Attention au régime sans gluten si vous n'êtes pas intolérant

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Attention au régime sans gluten si vous n'êtes pas intolérant
En 2016, les ventes de produits sans gluten on augmenté de 12,6% aux États-Unis.@ Marina HELLI/AFP
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Dans une étude parue le 2 mai dans le British medical journal, des universitaires d’Harvard et de Columbia pointent les effets pervers de la mode du sans gluten. 

5 millions de Français mangent sans gluten. Le régime sans gluten a la cote. 1% de la population française – environ  660 000 personnes – seraient intolérantes à cet ensemble de protéines présentes dans de nombreuses céréales comme le blé, le seigle, l’orge ou l’avoine. Cette intolérance a un nom : la maladie cœliaque. Pourtant, près de 5 millions de Français auraient banni le gluten de leur alimentation sans être diagnostiqués cœliaques, selon une enquête de 60 millions de consommateurs publiée en janvier 2016.

Une étude menée par des universitaires américains pourrait bien mettre fin à cette tendance. Dans le British medical journal, treize scientifiques d’Harvard et de Columbia montrent que le régime sans gluten n'est pas forcément plus sain, pour ce qui est des personnes qui le tolèrent et n'ont pas d'obligation d'éviter le gluten. 

Les experts ont fait remplir des questionnaires à plus de 100.000 personnes sur leur nourriture. Objectif : évaluer l’idée reçue selon laquelle la consommation de gluten augmenterait les risques cardiovasculaires.

Le gluten n'augmente pas les risques cardiovasculaires. Dans leur rapport, ils concluent : "La consommation à long terme de gluten n’a pas de lien avec les risques de problèmes cardiovasculaires. En revanche, se priver de gluten réduit la consommation de céréales complètes." Des céréales complètes pourtant bien utiles : selon l'étude, plus les volontaires mangent de céréales complètes au quotidien, moins ils sont sujets à la mortalité cardiovasculaire.

Se priver de gluten reviendrait à se priver de céréales bonnes pour la santé. Et les scientifiques d'alerter : "La promotion des régimes sans gluten pour les personnes qui ne souffrent pas de la maladie cœliaque ne doit pas être encouragée." 

 Dire que l’on fait un régime sans gluten pour manger plus sainement, ça n’a pas de sens.
Brigitte Jolivet, présidente de l'Association française des intolérants au gluten

Sans gluten, mais avec additifs. L’étude de 60 millions de consommateurs parue en 2016 rappelle que se priver de gluten revient à se priver des protéines végétales qu’il contient. En étudiant les étiquettes des produits gluten-free, l’association avait également mis en avant qu’ils n’étaient pas forcément plus sains. Pour recréer l’élasticité permise naturellement par le gluten, les industriels utilisent nombre d’additifs : pas moins de cinq pour une pâte à tarte brisée sans gluten, quand la pâte classique testée n’en contenait aucun.

L'intolérance au gluten est une maladie. "Ces produits ont été inventés pour les personnes malades, pas à destination du grand public", réagit Brigitte Jolivet, présidente de l’Association française des intolérants au gluten (AFDIAG). Elle rappelle que l’intolérance au gluten est une maladie auto-immune qui doit être diagnostiquée, et donne lieu à un régime strict à vie. "Ce n’est pas parce qu’on a mal au ventre en mangeant du gluten que l’on est intolérant", souligne-t-elle.



"C’est devenu un effet de mode, et nous respectons le choix de tous ces gens qui se mettent au sans-gluten. Mais dire que l’on fait un régime sans gluten pour manger plus sainement, ça n’a pas de sens." La présidente de l’AFDIAG met en garde contre un autre effet pervers : bannir le gluten de son alimentation sans se faire diagnostiquer en amont fausse les résultats d’un éventuel futur diagnostic.