Primaire de la gauche : et si Hollande y allait ?

  • A
  • A
Primaire de la gauche : et si Hollande y allait ?
@ MICHEL EULER / POOL / AFP
Partagez sur :

D’emblée, l’idée peut sembler saugrenue, sinon suicidaire. Pourtant, il existe certains arguments qui plaident en faveur de la participation du président de la République à une primaire. 

A première vue, l’appel de personnalités de gauche et écologistes pour la tenue d’une primaire, publié lundi dans Libération, n’est pas une bonne nouvelle pour François Hollande. Il démontre d’abord, si besoin était, que le président de la République est loin de faire l’unanimité à gauche. Elle pourrait ensuite, même cantonnée à la gauche de la gauche, faire émerger une personnalité politique forte, qui constituerait un gros handicap au premier tour de l’élection de 2017 au point de risquer de lui barrer la route du second tour. Mais François Hollande a une solution : y participer. Certes, sa position de président de la République ne se prête guère à l’exercice. Pourtant, plusieurs éléments plaident en faveur de cette hypothèse.

  • Respecter sa parole… et les statuts du PS

Il se trouve qu’en 2011, le 15 octobre, à la veille du second tour des primaires du PS qui allaient le propulser vers l’Elysée, François Hollande avait bel et bien promis qu’il se soumettrait à des primaires de la gauche avant 2017. "Oui ", avait-il répondu à la question du Parisien sur le sujet. "C’est un principe désormais inscrit dans le temps et l’espace politique", avait-il argué, avant de tacler le président de l’époque. "Nicolas Sarkozy devrait se l’appliquer, mais il ne serait pas sûr d’être désigné. Je comprends sa prudence". L’affirmation est désormais vraie pour lui. Dur retour de bâton…

Accessoirement, en se soumettant aux primaires, François Hollande respecterait, en plus de sa parole, les statuts du Parti socialiste, dont il fut le premier secrétaire pendant 11 ans, entre 1997 et 2008. En effet, les statuts du PS stipulent que "le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche et co-organisées par les formations politiques de gauche qui souhaitent y participer". Nulle part il n’est fait mention qu’un président de la République en place devrait s’y soustraire. Une prudence qu’ont adopté, au contraire, Les Républicains. "Il n’est pas organisé de primaire lorsque le président de la République est issu du Mouvement et candidat pour un second mandat", peut-on lire dans les statuts du parti président par Nicolas Sarkozy.

  • Unifier la gauche

A en croire les dernières élections, le Parti socialiste pèse actuellement entre 13,28% (1er tour des départementales 2015) et 23,12% (1er tour des régionales 2015). Or, en 2017, il faudra faire mieux pour espérer accéder au second tour. Pour rappel, en 2012, François Hollande avait recueilli 28,63% des suffrages exprimés. Ces faibles scores, le parti majoritaire à l’Assemblée le doit tant à l’impopularité du couple exécutif au pouvoir qu’à la désunion de la gauche lors des derniers scrutins. Ce dernier écueil pourrait être évité avec la primaire.

En étant désigné par la biais d’une primaire, François Hollande deviendrait en effet le candidat légitime d’une grande partie de la gauche, socialistes, écologistes et communistes réunis. Ce qui lui assurerait quasiment à coup sûr une place au second tour. Mais ça, ce serait à la condition expresse de l’emporter lors d’une éventuelle primaire. Pour l’heure cela ne semble pas gagné.

  • Parasiter la droite

En 2011, la primaire du Parti socialiste avait occupé pendant de longues semaines, voire de longs mois, l’espace médiatique. Et son vainqueur, François Hollande, n’en était sorti que plus fort. Cette fois, la droite espère faire de même. Et les signataires de l’appel à une primaire à gauche en sont bien conscients. "En 2016, nous ne pouvons pas faire ce cadeau à la droite de la laisser seule conduire un débat devant l'ensemble des Françaises et Français sur l'avenir de notre pays", écrivent-ils, plaidant pour que le processus se tienne "au même moment et suivant le même calendrier que celle de la droite". Cet argument, François Hollande, toujours soucieux de savonner la planche à ses adversaires, ne peut qu’y être sensible. Même si, pour participer à une primaire, il faudrait qu’il dégage un temps que, en tant que président de la République, il n’a sans doute pas.