La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine à l'arrêt à partir de jeudi

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La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine à l'arrêt à partir de jeudi
Certains automobilistes n'ont plus de carburant.
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2.400 stations-service sont toujours en "difficulté" d'approvisionnement mardi. Les salariés de la centrale nucléaire de Nogent-Sur-Seine ont décidé de se joindre au mouvement de protestation.

L'ESSENTIEL

20% des stations étaient encore fermées ou en grandes difficultés mardi, sur les 12.000 que compte la France, selon le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies. "On parle de pénurie. Mais la vérité (...) c'est que ces trois derniers jours, nous avons aussi battu tous les records de consommation", a déclaré le secrétaire d'Etat. 

LES INFOS A RETENIR

  • Six raffineries, sur les huit que compte le pays, sont à l'arrêt ou tournent au ralenti

  • Mardi matin, Total dénombrait 188 stations-service en rupture totale et 513 en rupture partielle dans son réseau de 2.200 stations

  • Le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies a fait état de records de consommation, "avec 500% d'augmentation dans certains secteurs"

  • Les salariés de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, ont voté la grève et l'arrêt de la production d'électricité à partir de jeudi

  • Six raffineries à l'arrêt ou au ralenti

Six raffineries, sur les huit que compte le pays, sont à l'arrêt ou tournent au ralenti, tandis que plusieurs dépôts restent en grève ou bloqués par des manifestants extérieurs. Parmi les cinq raffineries hexagonales de Total, Feyzin (Rhône) et Grandpuits (Seine-et-Marne) sont totalement à l'arrêt. A Gonfreville-L'Orcher (Seine-Maritime), la situation est quasiment identique. A Donges, en Loire-Atlantique, les opérations sont très perturbées. Plusieurs unités sont arrêtées, mais de l'essence part vers les dépôts de carburants. Enfin, près de Marseille, la raffinerie de La Mède fonctionne toujours "en débit réduit", les grévistes n'étant pas assez nombreux pour bloquer le site de façon totale. Du côté de la raffinerie de Fos-sur-Mer, détenue par Esso, des grèves sont à observer mais celles-ci n'ont qu'un impact léger sur la production, tout comme à Notre-Dame-de-Gravenchon, en Normandie. La raffinerie Petroineos de Lavera, dans les Bouches-du-Rhône, fonctionne quant à elle normalement .

Il faut en principe trois jours pour arrêter les installations d'une raffinerie et autant de temps ensuite pour les relancer, "voire quatre, cinq jours dans les raffineries très complexes", selon Francis Duseux, le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

  • Le terminal pétrolier du Havre en grève

Autre menace sur l'approvisionnement en carburant : le personnel des terminaux pétroliers du Havre, qui assure 40% des importations françaises, est désormais en grève. "On ferme les vannes, on a le pouvoir de bloquer. Monsieur Valls nous dit qu'il n'y aura pas de pénurie à court terme, je peux vous assurer que pénurie il y aura", explique le secrétaire général de la CGT pour le terminal à Europe 1.

La CGT du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) et de Fluxel a par ailleurs appelé à un arrêt de travail "du mercredi 25 mai inclus au vendredi 27 mai inclus". "Le syndicat CGT du Grand Port Maritime de Marseille et de Fluxel vous informe de l'arrêt de travail pour tous ses personnels du mercredi 25 mai inclus au vendredi 27 mai inclus", écrit la CGT dans un communiqué.

  • La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine vote l'arrêt de la production d'électricité

La CGT-Energie a appelé à un mouvement d'action, notamment dans les centrales nucléaires, "le plus fort possible" jeudi contre la loi Travail et la dégradation de la filière. Les salariés de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, ont ainsi voté la grève et l'arrêt de la production d'électricité, à partir de jeudi. "Il a été décidé d'un blocage du site à la centrale de Nogent et d'une baisse de charge lors d'une assemblée générale du personnel où étaient présents une centaine de salariés", a expliqué Arnaud Pacot, secrétaire général CGT-Energie Aube. La centrale de Nogent-sur-Seine, situé dans l'Aube, à une centaine de km sud-est de Paris, possède deux réacteurs. Selon le syndicaliste, un des deux réacteurs est à l'arrêt depuis mardi "en raison d'un problème technique". "On fera en sorte de ne pas le redémarrer, quant au réacteur n°2, il y aura une baisse de charge, avec l'idée de l'arrêter totalement", a-t-il ajouté, précisant que la centrale avait déjà connu des baisses de charge "de l'ordre de 15 à 30%" lors des précédentes journées d'action.

  • Les dépôts de Fos-sur-Mer, Lorient et Brest débloqués

Mardi à l'aube, la raffinerie Esso et le dépôt de carburants de Fos-sur-Mer dont les accès étaient occupés depuis lundi par des militants cégétistes opposés à la loi Travail, ont été débloqués par les forces de l'ordre, qui ont rencontré "une résistance importante" : jets de projectiles, feux de palettes et de pneus, selon la préfecture de police, et ont utilisé des grenades lacrymogènes et des canons à eau. Bilan: sept blessés légers parmi les policiers, selon la préfecture. Les barrages qui empêchaient l'accès aux dépôts à Lorient et Brest ont également été levés en fin de matinée, tout comme ceux qui bloquaient depuis 5h les accès routiers au bassin industriel de Saint-Nazaire.

Si certains dépôts restent bloqués, comme à Valenciennes ou à Dunkerque, la plupart reste malgré tout en fonctionnement. C'est le cas dans le Rhône, où les seize dépôts du département assurent normalement les approvisionnements.

  • 20% des stations-service en "difficulté" d'approvisionnement

Depuis dimanche, les problèmes d’approvisionnement en carburant se concentrent surtout dans le Nord et l'Ouest, avant de s'étendre à d'autres régions. Dans le Rhône par exemple, 40 stations-service sont à sec, 37 en difficultés, sur un total de 240 dans le département. À 10h, Total dénombrait en France 188 stations-service en rupture totale et 513 en rupture partielle dans son réseau de 2.200 stations. Mais son PDG Patrick Pouyanné a assuré que son groupe mettait tout en oeuvre pour assurer leur approvisionnement, tout en menaçant de "réviser sérieusement" les investissements de Total prévus en France.

Face à cette pénurie, les automobilistes s'organisent. Ceux qui habitent près de la frontière belge n'hésitent plus à aller faire le plein en Belgique. "Plutôt que de galérer en France pendant des heures et des heures pour trouver quelque chose, je profite (d'être en Belgique) pour faire mon plein en même temps", explique par exemple Didier, chauffeur-livreur qui a profité de son passage près de la frontière pour faire le plein, à Europe 1.

  • Des records de consommation

"On parle de pénurie. Mais la vérité (...) c'est que ces trois derniers jours nous avons aussi (...) battu tous les records de consommation", a déclaré le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies, interrogé à l'Assemblée nationale par le député Marc Le Fur (Les Républicains). "C'est-à-dire que nous sommes avec 500% d'augmentation dans certains secteurs, parce qu'il y a effectivement de la précaution. C'est ce que nous disent les pétroliers qu'on a réunis ce matin (mardi)", a-t-il ajouté.

"Aujourd'hui, le gouvernement s'est engagé à libérer l'ensemble des dépôts", a encore déclaré le secrétaire d'Etat. "Nous devons avoir la possibilité de desservir les stations : tous les dépôts qui sont occupés par d'autres personnes que les grévistes sont libérés. 

  • Le gouvernement monte au créneau

Le gouvernement multiplie les tacles envers le mouvement et la CGT, le Premier ministre évoquant un syndicat "dans une impasse" qui prend "en otage" l'économie du pays, une expression répétée à Nice par la ministre du Travail Myriam El Khomri. De son côté, François Hollande a dénoncé sur France Culture "un blocage" décidé "par une minorité". Le gouvernement a également tenu à rassurer en expliquant l'absence de risque de pénurie. La France dispose en effet de stocks stratégiques qui permettraient à la France de tenir entre 30 et 60 jours.