Cannabis thérapeutique : "Ça a été miraculeux", confie Corinne, atteinte d'une grave maladie

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L'Agence du médicament a créé un comité pour "évaluer la pertinence de développer en France l'utilisation thérapeutique du cannabis". Selon les estimations,  cette méthode pourrait apaiser les souffrances de 300.000 patients. Cela a été le cas de Corinne, qui témoigne mercredi sur Europe 1. Elle explique n'avoir aucune autre solution pour calmer ses douleurs.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Faut-il autoriser en France l'usage du cannabis thérapeutique ? L'Agence du médicament (ANSM) a créé un comité pour "évaluer la pertinence de développer en France l'utilisation thérapeutique du cannabis", et ses premières conclusions seront connues "d'ici la fin de l'année", a-t-elle annoncé lundi. Une trentaine de pays comme le Canada, les Pays-Bas ou l'Allemagne l'ont déjà autorisé pour cet usage médical. "L'indication systématiquement retenue est l'utilisation dans le cas de douleurs neurologiques et celles qui sont liées au cancer", explique à Europe 1 Nathalie Richard, de l'ANSM. "Ce sera le rôle du comité de définir les indications plus précises".

Soulager 300.000 personnes. Selon les estimations, le cannabis thérapeutique - la plante, et non les médicaments qui contiennent certaines molécules issues du cannabis - pourrait apaiser les souffrances de 300.000 patients en France. Corinne, atteinte d'une grave maladie, la spondylarthrite ankylosante, sorte de rhumatisme violent qui soude petit à petit ses articulations et la fait atrocement souffrir, n'a trouvé que ce moyen pour se soulager : "Pour moi, ça a été miraculeux", explique-t-elle. "Si je suis en crise et que je ne peux plus du tout bouger, je vaporise - car je ne fume pas - et là ça fait effet très vite. Alors je sens les douleurs de façon lointaine et je peux les supporter".  

"C'est moi qui cultive". Pour se fournir en cannabis, Corinne, 50 ans, s'est mise au "jardinage". "Les variétés que l'on trouve sur le marché noir sont des variétés qui sont faites pour planer, pour avoir la tête ailleurs et moi ce n'est pas du tout ce qui me convient. Ce qu'il me faut c'est un effet anti-inflammatoire très fort", ajoute-t-elle sur Europe 1. "C'est donc moi qui plante, qui cultive, qui récolte mes fleurs", précise-t-elle. Une pratique risquée : "Un jour, j'ai vu arriver la gendarmerie. Je leur ait expliqué que j'étais malade, que je faisais ça pour me soigner. Mais j'ai écopé de deux ans de prison. J'ai dû faire trois expertises médicales pour prouver que mon état de santé n'était pas compatible avec la détention. Ils m'ont fait une dispense de peine", confie-t-elle.


>> De 7h à 9h, c’est deux heures d’info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

"Les médecins comprennent". Cette mère de six enfants regrette d'être considérée aujourd'hui comme une délinquante au vu de la loi. "Les médecins me disent qu'ils comprennent, qu'ils voient tout à fait les effets, que s'ils étaient au Canada ils pourraient me le prescrire", déplore-t-elle. "Mais aujourd'hui, ils ne peuvent rien faire pour moi si ce n'est m'encourager à continuer."

Pour l'heure, la consommation des joints de cannabis est pénalisée quel qu'en soit l'usage : la loi française ne fait pas de distinction entre leur usage récréatif et thérapeutique. En juillet, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait affirmé qu'elle n'excluait pas d'autoriser les cigarettes de cannabis à usage thérapeutique si elles apportent "un plus" par rapport aux médicaments déjà autorisés.