Portrait-robot de l’électorat de François Fillon

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Portrait-robot de l’électorat de François Fillon
Pour Elabe, le vote Fillon a moins été un vote stratégique qu'un vote d'"adhésion" (79%).@ Eric FEFERBERG / AFP
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François Fillon a mobilisé dimanche un électorat plus masculin et plus âgé que celui d’Alain Juppé. Le nouveau candidat de la droite a eu le mérite de bénéficier d’un réel vote d’adhésion.

Premier ou second tour, le constat reste le même : François Fillon sort de la primaire de la droite incontestablement renforcé par son score. Près de 2,9 des 4,3 millions d’électeurs qui se sont déplacés dimanche (66,5%) ont voté pour lui. Parmi eux, une majorité d’hommes et beaucoup de retraités.

Portrait-robot de l’électorat de François Fillon

L'électorat de la primaire à droite a été globalement le même à chacun des deux tours, selon les sondages réalisés à l'issue du vote. Les électeurs de François Fillon sont majoritairement des hommes (56%, selon Harris Interactive), mais plus de femmes ont voté pour lui qu'au premier tour (+7 points). Les 65 ans et plus - essentiellement les retraités -, ont plus voté Fillon (41%) que Juppé (27%) dimanche, même si le vainqueur a réussi un score en retrait de six points dans cette catégorie par rapport au premier tour.

Alain Juppé a rassemblé pour sa part un électorat plus jeune. Enfin, les trois quarts des électeurs du second tour se disant proches de la gauche (environ 15% du total) ont voté Juppé, contre un quart Fillon, qui a fait le plein chez les sympathisants des Républicains (57% contre 28% pour Juppé, selon Harris).

Ces éclairages apportent une certitude : l’élection du Sarthois est plus que logique. Car si seulement 10% de l’électorat national s’est déplacé dimanche, certaines franges de la population ont été surreprésentées lors de ces deux tours. Parmi elles, les hommes (+11 points par rapport à la population nationale) ainsi que les personnes âgées de 65 ans et les retraités, donc (+15 points). Les mêmes qui ont voté massivement pour François Fillon.

Les sarkozystes ont rallié Fillon

Le nouveau candidat de la droite pour 2017 a aussi pu bénéficier du report de voix des électeurs de Nicolas Sarkozy, le troisième homme de cette primaire. Selon les différentes enquêtes, plus de 70% de ceux qui ont voté pour l’ancien chef de l’État au premier tour ont accordé leur bulletin à François Fillon au second. Ce dernier a également attiré 59% des électeurs de Bruno Le Maire, ceux de Nathalie Kosciusko-Morizet optant majoritairement (61%, selon Opinionway) pour Alain Juppé, suivant ainsi les recommandations de leur candidate de premier tour.

Par ailleurs, l'écrasante majorité des votants (70% et plus, selon Harris et Opinionway) a fait son choix dès l'annonce des résultats du premier tour, voire avant. Les électeurs ont clairement opté pour celui qui leur semblait le mieux placé pour l'emporter en 2017, sans attendre la campagne et le débat d'entre-deux-tours.

Un maillage serré du territoire

La Gironde, la Corrèze et la Guyane sont les seules exceptions. Un coup d’œil à la carte de France des résultats du second tour suffit à se rendre compte du raz-de-marée réalisé par François Fillon sur le territoire national. Il réalise ses meilleurs scores dans le Sud-Est, région réputée sarkozyste, avec 79% des voix dans le Var et 77% dans les Alpes maritimes, et bien sûr dans son fief de la Sarthe (87%), selon les chiffres de la commission d'organisation. Alain Juppé limite les dégâts à Paris (45%), garde l'avantage en Gironde (62%), mais les scores de son adversaire traduisent un quadrillage serré du territoire depuis sa déclaration de candidature, en février 2013, qui lui a permis de mobiliser les militants dans les grandes villes comme les départements ruraux.   

Un vote d'adhésion

En quelques semaines, François Fillon a donc réussi son pari : mobiliser la droite autour de son programme. 62% des électeurs du second tour ont voté en fonction de son projet (Harris) et 60% "parce qu'il fait les meilleures propositions" (Opinionway). Pour Elabe, le vote Fillon a été un vote d'"adhésion" (79%), contrairement au vote Juppé qui s'est partagé entre "adhésion" (49%) et vote d'"opposition à l'autre candidat" (50%).

Pour une majorité des électeurs de la primaire, François Fillon est d'abord celui qui "veut vraiment changer les choses" (50%, Elabe). Une part tout aussi importante (51%) voyait avant tout en Alain Juppé "les qualités nécessaires pour être président". La situation économique et l'emploi ont été la principale motivation des électeurs des deux candidats (52% et 53%), devant "les dépenses publiques" (41%) pour les électeurs de Fillon et "la protection sociale et la santé" (43%) pour ceux de Juppé.

Enfin, pour quatre électeurs interrogés sur dix (Elabe), la personnalité de François Fillon a le plus compté au moment de voter. L'ex-Premier ministre est jugé plus "expérimenté", plus "compétent" et surtout plus "capable de réformer la France" qu'Alain Juppé (71% contre 32%). Pire : le maire de Bordeaux ne le devance sur aucun des douze critères sur lesquels les électeurs étaient interrogés (honnête, dynamique, dit la vérité...).

Mais si François Fillon apparaît aujourd’hui incontesté dans son camp, l’élection présidentielle du printemps prochain ne sera sûrement pas le troisième tour de la primaire, pour la simple et bonne raison que le corps électoral ne sera pas le même. Certains, à droite, commencent même à s’inquiéter. "Ma crainte, c'est que l'on ne soit plus capable de parler aux classes populaires, aux ouvriers, aux employés, aux femmes seules, aux retraités modestes. Or, ces électeurs constituent la majorité des voix pour une élection présidentielle", s’alarme notamment le maire LR de Tourcoing, Gérald Darmanin.