Luc Ferry : "Des parents utiliseront les nouvelles techniques pour améliorer leur progéniture"

  • A
  • A
Partagez sur :

Ancien ministre, Luc Ferry était l'invité d'Anne Sinclair, samedi, pour la sortie de son livre. Au menu : l'homme de demain, génétiquement modifié.

INTERVIEW

Et si vivre 300 ans n'était pas si utopique ? Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, aborde la question dans son nouveau livre, La révolution transhumaniste, qui paraît chez Plon. Le philosophe était l'invité d'Anne Sinclair, samedi, au micro d'Europe 1. Transhumanisme, un gros mot ? "Le projet des transhumanistes est de repousser la mort. Ce qui est certain, c'est que l'on va parvenir un jour ou l’autre à allonger la vie humaine considérablement. Ce qui m’intéresse, c’est de penser le monde dans lequel nos enfants vont vivre, celui de la troisième révolution industrielle."

"Les armées s'empareront du projet". Dans ce monde une nouvelle fois révolutionné, les manipulations génétiques seront possibles, notamment pour éviter les maladies. "Si les manipulations génétiques pourront guérir le cancer, on le fera", assure le spécialiste, qui n'écarte pas l'aspect dangereux de l'évolution : la question du bouleversement de l’identité humaine. Le philosophe prend un exemple. Celui de la rétinite pigmentaire, une maladie qui rend aveugle. "Une firme allemande a inventé une petite puce électronique que l’on greffe derrière la rétine et qui rend la vue. Imaginons que d’ici dix ans, cette puce soit améliorée et qu’elle permettre d’obtenir une vue d’aigle. On passera du modèle thérapeutique au modèle augmentatif. Les armées s’empareront de ce projet 'd’augmenter' l’être humain, de le rendre plus fort."

"Améliorer leur progéniture". L'étape suivante viendra des familles qui s’en empareront. "Si un père de famille 'augmente' son gamin, le voisin le fera aussi", promet Luc Ferry. La question de l'égalité d'accès à ces transformations ne se posera pas, selon lui, car "la diminution des coûts s’applique dans le domaine de la bio-chirurgie." Les inégalités pourront venir du fait que certains parents décideront "d’utiliser ces nouvelles techniques pour améliorer leur progéniture", d’autres pour des raisons religieuses par exemple ne voudront pas le faire. 

"Corriger les inégalités naturelles". Il s'agit de "passer de la loterie de la génétique très inégalitaire au choix de l’ingénierie génétique, c’est-à-dire de modifier la nature. Au fond, l'idée des transhumanistes n'est pas simplement de corriger les inégalités sociales, mais aussi les inégalités naturelles. Je pense qu’il sera très difficile de s’opposer à ça, si ça va dans le bons sens", prophétise le philosophe. Le bon sens ? "Si ça rend l’humain meilleur et plus humain, je suis pour. Si c’est pour fabriquer des monstres, évidemment je suis contre. La ligne de partage est difficile à définir. C’est pour cela qu’il faut que nos politiques s’en saisissent." Pour faire la balance entre danger et promesse fascinante.

"La mort est inscrite en nous". Et l'immortalité ? "Pur fantasme", d'après Luc Ferry, pour qui les hommes mourrons toujours, ne serait que par suicide, ou en étant victimes d'attentats. "Nous ne serons jamais immortels. La mort est inscrite en nous." Il le rappelle néanmoins. Nous n'en sommes pas encore à une vie qui se mesure en siècles. Mais l'idée ne semble pas le rebuter. "Si on y parvient, il y a tellement d’hommes et de femmes à aimer et de livres à lire que trois siècles c’est très peu."