Nouvelle dénonciation des dérives de l'industrie pharmaceutique

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Nouvelle dénonciation des dérives de l'industrie pharmaceutique
@ BERTRAND GUAY / AFP
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Des professionnels préconisent le refus de remboursement des médicaments dont les prix sont jugés exorbitants "afin de faire pression sur les laboratoires".

La députée européenne Michèle Rivasi (EELV) et plusieurs auteurs de livres dénonçant les dérives de l'industrie pharmaceutique ont lancé un cri d'alarme pour réclamer plus de transparence dans un système de santé "gangrené par les conflits d'intérêt et la corruption".

"Mains propres sur la santé". "Il est temps de réagir (...) les laboratoires ont pris le pouvoir que les politiques lui ont laissé" a martelé Michèle Rivasi lors d'une conférence de presse organisée pour réactiver son opération "mains propres sur la santé" lancée en janvier 2015 avec des parlementaires écologistes. Elle a rappelé que l'industrie pharmaceutique n'était "pas une industrie comme les autres". "Elle joue sur la peur et l'espoir de s'en sortir" a-t-elle dit, avant de dénoncer la corruption et les conflits d'intérêt entre les acteurs de la santé et les laboratoires.

Les intérêts prévalent sur la santé. A ses côtés, plusieurs auteurs de livres critiques face à la politique du médicament ont donné des exemples, rappelant quelques uns des scandales les plus retentissants comme ceux du Mediator ou de l'anti-inflammatoire Vioxx, un médicament retiré du marché en 2004 après avoir été accusé d'être à l'origine de plusieurs milliers de décès aux Etats-Unis. "L'industrie pharmaceutique est devenue une énorme machine avec un enjeu stratégique et tout découle de là, elle ne se préoccupe plus de la santé mais de ses intérêts" a estimé Mikkel Borch Jacobsen, auteur de "Big Pharma, une industrie toute puissante qui joue avec notre santé", un point de vue partagé par Alain Privat, un neurobiologiste membre de l'Académie de médecine.

Vente de médicaments "inefficaces". Le Pr Philippe Even, auteur de plusieurs ouvrages sur les dérives de l'industrie pharmaceutique, a rappelé pour sa part que peu de "molécules intéressantes" avaient été découvertes ces dernières années et que la plupart de celles mises sur le marché étaient des "copies" (baptisées "me too") ou n'avaient que des "effets minuscules ou pas d'efficacité du tout". Même son de cloche du côté de Jean-Paul Giroud, professeur de pharmacologie à la retraite, également membre de l'Académie et auteur de nombreux ouvrages sur les médicaments vendus sans ordonnance, qui a déploré que les pouvoirs publics autorisent des médicaments "inefficaces".

"Si on donne de l'argent pour la recherche aux laboratoires, les médicaments qu'ils développent devraient être au prix coûtant", a estimé Mme Rivasi.