Ministère, j’écris ton nom

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Ministère, j’écris ton nom
Arnaud Montebourg a hérité d'un ministère au nom totalement inédit : le "Redressement productif". une expression mûrement réfléchie.@ MAXPPP
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Les intitulés des ministères, parfois inédits, ont souvent une signification bien particulière.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ont pas échappé à la tradition. A chaque nouveau mandat présidentiel ses noms de ministère inédits. Le duo de l’exécutif a même eu la main lourde en la matière. Les formules de "Redressement productif", d’"Education populaire", de "Réussite éducative", d’"Egalité des territoires" et enfin d'"Economie maritime" ont ainsi été accolées pour la première fois au mot "ministère". Et ces choix ne doivent bien sûr rien au hasard.

Résonnance et cohérence

 

D’abord, il n’y a aucune autre limite que la bienséance pour nommer un ministère. "Il n’y a absolument aucune obligation", confirme pour Europe1.fr Stéphane Rozès, président de Conseil, analyses et perspectives (CAP). "Les Premiers ministres et présidents font ce qu’ils veulent en matière de dénomination", insiste le politologue. Le duo exécutif peut donc donner libre court à son imagination.

Souvent, l’intitulé est d’abord choisi pour entrer en résonnance avec la campagne présidentielle. Pour donner au tout une cohérence. La "Réussite éducative" est ainsi l’illustration de la volonté de François Hollande de donner priorité à l’éducation au cours de son quinquennat.

"Les dénominations sont révélatrices des sujets qui ont fait la campagne", abonde Stéphane Rozès, qui cite d’abord la "réindustrialisation". "Cela a été une thématique importante de la campagne à droite comme à gauche. Et Arnaud Montebourg l’a portée dès la primaire socialiste. Il était donc logique que le poste du Redressement productif lui échoit", estime le politologue. D’autant que l’expression semble être l’oeuvre de François Hollande lui-même puisque, rappelle Le Lab, le président de la République l’avait utilisée au moins à deux reprises par le passé. La dernière fois, c'était en décembre 2011, à Saint-Nazaire, quand le chef de l'Etat s'était présenté comme "le candidat [...] du redressement productif".

Air du temps

 

Mais les noms des ministères portent aussi leur lot de messages. A l’endroit de la population d’abord. "Les noms sont révélateurs des préoccupations du moment", explique Stéphane Rozès, qui convoque l’exemple de ministère du Temps libre, créé en 1981 par François Mitterrand dans l’euphorie de l’élection. Ce ministère collait aux espoirs d’une population qui avait élu pour la première fois un président socialiste. Comme un symbole, le ministère du Temps libre a d’ailleurs été supprimé en avril 1983, au moment du tournant de la rigueur. "Il ne viendrait à personne aujourd’hui l’idée de mettre un tel ministère tant la question du travail est redevenue une question transversale à la gauche et à la droite", explique Stéphane Rozès.

D’autres intitulés plus ou moins exotiques sont aussi nés de l’air du temps. C’est le cas de l’Action humanitaire d’urgence, imaginé par Alain Juppé en 1995, soit moins d’un an après le génocide au Rwanda. C’est le cas aussi du secrétariat d’Etat "chargé de la Prévention des risques technologiques et naturels majeurs", créé en 1988-1989, alors que la population reste traumatisée par l’incident nucléaire, en avril 1986, de Tchernobyl.

Des messages politiques

Mais celui qui a le plus marqué date de 2007, quand Nicolas Sarkozy avait inauguré un ministère de "l’Immigration et de l’Identité nationale. A l’époque, cet intitulé avait déclenché un vif débat. D’une part parce que jamais le terme d’Immigration n’était apparu dans un ministère, ensuite parce que le mot était accolé à l’expression "Identité nationale". "C’était volontairement polémique de la part du président de l’époque", estime Stéphane Rozès. Et le chef de l’Etat avait totalement assumé ce parti-pris.

Le message porté par les intitulés des ministères est donc aussi politique. Là encore, le "Redressement productif " l’illustre bien. "Si on utilise le terme de redressement, de facto on était en train de dire que soit la France soit l’industrie a été affaiblie", analyse le politologue. "C’est un objet d’évaluation du présent qui est forcément à mettre au débit de l’équipe sortante." Et qui est donc un ultime coup de griffe à Nicolas Sarkozy et à son équipe.