Primaire des Républicains : Sarkozy lâche du lest

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Primaire des Républicains : Sarkozy lâche du lest
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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DROITE - Alors que les rivaux de Nicolas Sarkozy mettent la pression sur l'ancien chef de l'Etat, un comité d'organisation doit être nommé mardi soir.

ENQUÊTE EUROPE 1

Si un sujet peut faire exploser la fragile unité des Républicains, c'est bien celui-là. Les modalités de la primaire prévue en novembre 2016, qui doit désigner le candidat de la droite à la présidentielle de 2017, seront au cœur des discussions du nouveau bureau politique du parti, mardi soir. Plusieurs avancées devraient être actées, et notamment la mise en place d'un comité d'organisation.

La pression est montée d'un cran jeudi dernier, lorsque Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire et Xavier Bertrand ont écrit une lettre à Nicolas Sarkozy pour lui demander d'accélérer sur ce sujet. "C'est logique qu'il y ait un sentiment de défiance", concède un sarkozyste, pour qui "cette lettre, c'est de la politique et c'est de bonne guerre". "Cette lettre conviviale a permis de rappeler l'intérêt que tout le monde porte à cette primaire", sourit pour sa part le député Jérôme Chartier, proche de François Fillon.

Un comité d'une quinzaine de personnes. Désormais, les rivaux de Nicolas Sarkozy veulent engager la première étape : la nomination du comité d'organisation. On sait déjà que cette instance d'une quinzaine de personnes sera dirigée par Thierry Solère, député pro-Le Maire. Il sera entouré de représentants des candidats, auxquels devraient se joindre le président du Sénat, Gérard Larcher, ainsi que les patrons des groupes parlementaires, Christian Jacob et Bruno Retailleau.

Les noms des numéros 2 et 3 du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, sont aussi dans les tuyaux. De quoi faire grincer quelques dents. NKM cache en effet de moins en moins son intention d'être candidate. Quant à Laurent Wauquiez, s'il assure qu'il ne "veut plus entendre parler des primaires avant l'heure", il pourrait lui aussi être tenté par l'aventure.

On garde des places pour l'UDI. Quelques places du comité devraient volontairement être laissées vacantes pour l'UDI, qui doit se décider début 2016 sur sa participation à la primaire. Un argument que Nicolas Sarkozy entendait apparemment faire valoir pour repousser l'échéance. "Sarkozy veut attendre de connaître la position de l'UDI, c'est ridicule !", s'agace ainsi un proche de Bruno Le Maire. "Est-ce que le PS a attendu d'avoir l'avis des radicaux pour organiser sa primaire ?"

Les juppéistes ont formulé une autre exigence : que le comité d'organisation dispose de locaux hors du parti. Question d'ouverture, mais aussi d'indépendance à l'égard de Nicolas Sarkozy. Les candidats réclament aussi des moyens et du personnel pour répartir les 10.000 bureaux de vote sur la carte de France.

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DOMINIQUE FAGET / POOL / AFP


Une primaire plus chère que celle du PS. Le budget n'est pas encore arrêté. L'UMP avait prévu cinq millions d'euros de dépenses et trois millions de recettes, recueillies en demandant aux votants une contribution de deux euros. Mais la primaire des Républicains risque d'être plus chère que celle du PS en 2011. En raison de la baisse des dotations de l'Etat aux mairies, beaucoup de municipalités ne veulent plus prêter gracieusement leurs salles aux partis.

Autant de détails dont il faut s'occuper tout de suite, selon les prétendants. "Si ce n'est pas lancé avant les vacances, on nous dira à la rentrée qu'il faut s'occuper des régionales, et ensuite on nous dira qu'il est trop tard", redoute un juppéiste. Dans le camp de Bruno Le Maire, on compare avec le calendrier du scrutin socialiste en 2011 et on s'inquiète que la droite soit "déjà en retard sur le PS".

Raffarin : "on verra si elle a lieu". D'autant que les candidats suspectent toujours Nicolas Sarkozy de chercher à éviter la primaire. Une petite phrase de Jean-Raffarin les a inquiétés. Interrogé sur la primaire, le 27 mai sur Europe 1, l'ancien Premier ministre a lâché : "on verra si elle a lieu, comment les choses se présentent". En ajoutant toutefois : "pour le moment, c'est un engagement que nous avons tous pris".

Le futur patron du comité d'organisation, Thierry Solère, se veut serein. "Le bureau politique va très bien se passer", assure-t-il à Europe 1. Le député des Hauts-de-Seine a déjeuné vendredi avec Nicolas Sarkozy et en est ressorti confiant quant à la bonne organisation du scrutin. Même si, dans tous les camps, la vigilance reste de mise.

Le PS cité en exemple

En 2011, les ténors de l'UMP n'étaient pas avares de critiques envers la primaire de la gauche. Aujourd'hui, celle-ci est citée en modèle. Au point que les responsables de la droite ont discrètement pris contact avec leurs homologues du PS pour s'inspirer de ce scrutin qui avait réuni 2,8 millions de votants au second tour. Brice Hortefeux a vu Harlem Désir à l'automne. Thierry Solère a aussi discuté avec des responsables socialistes, notamment le député Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry. Sans compter les échanges dans les couloirs de l'Assemblée nationale.