Attentat de Nice : "On est dans une sorte de terrorisme de proximité"

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Attentat de Nice : "On est dans une sorte de terrorisme de proximité"
Le camion a été criblé de balles par les policiers afin d'arrêter sa lancée au cœur de la foule, réunie pour le feu d'artifice.@ VALERY HACHE / AFP
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Avec l'attentat de Nice, c'est la première fois qu'une ville de province, en France, est touchée par une attaque de cette ampleur.

"C'est le drame le plus terrible qu'on a connu". Ce sont les mots de l'ancien maire de Nice, Christian Estrosi, juste après la charge d'un camion sur la foule rassemblée pour le 14-Juillet, sur la Promenade des Anglais. Alors qu'au moins 84 personnes ont été tuées et qu'une cinquantaine est entre la vie et la mort, cette attaque est la plus meurtrière d'Europe depuis les attentats du 13-Novembre à Paris. Surtout, c'est la première fois que la province est touchée par une attaque de cette ampleur.

Mise à jour du samedi 16 juillet : l'Etat islamique a revendiqué l'attaque de Nice, samedi matin, dans un communiqué transmis via son agence de presse Amaq. L'organisation terroriste présente le suspect, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, comme un "soldat". 

  • La capitale ou la province, même combat

On a pourtant pu avoir le sentiment qu'à l'extérieur de la capitale, la menace terroriste était moins élevée. "Il y a un phénomène qui me frappe beaucoup depuis deux ans, c'est qu'on a l'impression que la province est considérée comme immunisée face aux attentats", s'est étonné Thibault de Montbrial, avocat spécialisé dans le conseil de victimes d'actes terroristes, sur LCI.  

Pourtant, "les risques sont équivalents en province et à Paris", affirme Didier François, journaliste et expert en questions de défense sur Europe 1. Certes, le mode opératoire de l'attaque ayant eu lieu lors de cette soirée du 14-Juillet n'est pas comparable à ceux que l'on a connus jusqu'à présent : "On voit bien qu'on est hors de l'attaque centralisée, avec une cellule, comme en novembre à Paris ou en mars à Bruxelles".

De plus, ajoute Didier François : "Mohamed Lahouaiej-Bouhlel n'apparaît dans aucun fichier des services de renseignement et, à ma connaissance, n'a laissé derrière lui aucune revendication pour expliquer son crime." A ce stade des investigations, les enquêteurs se montrent d'ailleurs très prudents sur les motivations du tueur de Nice.

  • "Un terrorisme de proximité"

Là, nous sommes face à des individus qui agissent seuls, dans un contexte familier. "Ce sont des acteurs locaux : ils agissent dans des environnements qu'ils connaissent bien. On est dans une sorte de terrorisme de proximité", explique Didier François. Et de citer deux précédents en France, en province (Isère) et banlieue parisienne (Yvelines).

Le premier, Yassin Salhi, avait décapité son patron sur son lieu de travail, dans une mise en scène djihadiste, en juin 2015. Pour expliquer son geste, le suspect avait invoqué des motifs personnels, tout en envoyant un selfie macabre à un proche de l'Etat islamique. Mais l'organisation n'avait pas revendiqué cet attentat. Il y a un mois, en juillet dernier, Larossi Abballa avait, lui, tué un policier vivant près de chez lui avec son épouse, et qu'il avait affirmé connaître. Cette fois, l'acte avait été revendiqué par l'Etat islamique, auquel le suspect avait prêté allégeance en amont. 

Ce sont des acteurs locaux : ils agissent dans des environnements qu'ils connaissent bien

  • "Ecrasez-le avec votre voiture"

Et il y a désormais, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui résidait à Nice où il était chauffeur-livreur. Pour l'instant, aucun élément de l'enquête ne permet toutefois de savoir si ce Tunisien de 31 ans a agi seul ou sur commande, s'il a prêté allégeance à l'Etat islamique ou non. Mais le choix du mode opératoire - un camion lancé à vive allure sur la foule - et la date hautement symbolique du 14-Juillet font néanmoins écho aux préconisations données par l'Etat Islamique dans ses appels aux meurtres.

"On est dans une ambiance générale qui correspond à l'appel lancé par Abou Mohammed Al-Adnani", indique Didier François. Dans un message audio diffusé en 2014, le porte-parole de l'EI appelait ceux qu'il nomme "les soldats du califat" à tuer par n'importe quel moyen les mécréants : "Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture"… 

Ils achètent des armes localement, puis frappent localement

  • Une menace diffuse

"On voit bien que le phénomène du gars qui frappe près de chez lui commence à prendre. Ils achètent des armes localement, puis frappent localement", analyse Didier François. 

"Le fait est que c'est plus dur de frapper à Paris, avec tous les dispositifs ultra-sécurisés. Ils ne vont pas aller s'attaquer au plus dur. Il y a une volonté de contourner les dispositifs de sécurité qui est une constante du terrorisme, qui est une action irrégulière", développe le spécialiste.