Macron ministre, tout avait si bien commencé

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Macron ministre, tout avait si bien commencé
@ AFP
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RETOUR SUR - Pendant deux ans à Bercy, le "fils spirituel" du président et désormais ancien ministre de l’Economie a joué sa petite musique personnelle, à coup de déclarations choc et prises de position décalées. Jusqu'à la démission.

Deux ans et quatre jours, c’est peu en politique. Mais cela a suffi à Emmanuel Macron, qui a démissionné mardi de son poste de ministre de l’Economie, pour devenir incontournable dans la vie politique française. Auparavant, c’est dans le privé, au sein de la banque d’affaires Rothschild et Cie, puis dans l’ombre, comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, de mai 2012 à juin 2014, qu’il officie. Mais le 26 août 2014, à l’occasion d’un remaniement, il fait une entrée remarquée au gouvernement. D’illustre inconnu, il devient en quelques mois la nouvelle star de la politique française.

  • Episode I : le sourire de Jouyet

En cette fin d’été 2014, un remaniement est rendu nécessaire par la fronde de deux ministres, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Sur le perron de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de la présidence, annonce la composition du nouveau gouvernement. Un moment traditionnellement d’une grande solennité et d’une grande austérité. Pourtant, au coeur de cette longue énumération de plus de six minutes, un sourire éclaire un instant le visage de ce très proche de François Hollande, au moment d’annoncer le nom du nouveau ministre de l’Economie : Emmanuel Macron. Comme si au palais présidentiel, on était content de son coup. Il faut dire que personne n’a vu venir la nomination de cet ancien banquier d’affaires et ancien conseiller du président sur les questions économiques. La machine Macron est (déjà) en marche.  

(A partir de 1’40’’)

  • Episode II : une maladresse et des phrases choc, déjà

La première sortie médiatique remarquée d’Emmanuel Macron lui sera reprochée. Sur Europe 1, au sujet de l’abattoir Gad, menacé de fermeture, il déclare en septembre 2015 :  "il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées". Tollé général, et excuse du ministre le lendemain à l’Assemblée nationale


Emmanuel Macron et les "illettrés" des...par Europe1fr

Emmanuel Macron contrôle ensuite mieux ses sorties médiatiques, mais décide quelques semaines plus tard d’adopter sa lingue de conduite : dire ce qu’il pense au risque de fâcher son camp. Le 2 janvier, depuis le salon de l’high-tech à Las Vegas, il lance : "il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires". La phrase, reçue comme participant du culte de l’argent, est mal perçue à gauche. Mais ce n’est que la première d’une longue série.

  • Episode III : la loi Macron adoptée

C’est la loi qui marquera son passage à Bercy. Après douze moins d’intenses débats, qui ont vu se fédérer les frondeurs du PS et ont contraint Manuel Valls à l’utilisation du 49-3, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques dite plus simplement "Loi Macron", est adoptée définitivement le 10 juillet 2015. Son champ d’application est très large, mais plusieurs mesures attirent l’attention : le travail dominical d’abord, qui reste tout de même très intégré, la libéralisation des trajets en autocar, ou encore la libéralisation de certaines professions réglementées, comme les notaires ou les avocats. Comme à chaque sujet touchant au turbulent ministre de l’Economie, la gauche de la gauche est vent debout.

  • Episode IV : le recadrage public de Manuel Valls

Des recadrages d’Emmanuel Macron par Manuel Valls, il y en eut finalement beaucoup. Mais aucun autre de l’ampleur de celui de ce 10 mai 2016, en plein Assemblée nationale. En cause, une interview accordée par le ministre la veille dans Sud Ouest, dans laquelle il fustige, une fois de plus, une "caste politique" à laquelle il n’appartient pas. Après avoir rappelé, en réponse à un député de l’opposition, que "les membres du gouvernement (doivent être) pleinement et totalement engagés dans leur tâche", le Premier ministre explose au moment de se rasseoir, et s’adresse avec virulence à son ministre. L’échange est bref mais extrêmement tendu. "C’est inacceptable. Pourquoi tu dis ça ?", s’énerve Manuel Valls. "Je suis d’accord avec toi, c’est Juppé que je visais", répond Emmanuel Macron. "Mais alors dis-le ! Dis-le !", lui exhorte le Premier ministre. Ni élus ni observateurs n’ont évidemment manqué ce moment.

  • Episode V : l’affaire du "costard"

C’est sans doute la phrase de trop, celle qui a définitivement terni l’image d’Emmanuel Macron à gauche. Le 28 mai 2016, interpellé par deux grévistes à Lunel, le ministre de l’Economie leur rétorque : "La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler". Une phrase perçue comme hautaine pour les ouvriers et les chômeurs par la gauche.


Macron interpellé par des militants CGT : "Je n...par BFMTV

Avant cette sortie, d’autres phrases avaient hérissé le poil des militants de gauche. En janvier 2016, il estime ainsi sur BFMTV que "la vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salarié".

  • Episode VI : le meeting de la discorde

La démission d’Emmanuel Macron a sans doute pris forme le 12 juillet 2016. Le ministre tient dans la soirée son premier meeting à La Mutualité. Debout, arpentant la tribune sans note, le ministre de l’Economie appelle pendant près d’une heure et demie à "libérer le pays", à "dépasser le clivage droite-gauche". Surtout, il évoque un "pays usé par les promesses non tenues". Pour François Hollande, en place à l’Elysée depuis quatre ans, et impliqué dans la vie politique depuis plusieurs décennies, difficile de ne pas se sentir visé.

Avant même le meeting, Manuel Valls avait lâché à propos de l’aventure solitaire de son ministre : il est temps que tout cela cesse. La réunion du 12 juillet, deux jours avant la traditionnelle intervention du 14-Juillet du président de la République, a donc acté la rupture. Même s’il aura fallu attendre la fin de l’été pour qu’elle soit effective.