Présidentielle : Marine Le Pen peut-elle vraiment gagner grâce à "l’abstention inavouée" ?

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Présidentielle : Marine Le Pen peut-elle vraiment gagner grâce à "l’abstention inavouée" ?
La candidate du FN, Marine Le Pen, jeudi.
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Selon un chercheur français, "l'abstention inavouée" pourrait permettre à la candidate FN de remporter son pari le 7 mai. Vraiment ? 

Les chances de victoire de Marine Le Pen tiendraient-elles plus de l'arithmétique que de la stratégie politique ? Possible, à en croire Serge Galam, physicien et chercheur au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po. Depuis quelques mois déjà, ce scientifique multiplie les avertissements dans la presse et sur les plateaux TV. Oui, Marine Le Peu peut gagner l'Elysée le 7 mai. Pour cela, elle dispose d'un allié de taille : "l'abstention inavouée". Europe 1 vous explique tout ce qu'il faut savoir sur cette théorie du "non-vote caché". 

L’abstention inavouée, qu'est-ce que c'est ?

La méthode de Serge Galam a le mérite de sortir de l’ordinaire. Quitte à donner quelques sueurs froides aux sondeurs. Il ne s'agit pas, en effet, d'une de ces enquêtes d'opinion qui rythment chaque jour de campagne avec frénésie. Non. Le phénomène de l'abstention différentielle est une équation qui permettrait de calculer le taux d’abstention "inavoué" des électeurs. Comprenez : si une partie des Français se déclare aujourd'hui "certains" de voter le 7 mai, une part d'entre eux finira en fait par se dégonfler. "Ce n'est pas que les sondages se trompent", explique Serge Galam, interrogé par franceinfo. "C'est qu'ils ne peuvent pas prendre en compte cette abstention inavouée. Il y a des gens qui n'osent pas dire qu'ils vont s'abstenir."

Il y a des gens qui n'osent pas dire qu'ils vont s'abstenir

Concrètement, comment ça marche ?

Selon la formule du physicien, un candidat à une élection peut très bien gagner avec des intentions de vote inférieures à celles de son adversaire. Un scénario à l'image des pronostics de victoire mesurés mercredi par le rolling Ifop pour Paris Match, qui place Macron en tête (60,5%) devant Marine Le Pen (39,5%). La raison mystère tient dans l'écart entre les "estimations de participation" pour l'un et pour l'autre. Démonstration par le chercheur dans les colonnes de L'Express encore récemment. "Si l'on prend un taux d'intention de vote pour Marine Le Pen et une estimation de participation pour elle, on peut calculer une valeur critique de participation pour Emmanuel Macron en dessous de laquelle il perd l'élection."

Si Marine Le Pen a 42% d'intentions de vote et que 90% des gens qui disent vouloir voter pour elle le font, alors elle gagne

Et de poursuivre avec deux exemples concrets : "Si Marine Le Pen a 42% d'intentions de vote et que 90% des gens qui disent vouloir voter pour elle le font, alors elle gagne si moins de 65,17% des électeurs déclarés de Macron votent effectivement pour lui. Si 65% seulement par exemple votent pour lui, Marine Le Pen gagne à 50,07%." 

Et c'est fiable ?

Serge Galam a pour mérite d'avoir "prédit" le Brexit ou la victoire de Donald Trump. Deux séismes qui, pour une partie de l'opinion, ont ébranlé leur confiance dans les instituts de sondage. Pas étonnant, donc, de voir des prestigieux titres anglo-saxons - à l'image du Financial Times ou encore Politico - s'intéresser à la démarche du scientifique, dont les pulls un peu chiche tranchent avec le dress code des sondeurs sur les chaînes d'info.

Avant-gardistes, les travaux du chercheur du Cevipof le sont aussi sur le plan scientifique. A L'Express, il confie que ses recherches ne sont "pas encore validées" scientifiquement, mais assure que son modèle prédictif est capable d'anticiper des dynamiques électorales. "Pas encore validées", voire contestées par certains. Comme Chris Hanretty, de l'université d'East Anglia. Début avril, ce chercheur en politique s'est fendu d'un long article sur la plateforme Medium (en anglais) pour mettre en doute la fiabilité de l'équation de Galam.

Chris Hanretty juge les conclusions de Serge Galam "invraisemblables"

Selon lui, l'analyse du physicien repose sur deux biais principaux. "Le premier problème, c'est que l'analyse (de Galam) suppose que les sondages d'opinion rapportent l'intention de vote de l'ensemble de la population, or ils reflètent l'intention du vote de ceux se disant 'certains' d'aller voter" pour un candidat, explique Chris Hanretty. Ce qui exclue le poids des indécis pourtant central dans cette élection. Le deuxième relève des probabilités d'écart de participation entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Se basant sur l'étude d'une vingtaine d'élections présidentielles récentes à travers le monde, Chris Hanretty juge en effet les conclusions de Serge Galam "invraisemblables".