Et si l'ecstasy pouvait soigner le stress post-traumatique ?

  • A
  • A
Et si l'ecstasy pouvait soigner le stress post-traumatique ?
Une dernière phase clinique doit désormais valider les résultats encourageants enregistrés jusque-là.@ JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Partagez sur :

Aux États-Unis, une ultime étape clinique pourrait bientôt valider les bienfaits de la MDMA sur les victimes de stress post-traumatique. Une commercialisation est même envisagée pour 2021.

Des raves parties aux pharmacies, il n'y a qu'un pas que pourraient bientôt franchir les États-Unis. La MDMA, principe actif de l'ecstasy, est actuellement étudiée pour ses bienfaits sur les personnes souffrant de stress post-traumatique, état chronique qui touche notamment de nombreux vétérans américains revenus d’Irak ou d’Afghanistan. La Food and Drug Administration (FDA), équivalent de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), parle d'une "thérapie révolutionnaire". Elle vient de donner son feu vert pour le passage de cette drogue en essai clinique de phase trois, la dernière avant l’autorisation d’un médicament, si bien qu'une commercialisation à grande échelle est envisagée pour 2021.

Des traitements pas assez efficaces. Soldats, victimes d'attentats, de viol, journalistes de guerre, accidentés de la route… Environ 8% des Américains subiraient un état de stress post-traumatique (ESPT) au cours de leur vie. Insomnies, crises de panique, cauchemars et tremblements rendent leur quotidien invivable. Problème : les traitements déjà existants (thérapies de groupes, médicaments, psychothérapie, etc.) se révèlent inefficaces dans 40% des cas. L'ecstasy, au contraire, semble avoir des effets particulièrement bénéfiques sur les premiers patients testés.

J'ai pu redevenir un membre actif de notre société

Trois prises d'ecstasy et une psychothérapie. Fin avril 2017, la MAPS, un groupe de chercheurs spécialisé dans l'usage médical des psychotropes, a annoncé les résultats de leur essai clinique entamé en 2012. Après une première étape démontrant la bonne tolérance à la molécule, cette phase 2 avait pour objectif de tester son efficacité sur 107 sujets malades. Ces volontaires, ayant souffert d'ESPT pendant environ 18 ans, ont été traités pendant douze semaines. Au programme de cette cure un peu spéciale : trois prises d'ecstasy sur l'ensemble de la durée et une psychothérapie.

Des résultats impressionnants. Et les résultats se sont vite révélés particulièrement satisfaisants. Un an plus tard, 68% d'entre eux ne souffraient en effet plus de ce trouble anxieux. Dans les colonnes du Guardian, le vétéran James Hardin confiait l'an passé se sentir "chanceux" d'avoir pu bénéficier de ce traitement. "J'ai pu redevenir un membre actif de notre société. J'aimerais que chacun ait un jour cette opportunité de se soigner", se livrait-il.

L'ecstasy permet de réduire la peur des patients

"C'est une question de logique". "L'ecstasy permet de réduire la peur des patients, d'abattre leurs barrières défensives et de les mettre face à leur traumatisme", explique au New York Times le psychiatre Michael Mithoefer, en charge du programme de recherches. "Avant de devenir la drogue de la fête, vers 1985, la MDMA était utilisée en thérapie et les rapports étaient déjà très bons à l'époque. Elle permet de réduire l'activité des zones cérébrales liées à la peur tout en augmentant celle des zones réservées à la réflexion. C'est une question de logique !", détaille le responsable de l'étude.

Pas la même drogue que celle vendue dans la rue. Cependant, les substances prescrites aux patients testés sont cliniquement pures, contrairement à la drogue que peuvent ingérer certains teufeurs. Car si l'ecstasy récréative contient de la MDMA, mais elle possède également de nombreux autres composants inconnus et potentiellement dangereux. Les sessions de prise d'ecstasy sont d'ailleurs loin d'être hilarantes. Elles sont même la plupart du temps assez douloureuses. Même pure, la MDMA n’est de toute façon pas sans effet secondaire : augmentation transitoire du rythme cardiaque, de la pression artérielle, et de la température corporelle. Une consommation régulière peut aussi entraîner des pertes de mémoire.

Dernière phase en 2018. Une dernière phase clinique doit désormais valider ces résultats encourageants. Les essais, qui auront lieu aux États-Unis, au Canada et en Israël, comprendront 200 à 300 participants, qui pourront s'inscrire à partir du printemps 2018. Jusque-là, la MAPS a levé 12,75 millions de dollars (10 millions d'euros), soit la moitié de la somme nécessaire. Ce qui ne l'empêche pas de viser une commercialisation pour des usages médicaux à partir de 2021.

En France, le propranolol en test. En France, à l'image du débat déjà houleux sur le cannabis thérapeutique, il semble peu probable de voir arriver ce genre de traitements. Mais quatorze centres hospitaliers français testent actuellement une méthode alternative pour soigner les victimes d'ESPT. Dans cette étude appelée "Paris MEM", les chercheurs testent sur celles-ci les effets du propranolol, un bêta-bloquant contre l'hypertension. Lors de la première séance d'un protocole en comprenant six, le patient ingère la molécule. Une heure plus tard, il rédige, au présent, un compte rendu de l’événement traumatique qu’il a vécu. Dans les cinq séances suivantes, il prend le médicament puis relit son récit à son psychothérapeute. Là encore, les résultats s'avèrent très positifs. Deux patients sur trois sont guéris ou voient leur troubles s'améliorer.