Tuberculose : risque-t-on de retrouver de la viande contaminée dans nos assiettes ?

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Tuberculose : risque-t-on de retrouver de la viande contaminée dans nos assiettes ?
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Chaque année, comme le souligne "Le Canard enchaîné", de nombreuses vaches porteuses de la tuberculose sont abattues. Si le danger pour le consommateur est moindre, l’enjeu financier est conséquent.

Donné de manière brut, le chiffre a de quoi inquiéter. Selon Le Canard enchaîné, chaque année, 8.000 vaches sont diagnostiquées positives à la tuberculose, une maladie infectieuse qui atteint souvent les poumons. 3.000 tonnes de viande consommées chaque année seraient ainsi des parties issues de vaches contaminées, sans que le consommateur en soit informé (il n’existe aucune obligation d’étiquetage en France), assure le journal satirique, qui ne précise pas ses sources. Selon le palmipède, "assurément, le risque n’est pas nul" pour le consommateur, même si les cas de contamination sont "beaucoup plus rares que jadis". Faut-il s’inquiéter de ces révélations ? Eléments de réponse.

Combien y a-t-il de vaches contaminées en France ?

Le chiffre de 8.000 semble être une moyenne effectuée sur plusieurs années et basé sur le nombre d’abattages en France liés à la tuberculose. Ainsi, 7.300 bovins ont été abattus pour cette raison en 2013, et un peu plus de 10.000 en 2014. Toutefois, un bovin est abattu parce qu’il est suspecté, pas forcément parce qu’il est contaminé. En 2014, par exemple, sur les 10.000 bovins abattus, seuls 211 ont été confirmés avec certitude comme porteurs de la tuberculose.

Au total, 190 troupeaux ont été concernés par ces abattages en France en 2014, soit seulement 0,09% du total des troupeaux français. Un seuil en dessous de celui fixé par l’Union européenne (0,1) et censé entraîner des mesures de surveillance supplémentaires et des restrictions à l’importation.

Le nombre de foyers suspectés semble toutefois augmenter d’année en année, et les autorités sanitaires s’inquiètent de voir le seuil européen dépassé à l’avenir. Dans un rapport, l’Agence nationale  de sécurité sanitaire (Anses) recommande d’ailleurs d'accroître la surveillance et les politiques de régulation concernant les animaux sauvages, qui pourraient être la cause d'une hausse des cas. Blaireaux, cerfs, sangliers sont en effet autant d’animaux susceptibles d’être porteurs et de s’approcher du bétail. Et l’Anses préconise de les contrôler d’avantage, voire même de les vacciner si la maladie gagnait encore du terrain à l’avenir.

Existe-t-il un danger pour le consommateur ?

En France, le risque de contamination à la tuberculose par voie alimentaire est très limité. Tout est fait pour qu'aucun morceau de viande contaminé ne se retrouve dans les rayons des supermarchés, même dans les cas où le morceau est issu d'une vache contaminée.

Chaque troupeau est en effet systématiquement dépisté. Dès qu’une vache (non laitière) porteuse de tuberculose est abattue, les parties suspectées d’être contaminées sont écartées par un vétérinaire. Seules les parties identifiées comme saines à 100% sont conservées et destinées à la consommation. Si la carcasse est contaminée à au moins deux endroits, les vétérinaires ne se posent même pas la question : tout est jeté. La production de lait pasteurisé, quant à elle, ne présente aucun risque. Celle de lait cru est, elle, périodiquement contrôlée par les experts de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Et le même type de contrôles est exigé des produits importés en France.

Au motif que l’éleveur se fait indemniser par l’Etat pour ses bêtes tuberculeuses abattues, les gros négociants lui imposent des prix au rabais

Le risque est-il nul pour autant ? Difficile à savoir, tant les études sont rares sur la question. Selon la dernière étude du Centre national de référence des Mycobactéries, seuls… sept cas de patients malades de la Mycobacterium bovis, la forme bovine de la tuberculose, ont été constatés en 2009. Mais le CNR n’est saisi que lorsque les cas de tuberculose ne sont pas identifiés par les médecins. Selon certaines sources de l’Anses et du ministère de l’agriculture, entre 50 et 100 personnes pourraient en réalité être infectées chaque année par la tuberculose bovine en France.

Reste à savoir si ces personnes ont été contaminées récemment (la maladie pouvant rester bégnine pendant des années, avant de se déclarer à un âge avancé). S'il s'agit de consommateurs, d'éleveurs ou de vétérinaires. Et si elles ont été contaminées en France, ce dont doutent les autorités sanitaires françaises. En effet, si le risque est jugé "négligeable" en France par l’Anses, il l’est beaucoup moins dans certains pays, où le lait cru et la viande sont moins contrôlés. Chaque année, 147.000 patients atteints de la Mycobacterium bovis sont découverts dans le monde, dont près de la moitié en Afrique. Et alors qu’aucun mort n’a été formellement identifié en France, ils seraient 12.000 par an à en mourir dans le monde.

Le marché de viande tuberculeuse, une manne financière ?

Mais si l’enjeu sanitaire est moindre (en tout cas tant que les autorités sanitaires sont en mesure d’effectuer des contrôles efficaces), l’enjeu financier est, lui, bien plus conséquent. Selon Le Canard, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a dépensé environ 100 millions d’euros d’argent public en dix ans pour surveiller, traiter et contrôler la tuberculose bovine. Or, les premiers à en profiter sont… les industriels de l’agroalimentaire. "Au motif que l’éleveur se fait indemniser par l’Etat pour ses bêtes tuberculeuses abattues, les gros négociants lui imposent des prix au rabais", détaille le Palmipède. Et d’enchaîner : "Le kilo de carcasse, habituellement payé 3,50 euros, peut tomber à 1,50 euros". Le hic ? Au rayon boucherie des supermarchés le consommateur paye, lui le prix fort. En clair, le consommateur ne profite jamais de ce rabais négocié par les géants de l'agroalimentaire et les distributeurs... et financé par de l'argent public.