Racisme : une candidate FN démissionne, le parti l'attaque

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Racisme : une candidate FN démissionne, le parti l'attaque
Nadia Portheault, d’origine algérienne, aurait subi des propos racistes de la part de militants FN.@ CAPTURE D'ECRAN FACEBOOK
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Nadia Portheault s’est retirée de la course aux municipales à Saint-Alban, dénonçant des propos racistes. Le FN va porter plainte.

Nadia Portheault, née Djelida, n’est plus la candidate du Front national à Saint-Alban, en Haute-Garonne. Cette jeune femme d'origine algérienne, soutenue par son mari Thierry, a décidé de jeter l’éponge, rapportait lundi La Voix du Midi. En cause : des propos racistes entendus au sein de la base militante du FN31. Des propos que le Front national conteste au point de porter plainte, selon les informations recueillies par Europe1.fr.

"Ta femme et tes enfants dans le four". Les propos rapportés par Thierry Portheault, joint par Europe1.fr, font froid dans le dos. L’homme raconte d’abord un dîner à son domicile en compagnie de militants du FN31. "Il y a d’abord ce responsable qui s’est vanté du fait que son frère s’était fait tatouer une croix gammée, qu’il a retirée depuis parce qu’il a eu des problèmes. Puis il m’a dit : ‘Mon frère, quand on sera au pouvoir, il mettra ta femme et tes enfants dans le four’.  Je me suis fâché, je l’ai mis dehors", raconte Thierry Portheault, qui assure que le même militant s’était aussi vanté d’être un fils de nazi. "Il y a aussi un policier, militant du FNJ, qui m’a dit que quand on sera au pouvoir, on mettra une guillotine sur la place du Capitole, à Toulouse, et on y passera les Arabes, puis les Juifs, et enfin le PS et l’UMP", poursuit l’homme, ancien militant UMP revendiqué.

Marine Le Pen a-t-elle vraiment fait le ménage. Thierry Portheault est d’autant plus scandalisé qu’il assure avoir totalement adhéré au discours de Marine Le Pen dans le passé. "J’y croyais vraiment, quand elle disait vouloir rassembler tous les Français, quelle que soit leur origine ou leur religion. Mais ça c’était de l’extérieur", explique-t-il. "Il faut vraiment être à l’intérieur du parti pour se rendre compte qu’il y a beaucoup de royalistes, de pétainistes, de nostalgiques de l’OAS. On a vu l’arrière-boutique. Je pensais que Marine Le Pen avait fait le ménage, ce n’est pas le cas", regrette-t-il. Pour ce désormais ex-militant, la position de Marine Le Pen est intenable. "Parfois elle s’adresse à son électorat de base, parfois elle tient des discours à l’extrême gauche. A force de faire le grand écart, elle va tomber", pronostique-t-il.

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© Reuters

Ils ont essayé de donner l'alerte. Le couple avait pourtant tiré la sonnette d’alarme. Thierry Portehault affirme avoir d’abord averti à l’oral le secrétaire départemental du FN Haute-Garonne, Julien Léonardelli, avant d’envoyer des courriers à la direction nationale. "J’ai envoyé une lettre le 11 octobre à Marine Le Pen avec recommandé et accusé de réception. Je n’ai jamais eu aucune réponse", raconte Thierry Portheault. "Alors j’ai renvoyé un second courrier pour dire que mon épouse et moi rendions notre carte". Ces courriers, le FN les a bien reçus. "Oui, j’ai reçu un courrier de M. Portheault", confirme pour Europe1.fr Julien Léonardelli. "Mais c’est monsieur qui l’a envoyé. Or, c’est madame qui est candidate, et elle n’a rien envoyé", se justifie-t-il.

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"Une candidate en voie de désinvestiture", répond le FN. Au Front national, on balaye les accusations du couple Portheault d’un revers de manche. Et on avance une autre explication. "Selon les informations que j’ai, il s’agit de problèmes plus personnels. Son mari était à l’UMP et clairement, il défendait encore l’UMP. On avait donc fait le choix d’une désinvestiture. Un candidat, investi tête de liste, qui soutient un autre parti, n’a rien à faire au Front", explique Steeve Briois, secrétaire général du Front national, joint par Europe1.fr. "Le problème de cette personne, c’est que ça dépendait des jours. Un jour elle soutenait l’UMP, un autre jour le FN", abonde Julien Léonardelli. "Chez nous, ce n’est pas comme ça. L’UMP est notre adversaire politique autant que le PS".

Autre angle d’attaque de la direction du FN : il s’agit d’une affaire privée, puisque certains propos incriminés se sont tenus au cours d’un dîner. "C’est une affaire de corneculs, point. On se focalise sur une parole qui aurait été échangée au cours d’un dîner. Si maintenant on doit espionner chaque repas de famille…", s’agace Steeve Briois. "C’est un problème qui tient à la vie privée. Vous recevez qui vous voulez chez vous, vous mettez à la porte qui vous voulez", confirme Julien Léonardelli, qui avance une troisième et dernière explication : "M. Portehault était énervé de n’avoir pas eu les responsabilités auxquelles il aspirait au sein de la fédération. C’est en fait une querelle de personnes."

Une affaire qui ira devant les tribunaux. Surtout, le FN ne compte pas en rester là. "Ils ont jugé bon de tenir des discours diffamatoires à l’encontre du Front national. Le FN va donc porter plainte pour diffamation. La plainte est déposée ou en cours, c’est la direction parisienne qui gère cette affaire", explique Julien Léonardelli. "Ils essayent de faire ce que l’UMP essaye de faire au niveau national, c’est-à-dire rediaboliser le FN. Les propos concernés sont inadmissibles, inacceptables. Si une personne tient des propos comme cela, elle est exclue dans l’heure qui suit. C’est hallucinant des propos comme ça. Mais les époux devront apporter la preuve à la justice qu’ils ont été tenus", assène le jeune homme. "Ce qui me chagrine, c’est le buzz que les méfias font de cette affaire sur des propos que personne ne peut confirmer", complète Steeve Briois, candidat FN à Hénin-Beaumont. "Des propos similaires à ceux-là sont tenus dans d’autre partis politiques. Des dérapages, il y en a aussi dans les autres partis, au Parti socialiste d’Hénin-Beaumont, par exemple. Il faut voir la poutre qu’il y a chez les autres et pas la paille qu’il y a chez nous", s’énerve le secrétaire général du FN.