Propos négationnistes : le nouveau président par intérim du FN sous le feu des critiques

  • A
  • A
Propos négationnistes : le nouveau président par intérim du FN sous le feu des critiques
Jean-François Jalkh est devenu lundi président par intérim du Front national, après la mise en congé de Marine Le Pen jusqu'à la fin du second tour.@ JACQUES DEMARTHON / AFP
Partagez sur :

Des propos négationnistes datant de 2000 mettent le nouveau président par intérim du FN dans l'embarras. Le parti parle lui de "tentatives de manipulation".

Depuis qu'elle a pris la présidence du Front national en 2011, Marine Le Pen s'est lancée dans une quête de "dédiabolisation". Tout est fait pour éviter les controverses sur la Seconde Guerre mondiale, et ainsi chasser les soupçons d'antisémitisme et de négationnisme qui pourraient venir polluer l'image du FN. Mais depuis lundi, et jusqu'à la fin du second tour, la candidate à la présidentielle est remplacée à la tête du parti par Jean-François Jalkh, qui en est désormais président par intérim. Son profil sulfureux crée la polémique, puisque des archives mettent en lumière des propos révisionnistes tenus en 2000.

  • Qui est-il ?

Jean-François Jalkh, adhérent au Front national depuis septembre 1974, fait partie des 35 députés frontistes élus à l’Assemblée nationale en 1986 grâce à la proportionnelle. Il a également exercé les fonctions de conseiller régional d'Île-de-France, de 1992 à 2010, puis de conseiller régional de Lorraine. Il est aussi nommé cette même année secrétaire général du FN. Aujourd'hui député européen, ce natif de Seine-et-Marne a été promu à la tête du parti à la suite de la mise en congé de Marine Le Pen, annoncée lundi, en vertu de son titre de premier vice-président, comme le prévoient les statuts.

Jean François Jalkh a par ailleurs été mis en examen dans l’affaire des surfacturations des kits de campagne et est soupçonné d’avoir bénéficié d’un emploi d’assistant parlementaire fictif auprès de Jean-Marie Le Pen de 2009 à 2014. Son immunité parlementaire a également été levée par le Parlement européen, pour "provocation à la discrimination et à la haine raciale" en tant que directeur d’une publication du FN préconisant la "préférence nationale" dans l’attribution de logements sociaux.

Ce n'est ni l'une ni l'autre de ces affaires qui fait pourtant parler aujourd'hui, mais des propos négationnistes datant de 2000 et publiés en 2005, qu'il dément cependant avoir tenus.

  • Que lui est-il reproché ?

Un journaliste de La Croix a exhumé des déclarations de ce cadre historique, dans lesquels il cite le théoricien négationniste Robert Faurisson, notamment concernant l'usage du gaz Zyklon B dans les chambres à gaz nazies des camps d'extermination de juifs.

Ces propos, que Jean-François Jalkh dément avoir tenus, ont été publiés en 2005 dans un article de la revue Le Temps des savoirs , rédigé par l'universitaire Magali Boumaza. "Le problème des chambres à gaz, mais moi je dis qu'on doit pouvoir discuter de ce problème", peut-on lire dans cet article.

Jean-François Jalkh, qui se défend dans la même publication d'être "négationniste", fait la distinction, parmi ceux-là, entre les "gens détestables" et les auteurs selon lui plus sérieux, dont Robert Faurisson. Selon ce passage, il cite le théoricien condamné à plusieurs reprises pour contestation de crimes contre l'humanité : "Il dit : Moi je vous demande, je pose un certain nombre de questions sur le plan technique." "Je m'intéresse à un spécialiste de la chimie et je lui demande sur l'utilisation d'un gaz, par exemple, qu'on appelle le Zykon B. (sic), moi, je considère que d'un point de vue technique il est impossible (...) de l'utiliser dans des (...) exterminations de masse", lit-on également.

Magali Boumaza, doctorante à l'époque qui avait interrogé Jean-François Jalkh en 2000, a indiqué au site Buzzfeed News que le désormais président par intérim du FN avait bien tenu ces propos "tels qu'ils ont été retranscrits". "La rencontre a duré trois heures, et sur ces trois heures, il y a eu cette sortie révisionniste qui a duré deux ou trois minutes tout au plus. Les propos ont été retranscrits tels qu'ils ont été prononcés" a-t-elle dit. "J'ai les enregistrements audio et la retranscription complète de l'entretien. Rien n'a été falsifié" ajoute-t-elle.

Une polémique que n'a pas manqué d'alimenter Richard Ferrand, le secrétaire général d'En marche !, mercredi, lors de l'émission "Questions d'info" LCP-franceinfo-Le Monde-AFP. "Marine Le Pen s'est fait remplacer par quelqu'un qui au fond lui ressemble, qui est sur des idées sectaires, des idées de division (...), là encore on a toujours des problèmes d'hygiène démocratique avec le FN", a-t-il estimé, à dix jours du second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

  • Comment le FN tente-t-il de faire dégonfler la polémique ?

Mais les dirigeants du Front national rejettent en bloc ces accusations de négationnisme, parlant de "tentatives de manipulation".

"Je le connais bien, c'est un honnête homme", a notamment réagi mercredi le vice-président du FN Florian Philippot, interrogé par France Inter. "Tout ça, ça fait partie des polémiques de campagne un peu basses", a-t-il ajouté. Marion Maréchal-Le Pen a quant à elle parlé, sur RTL, de "tentatives de manipulation". "J'ai totalement confiance en Jean-François Jalkh. Pour bien le connaître, je ne le vois pas une seule seconde cautionner ce type de propos", a-t-elle estimé.

En 2015, le parti frontiste avait exclu son cofondateur, Jean-Marie Le Pen, après une série de déclarations polémiques sur cette période de l'histoire.