avait rapporté Le Monde à l'époque.

Le "geek du dijhadisme". Avec sa "profil picture" Twitter sous les traits de Calimero, le "geek du djihadisme" selon les termes de Thomson, est présent depuis juillet 2013 sur le réseau social. Le chercheur et consultant poste activement des informations, vidéos et photos en lien avec l'Etat islamique sur son compte, auquel sont abonnés plus de 33.600 followers. 



Nombre de médias n'hésitent pas d'ailleurs à le solliciter très régulièrement pour son analyse reconnue, à l'instar de BFMTV qui l'avait choisi il y a quelques semaines pour devenir son expert "sur les questions de djihadisme". Une collaboration qui aura vite tourné court. La chaîne regrette en effet que "Romain Caillet n’a pas jugé utile de préciser à la chaîne un certain nombre d’éléments importants de son passé, liés directement aux questions qu’il devait évoquer à l’antenne", a-t-elle précisé dans son communiqué.



Auprès du Figaro, Romain Caillet a déclaré avoir vécu "une expérience intellectuelle". Mais "jamais une activité militante. Je n'ai jamais adhéré pleinement au courant djihadiste, même si j'avais de la sympathie pour certaines de ses thèses", s'est-il défendu.