L'universalité des allocations familiales, nouveau dossier sensible pour la majorité

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L'universalité des allocations familiales, nouveau dossier sensible pour la majorité
Le gouvernement semble favorable à la suppression des allocations familiales pour les familles les plus aisées, mais ne veut pas aborder le sujet trop vite.@ LUDOVIC MARIN / AFP
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Le sujet a été (prudemment) remis sur la table par le gouvernement, qui veut lancer une réflexion dans les prochains mois. Mais certains élus de la majorité souhaitent l'imposer à l'agenda dès l'examen du PLFSS. 

C'est une déclaration de la ministre de la Santé qui a mis le feu aux poudres. Mardi, lors des questions au gouvernement au Sénat, Agnès Buzyn était interrogée sur la remise en question de l'universalité des allocations familiales. Se disant "attachée" à la "fiscalité" de la politique familiale, la ministre a cependant estimé qu'il fallait "assumer un meilleur ciblage des aides monétaires". Et donc discuter d'une éventuelle suppression des allocations des plus riches pour mieux redistribuer sur les familles dans le besoin.

"Dans ce cadre, je souhaite entamer avec le Parlement et l'ensemble des acteurs un débat et une réflexion sur la politique familiale en général et sur les allocations familiales au service de cette politique", a-t-elle conclu.

Un sujet de débat… pour plus tard. Mercredi, Edouard Philippe lui-même s'est emparé du sujet, dans un Facebook live. Répondant à des questions d'internautes, le Premier ministre a assuré que l'exécutif allait "se poser cette question, mais après un vrai bon débat, et pas simplement le soir au détour d'un amendement budgétaire qui n'aurait pas été complètement mesuré dans ses implications".

Autrement dit : oui, le gouvernement pense à revenir sur l'université des allocations familiales. Mais il ne veut pas faire l'économie d'un débat plus large et, surtout, ne compte pas s'emparer de la question dès les prochaines semaines, lors de l'examen du projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS).

On va se poser cette question, mais après un vrai bon débat, et pas simplement le soir au détour d’un amendement budgétaire qui n’aurait pas été complètement mesuré dans ses implications.

Discussions houleuses à prévoir. Si l'exécutif est si prudent, c'est qu'il sait que le sujet est explosif. L'universalité des allocations familiales est historiquement défendue par à peu près tous les bords politiques et le moindre coup de canif provoque d'innombrables remous. François Hollande en avait fait les frais, en 2015, lorsqu'il avait décidé de rendre le montant de la subvention dégressif en fonction du revenu des ménages. À l'époque, déjà, l'opposition de droite comme communiste lui avait reproché de porter atteinte au principe d'universalité des allocations familiales.

Bercy "pas fermé" au principe. Le gouvernement actuel, lui, réfléchit d'ores et déjà à aller plus loin en supprimant purement et simplement les allocations pour les familles les plus aisées. La semaine dernière, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, s'était dit "pas fermé" à ce principe. Du côté des parlementaires LREM, plusieurs y sont favorables. Le député de l'Isère et rapporteur général de la commission des Affaires sociales, Olivier Véran l'a exprimé clairement dans Le Figaro fin septembre, se disant pour, "à titre personnel", la création d'une "mission d'information parlementaire".

Un amendement sur le PLFSS. Olivier Véran promettait néanmoins que la suppression de l'universalité des aides familiales ne figurerait pas dans le PLFSS. "Ce n'est pas à l'ordre du jour", confirme à Europe1.fr la présidente de la commission des Affaires sociales, Brigitte Bourguignon, qui voit elle aussi d'un bon œil la création, officialisée depuis, de la mission d'information. Pourtant, selon nos informations, un amendement en ce sens devrait quand même être déposé sur ce texte budgétaire par des élus LREM.

"Gauchiser" le budget. Si les élus outrepassent la prudence gouvernementale, c'est notamment pour répondre aux critiques qui pleuvent depuis plusieurs semaines sur le budget 2018. L'image de "président des riches" qui collait au costume d'Emmanuel Macron est sortie renforcée de la présentation du PLF, qui prévoit notamment la transformation de l'ISF en impôt sur la fortune immobilière seulement, laissant de côté les biens de luxe. Dans ce contexte, prévoir une suppression des allocations familiales pour les plus aisés, sachant qu'elles sont déjà maigres –un foyer à 6.000 euros mensuels touche une soixantaine d'euros par mois– afin de les redistribuer aux familles plus modestes, permettrait de mettre un coup de barre à gauche.

Ça tangue à gauche comme à droite. L'idée reste cependant très controversée, de tous les côtés de l'échiquier politique. La socialiste Ségolène Royal a ainsi pointé un "risque de frapper une nouvelle fois les catégories moyennes" en supprimant l'universalité des allocations familiales. Quand, à droite, on ne se privera pas de souligner une politique "anti-famille" de l'exécutif, comme on l'avait fait sous François Hollande. LREM risque même de se brouiller avec des alliés (potentiels), puisque le MoDem et les Constructifs se sont posés en défenseurs des familles dans l'examen de ce budget, plaidant pour relever le plafond du quotient familial. Dans ce contexte, nulle surprise à ce que le gouvernement trouve urgent d'attendre.