Épidémie de rougeole : la question de la vaccination relancée

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Une femme de 32 ans, non vaccinée, est morte vendredi des suites de la rougeole. En Nouvelle-Aquitaine, l’épidémie continue de s’étendre et l'ARS tire la sonnette d'alarme. 

"Cette annonce renforce la nécessité, pour l'ensemble de la population, de vérifier rapidement sa vaccination, seul moyen de stopper l'épidémie", s’est empressée de communiquer l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine, réagissant à la mort d’une jeune femme des suites de la rougeole. Une femme de 32 ans, non vaccinée, est en effet décédée le 10 février au CHU de Poitiers, dans la Vienne, a-t-on appris mardi. Il s’agit du premier mort de cette infection virale de l’année en France, et seulement le vingtième en l’espace de dix ans (le dernier a été constaté en juillet, où une adolescente de 16 ans avait succombé à Marseille). Selon les autorités sanitaires, ce nouveau cas souligne l’urgence de rattraper le retard français en matière de vaccination contre la rougeole. Un retard qui reste criant, alors que l’obligation vaccinale est entrée en vigueur au 1er janvier pour les nouveaux nés.

Une hausse fulgurante des cas en Nouvelle-Aquitaine

La jeune femme, décédée le 10 février, avait été hospitalisée le 1er février puis placée en réanimation le lendemain. L'épidémie de rougeole, qui sévit en Nouvelle-Aquitaine depuis le début novembre 2017, "persiste" dans cette région, selon l'ARS qui recense à ce jour 269 cas confirmés, dont un sur quatre (66) a nécessité une hospitalisation, et pour quatre des patients une admission en réanimation. Ces chiffres ont plus que doublé depuis le 24 janvier, quand l'ARS comptait 115 cas ayant entraîné 32 hospitalisations, une épidémie qui touche essentiellement la Gironde et la Vienne, où se trouvent les grosses agglomérations de Bordeaux et Poitiers. Dans son communiqué, le CHU de Poitiers précise que depuis le 19 janvier, il a accueilli 22 personnes contaminées par la rougeole dont dix enfants et quatre membres du personnel.

"La rougeole n'est pas une maladie bénigne, notamment pour les nourrissons et les adultes et peut entraîner des complications respiratoires (pneumopathies) et neurologiques (méningo-encéphalite) pouvant avoir des conséquences très graves", insiste l'ARS. Le CHU de Poitiers estime que cinq des personnes hospitalisées "ont pu contracter la maladie au contact d'un autre patient au CHU de Poitiers lors de l'apparition des premiers cas".

Une couverture vaccinale "insuffisante" 

Selon l'ARS, "la couverture vaccinale en Nouvelle-Aquitaine est actuellement insuffisante pour faire face à cette épidémie : selon les données de Santé publique France, elle varie de 70,8 % à 81 % selon les départements quand l'Organisation Mondiale de la Santé recommande une couverture de 95 %". Un vaccin trivalent contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) est pourtant devenu obligatoires pour les enfants nés à partir du 1er janvier, et il était déjà recommandé pour les 12-18 mois auparavant. Il peut en outre être rattrapé à tout âge si le doute existe ou si les deux doses n'ont pas été administrées. 

La France n'est pas à l'abri d'une nouvelle épidémie d'ampleur importante

Mais les Français ne semblent pas se mobiliser face à cette maladie. Car si la situation inquiète en Nouvelle-Aquitaine, elle n’est pas bien meilleure ailleurs. Depuis 2008, aucun département n’assure une couverture vaccinale à 95% de sa population. Aujourd’hui, seuls cinq départements français approchent péniblement les 85% de couverture (l’Ain, la Haute-Saône, l’Île-de-France, la Seine-Saint-Denis le Val-de-Marne). Et huit d’entre eux affichent même une couverture inférieure à 70% (Orne, Lot, Jura, Gers, Aude, Ariège, Hautes-Alpes et la Réunion), la dernière place revenant aux Hautes-Alpes, avec 61,9% (le détail ici). "La circulation du virus reste active dans plusieurs départements, la France n’est donc pas à l’abri d’une nouvelle épidémie d’ampleur importante, comme celles observées actuellement dans plusieurs pays européens, au premier rang desquels la Roumanie (5290 cas entre le 1er janvier 2016 et le 5 mai 2017, dont 25 décès)", déplore Santé Publique France sur son dernier bulletin.

Des épidémies irrégulières mais un risque de propagation très vif

Avec 269 cas depuis novembre (sur 387 au niveau national), la Nouvelle-Aquitaine est toutefois dans une dynamique particulièrement inquiétante. L’épidémie reste certes à des années-lumière du pic de 2011 (15.000 personnes avaient été touchées par la maladie sur l'ensemble du territoire). Mais elle est bien plus élevée que celle de 2016 (79 cas) et pourrait bien dépasser 2017 (environ 500 cas sur l’ensemble de l’année, avec une épidémie particulièrement élevée en Lorraine).

Car avec la rougeole, les chiffres peuvent rapidement s’enflammer. Touchant particulièrement les jeunes adultes et les enfants, il s’agit d’une  infection virale hautement contagieuse, sachant qu'une personne contaminée "peut infecter entre 15 et 20 personnes", rappellent les autorités sanitaires. Pour enrayer la propagation dans la région, les services hospitaliers ont décidé de généraliser le port du masque et ont lancé une vaste opération de vérification de la vaccination de leur personnel. Mais sans une prise de conscience de l’ensemble de la population, les autorités sanitaires continueront d’être en alerte.