Traitement anti-cancer : pourquoi les médicaments sont si chers

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Traitement anti-cancer : pourquoi les médicaments sont si chers
@ AFP
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110 cancérologues ont signé un appel dans Le Figaro pour alerter sur l’inflation des prix des médicaments anti-cancer.

Trop, c’est trop. Plus d’une centaine d’oncologues ont lancé dans Le Figaro mardi un cri d’alarme contre le prix exorbitant des médicaments anti-cancer. Ils mettent en garde contre l’équité de l’accès aux soins des patients et demandent l’instauration d’un "juste prix". Mais pourquoi ces médicaments sont si chers ? Comment se défendent les laboratoires pharmaceutiques ?

Que disent les médecins ? Dans la pétition lancée dans le quotidien, les cancérologues récusent l’argument des laboratoires pharmaceutiques qui voudrait que le prix des médicament soit justifié par leur investissement en recherche et développement (R&D). "Aujourd’hui, de façon paradoxale, les prix des nouveaux produits explosent alors que le coût de leur R&D a diminué", soutiennent les signataires, avant de poursuivre : "En effet, alors que les anciens traitements du cancer étaient souvent issus de longs et difficiles screenings plus ou moins systématiques, les nouvelles molécules commercialisées par les industriels visent des cibles définies a priori". Les cancérologues soutiennent aussi que "les nouveaux traitements bénéficient d’autorisations de mise sur le marché très rapides, donc leur temps de développement est beaucoup plus court qu’auparavant".

En décembre 2015, la Ligue contre le Cancer avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Jean-Paul Vernant, du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, expliquait qu’en 2004, les médicaments contre le cancer représentaient 24 milliards de dollars et qu’ils pourraient atteindre 155 milliards si rien n’était fait pour contenir cette inflation. Jacqueline Godet, la présidente nationale de l’association, notait par ailleurs que le coût de la recherche et du développement des molécules ne représente que 15 à 20% du chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques quand le marketing, qui promeut les médicaments, équivaut à 30% du chiffre d’affaires.

En clair, pour les médecins, pas de doute : "l’inflation des prix pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques" n’est motivée que pas l’optimisation de leurs gains.

Que répondent les laboratoires pharmaceutiques ? Dans un communiqué, le LEEM, qui regroupe les entreprises du secteur de l’industrie pharmaceutique en France, "dit avoir pris connaissance avec beaucoup d’attention" de l’appel lancé par Le Figaro. "Le coût de ces nouveaux traitements doit être mis en perspective avec l’apport thérapeutique majeur qu’ils représentent", est-il ainsi écrit.

Contactée par Europe 1, une source de l’industrie pharmaceutique répond plus précisément à l’appel lancé par les cancérologues. Selon cette dernière, la recherche et développement est certes plus rapide et moins chère "mais il y a toujours autant de déchets. Lorsqu’on commence à développer des molécules, une très petite partie va être commercialisée". Ensuite, les laboratoires pharmaceutiques travaillent de plus en plus sur des traitements personnalisés, donc forcément cela aboutit à des prix plus élevés car il faut que ce soit rentable. Enfin, l’innovation est de plus en plus difficile, il y a moins de médicaments et les prix augmentent.

Mais, rappelle cette source, "contrairement aux Etats-Unis où le marché est libre, le prix du médicament est régulé en France". En effet, l’entreprise qui souhaite que son médicament soit remboursé, soumet le dossier à la Haute Autorité de Santé . La HAS va attribuer un grade au médicament en fonction de son degré d’innovation. Ensuite, c’est le Comité économique des produits de santé (CEPS) qui va négocier les prix avec les laboratoires. "L’Etat joue aussi un rôle dans le prix des médicaments". "Tout n’est pas blanc ou noir", explique cette source. Mais elle reconnaît aussi que "les cancérologues ont raison de faire pression, certains labos exagèrent en effet". Il y a aussi un point qui doit être amélioré selon cette dernière : la transparence des négociations sur les prix "qui est trop opaque en France".