Présidentielle, à qui profite l’abstention ?

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Présidentielle, à qui profite l’abstention ?
@ JOEL SAGET / AFP
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Un nombre record d’électeurs pourrait décider de ne pas se déplacer aux urnes le 23 avril prochain. Et c’est d’abord le Front national qui pourrait en profiter.

Le premier tour de l’élection présidentielle se rapproche, et la proportion d’abstentionnistes potentiels ne faiblit pas. Selon le dernier point du rolling quotidien Ifop pour Paris Match, dimanche, 35% des personnes interrogées prévoyaient de s’abstenir. Le record de faible participation du premier tour de la présidentielle de 2002 (28,4% d’abstention), pourrait donc bien être battu. Pas franchement une bonne nouvelle pour la démocratie, mais beaucoup plus pour certains partis. Et en premier lieu le Front national.

Un socle frontiste solide. Car de tous les partis, c’est bien celui présidé par Marine Le Pen qui bénéficie actuellement du socle électoral le plus solide. Dans le sondage Ifop de dimanche, 83% des électeurs de Marine Le Pen affirment qu’ils ne changeront pas d’avis. C’est colossal, et surtout loin devant ses concurrents. Emmanuel Macron, par exemple, n’est qu’à 63%, François Fillon à 73%. Dans une autre étude, celle du Cevipof pour Le Monde daté du 17 mars, 27% des personnes interrogées déclarent qu’elles voteront pour la présidente du FN, dont 21,1% sont sûres de leur choix. C’est là encore très au-dessus des autres candidats. Les électeurs de marine Le Pen se déplaceront donc en masse aux urnes, c’est une quasi-certitude. Ce qui, en cas de forte abstention, entraînera mathématiquement un score plus élevé pour la candidate frontiste.

Une gauche et une droite moins mobilisées. D’autant que face à Marine Le Pen, certains camps peineront sans doute à mobiliser. "Si le comportement abstentionniste reste difficile à anticiper, on a vu lors des élections intermédiaires (européennes et municipales 2014, départementales et régionales 2015, ndlr) une gauche moins mobilisée que la moyenne, ce qui a expliqué ses défaites", rappelle Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop. "Et avec l’affaire Fillon, une partie du corps électoral de la droite s’annonce abstentionniste", poursuit le sondeur. Tout bon donc pour le FN, même si l’inconnue Emmanuel Macron est à même de rebattre les cartes et de ramener aux urnes des déçus de chaque camp.

Une abstention ? Non, des abstentions. Au final, il n’y a pas une abstention, mais des abstentions. "Le résultat d’une élection, c’est d’abord le produit d’un différentiel de mobilisation entre plusieurs électorats", rappelle Frédéric Dabi. Et c’est là-dessus, sur cette "abstention différentielle", que se joue un scrutin. "On a longtemps cru qu'une élection, cela consistait à convaincre des gens avec la figure de l'électeur indécis. Or, c'est sans doute moins important que le fait de bien mobiliser son électorat", explique à l’AFP Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques. En clair, si un camp parvient moins à mobiliser qu’un autre, la défaite est assurée. "Quand vous avez 15 à 20% de vos électeurs qui ne vont pas voter, c'est une bérézina sur le plan électoral", résume le co-auteur de La démocratie de l'abstention.

Voilà qui renforce encore l’incertitude quant au résultat final. Même si Emmanuel Macron et François Fillon sont donnés par les sondages largement devant Marine Le Pen au second tour, la présidente du FN n’est pas déjà battue pour autant. "Il suffirait, pour qu'elle gagne, que 90% de ceux qui donnent une intention de vote à Le Pen votent vraiment pour elle, tandis que seulement 70% des électeurs qui déclarent une intention de vote Macron ou Fillon aillent réellement voter", explique Jean-Yves Dormagen. Le résultat final de la présidentielle dépendra donc beaucoup de l’abstention. De son ampleur d’abord, de sa nature, ensuite.