Mais où était passé Vincent Peillon pendant deux ans ?

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Mais où était passé Vincent Peillon pendant deux ans ?
@ ALAIN JOCARD / AFP
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L'ancien ministre de l'Éducation nationale, débarqué en 2014, revient sur la scène politique nationale après deux ans à l'observer de loin. Et veut défendre le bilan du quinquennat de Hollande.

Personne ne l'attendait, jusqu'à ce que courent les premiers bruits dans la presse, la semaine dernière. La candidature à la primaire de la gauche de Vincent Peillon a finalement été confirmée par le principal intéressé, dimanche soir, sur le plateau du Journal Télévisé de France 2. Se posant en "candidat d'une éthique politique" et du "rassemblement", l'ancien ministre de l'Éducation nationale a aussi adopté une position d'héritier du bilan de François Hollande. Et précisé qu'il avait pris la décision de se lancer dans la course "dans la solitude de sa conscience".

Cette décision est d'autant plus surprenante que Vincent Peillon avait fait montre, depuis deux ans et demi, d'une discrétion quasi à toute épreuve. De son éviction du gouvernement au printemps 2014 jusqu'à son annonce, rien ne prédisait cette réapparition sur la scène nationale.

Débarqué pour ses erreurs de com'. Avril 2014. La débâcle de la gauche lors des élections municipales pousse François Hollande à remanier son gouvernement. Vincent Peillon en fait les frais en même temps que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Chargé de l'Éducation nationale, ce professeur agrégé de philosophie paie à l'époque ses erreurs de communication fréquentes. Sa réforme des rythmes scolaires, mal vendue, avait hérissé les municipalités. Par la suite, ses "ABCD de l'égalité", fascicules pour lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes à l'école, avaient fait bondir une Manif pour Tous encore vigoureuse après son combat acharné contre le mariage homosexuel. Enfin, Vincent Peillon était un habitué des petites bourdes, comme lorsqu'il avait rouvert le débat sur la dépénalisation du cannabis en octobre 2012.

Député européen. Quittant son ministère sous les applaudissements, Vincent Peillon se consacre alors à sa campagne pour les élections européennes du mois de mai. Tête de liste dans le Sud-Est, il est élu avec, néanmoins, un score très décevant. Avec 11,87% des suffrages, sa liste obtient seulement deux sièges, loin derrière le Front national emmené par Jean-Marie Le Pen (28,18%, soit 5 sièges) et l'UMP de Renaud Muselier (22,4%, soit 3 sièges). Dès lors, Vincent Peillon se met à la diète médiatique. Plus de télévision, plus d'interviews. Sur Twitter, son fil se tarit. Rien n'a d'ailleurs été posté entre le 23 mai 2014 et dimanche soir.



"Je vis mieux quand j'ai plus de temps pour lire". En novembre 2014, Vincent Peillon fait un pas de plus pour s'écarter de la vie politique hexagonale et se rapprocher de ses premières amours. Nommé professeur associé à l'université de Neuchâtel, en Suisse, il y assure des séminaires d'histoire politique consacrés aux "républicanismes". À Paris Match, il confie en décembre pour sa première interview depuis son départ du ministère de l'Éducation nationale qu'il a peut-être commis des "maladresses". "J'étais dans les dossiers, je communiquais peu ; c'est peut-être une faute politique." La rue de Grenelle ne lui manque absolument pas. "Je vis mieux quand j'ai plus de temps pour lire." Pourtant, pas question de renoncer entièrement à la vie politique, et Vincent Peillon promet "un grand rendez-vous avec les Français après l'exercice gouvernemental". Finalement, il n'a pas tenu jusque-là.

Reconversion dans la littérature. Le temps supplémentaire qu'il a pour lire, l'ancien ministre l'emploie aussi à écrire. Il se lance dans la rédaction d'un thriller, Aurora (éd. Stock). Une histoire de "consortium qui fait main basse sur des réserves de pétrole et de gaz dans le Grand Nord", dont le fondateur, "un ancien nazi visionnaire, est protégé par des faucons américains et certains hauts responsables de l'OTAN". Jusqu'à ce qu'intervienne "une équipe du Mossad, apparemment en sommeil". Vincent Peillon a d'autant plus de temps à consacrer à son intrigue géopolitique que, selon une enquête de Franceinfo publiée en mai 2015, il n'est pas très actif au Parlement européen. Présent seulement 50% du temps en commission, il n'a rendu ni rapport ni avis et n'est intervenu qu'une dizaine de fois en réunion plénière.

"Je ne briguerai pas de nouveau mandat électif". La publication d'Aurora en avril 2016 est pour lui l'occasion de s'exprimer une nouvelle fois dans les médias hexagonaux. Et de jurer, dans les colonnes de Libération, qu'il ne le fera jamais plus que pour évoquer ses activités de professeur ou d'écrivain. "Je ne briguerai pas de nouveau mandat électif", assure-t-il. "Ce qui ne veut pas dire que je vais me désintéresser de la chose publique." Se poser en observateur semble à l'époque être l'option choisie. D'autant qu'un second roman, Un Chinois à Paris (éd. Stock) est déjà dans les cartons.

Je ne briguerai pas de nouveau mandat électif. Ce qui ne veut pas dire que je vais me désintéresser de la chose publique.

D'observateur à acteur. Observateur, Vincent Peillon n'en est pas moins prolixe lorsqu'il a l'occasion de prendre la parole. En mai 2016, lors des "Journées de la refondation de l'école de la République", l'ancien ministre retrouve ses successeurs, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem, pour défendre le bilan du gouvernement à l'Éducation. Et parle 45 minutes au lieu des 10 qui lui étaient imparties. Cependant, il évite, contrairement à Benoît Hamon, de critiquer la politique gouvernementale. Une ligne de conduite qui, aujourd'hui, alors que le retrait de François Hollande l'a poussé à devenir acteur plus qu'observateur, peut s'avérer payante. Dans un Parti socialiste miné par les divisions, l'absence de piques acerbes a de quoi plaire.

Vincent Peillon peut donc se positionner comme l'hériter du quinquennat, le nouvel homme de la synthèse entre la ligne Montebourg et la ligne Valls. Cela lui attire déjà la sympathie - et le parrainage - d'Anne Hidalgo, maire de Paris. Reste à savoir si cela lui apportera aussi celle des électeurs.