Mariage gay : à Fontgombault, on évoque "la loi naturelle"

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Mariage gay : à Fontgombault, on évoque "la loi naturelle"
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Le maire Philippe Tissier met en avant des convictions religieuses pour refuser les mariages gays.

Philippe Tissier est-il républicain avant d’être chrétien, ou le contraire ? Le maire de Fontgombault, dans l’Indre, a apporté une réponse sans équivoque à cette question lors du conseil municipal de sa commune, le 24 octobre, dont le compte-rendu a été envoyé mercredi aux quelque 300 habitants. L’édile a ainsi fait voter une délibération pour s’opposer formellement à la tenue de mariages homosexuels dans son village, rapporte jeudi La Nouvelle République du centre. Mais ce sont surtout les raisons avancées, et notamment la prédominance de la "loi naturelle" sur les lois humaines, qui font aujourd’hui polémique.

"Considérant qu'il existe une loi naturelle, supérieure aux lois humaines"… Le texte incriminé est assez alambiqué, mais il ne laisse guère de place au doute quant aux motivations religieuses qui ont conduit à sa rédaction. "Considérant qu'il existe une loi naturelle, supérieure aux lois humaines, d'après laquelle depuis les origines du monde aucune union n'a été célébrée officiellement entre deux personnes du même sexe, (…) pour la raison que ces personnes (…), sont radicalement incapables de procréer un être humain (…) et par conséquent de l'éduquer à titre de parents dans l'altérité et la complémentarité", expose longuement le texte, avant de conclure : "le Maire et ses Adjoints ainsi que tous les Conseillers qui ont voté cette délibération à bulletins secrets démissionneront de leurs fonctions de Conseillers Municipaux dans le cas où ils seraient contraient de procéder à un tel acte de mariage qu'ils désapprouvent formellement." Sur les dix membres du conseil municipal, sept ont voté pour cette délibération, deux se sont abstenus et un a voté contre.

Des habitants outrés. Parmi les destinataires de ce courrier, plusieurs n’ont pas franchement apprécié ces explications. "Je trouve ça ignoble", s’insurge ainsi dans les colonnes de la Nouvelle République Manon, "scandalisée" par la lettre qu’elle a reçue. Une autre habitante est encore plus véhémente. "Ces propos qui dépassent l'entendement. Chacun est libre d'être pour ou contre le mariage homosexuel. C'est la formulation qui me choque. Un conseil municipal doit être laïc", témoigne Frédérique auprès du quotidien régional. Cette Fontgombaldienne invite d’ailleurs les couples homosexuels à "venir habiter dans notre commune et se marier", pour provoquer la démission du maire, car "tout le monde en a ras le bol".

Une plainte... sur un autre sujet. Des habitants excédés se sont d'ailleurs organisés en comité. "On est allés à la préfecture, mais on nous a dit qu'ils ne pouvaient rien faire sur cette affaire", raconte Manon, jointe par Europe1.fr. "Mais on a quand même porté plainte, parce qu'un employé a fait le tour des maisons pour récolter des signatures contre l'implantation d'éoliennes, à la demande du maire et pendant ses heures de service", poursuit l'habitante. La justice pourrait donc s'intéresser de plus près à ce village de l'Indre pour vérifier cette version.

Un maire récidiviste. Ce n’est pas la première fois que Jacques Tissier fait parler de lui. Dans une déclaration datant de début 2013, relayée par des  sites royalistes ou catholiques et exhumée par Le Lab d'Europe 1, le maire de Fontgombault faisait déjà fi de la laïcité pour s’opposer au mariage gay. Se revendiquant "baptisé et catholique pratiquant", l’élu écrivait que "Dieu a créé l’homme et la femme pour devenir un couple et avoir des enfants", et que les unions homosexuelles "ne sont pas en mesure d’assurer, de manière adéquate, la procréation et la survivance de l’espèce humaine". L’homme s’appuyait ensuite sur une déclaration de Benoît XVI, avant de conclure sans ambiguïtés : "il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, quand les hommes se font les ennemis de Dieu".

Plus grave, et encore moins équivoque, Jacques Tissier, alors interrogé par la Nouvelle République du Centre, avait livré sa pensée en septembre 2012, alors que le débat sur le mariage gay faisait rage. "Hors de question de marier des pédés ! Je ne le ferai pas", avait-il répondu.