Le Congrès à Versailles, une opération coûteuse

La salle du Congrès, à Versailles, a été initialement bâtie pour l'Assemblée nationale.
La salle du Congrès, à Versailles, a été initialement bâtie pour l'Assemblée nationale. © THOMAS COEX / AFP
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R.Da , modifié à
Une large partie de l'opposition parlementaire dénonce la dépense qu'implique la réunion par le Président de la République des deux chambres lundi.

"Un coup de com' à plusieurs milliers d'euros, ça n'est pas acceptable !". Damien Abad, le député Les Républicains de l'Ain ne décolérait pas mercredi, au micro d'Europe 1, après l'officialisation de la tenue d'un Congrès lundi, lors duquel Emmanuel Macron s'exprimera devant les deux chambres réunies au château de Versailles. Car outre le risque de transgression, la prise de parole du président  pouvant faire de l'ombre à celle de son Premier ministre, attendu le lendemain à l'Assemblée pour son discours de politique générale, c'est aussi le coût d'un tel rendez-vous qui agace l'opposition.

"Je n'irai pas à Versailles lundi prochain. Cet argent dilapidé pour un congrès inutile, qu'il aille aux réfugiés !", a tweeté la sénatrice EELV Esther Benbassa. Autre boycott, celui de Jean Chrsitophe Lagarde, le président de l'UDI, qui a tweeté : "Je n'irai pas au Congrès de Versailles lundi. C'est inutile et ça coûte cher". Cher, mais combien ? La Cinquième République ne connaît que deux précédents en la matière, puisque la convocation du Sénat et de l'Assemblée par le chef de l'Etat n'est possible que depuis la loi de 2008. Hors ce cadre, le Congrès ne peut se réunir que pour une révision constitutionnelle ou pour se prononcer sur l'adhésion d'un pays à l'Union européenne.

2009, une coûteuse prestation pour Nicolas Sarkozy. Pour la première fois depuis 1875, date de l'instauration définitive de la IIIe République, un chef d'Etat s'exprime devant les élus du Sénat et de l'Assemblée nationale : le 22 juin 2009, Nicolas Sarkozy leur présente les grandes lignes de sa politique économique, sociale et étrangère. Une démarche déjà fustigée par la gauche à l'époque, "un système inédit et baroque" s'était étranglé à la tribune Jean-Marc Ayrault, alors que Pierre Moscovici chiffrait sur i-Télé le coût de l'opération "entre 400.000 et 600.000 euros". Soit un discours à 5.000 euros la minute avait même calculé le sénateur Robert Badinter, ironisant au micro de France Inter sur "l'éloquence la plus chère qu'[il] connaisse".

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L’intervention de Nicolas Sarkozy en 2009 a été chiffrée à quelque 400.000 par la majorité de l'époque. BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Alors président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer avait reconnu un chiffre "approximatif" de 400.000 euros, tout en minimisant la polémique. "C'est le coût tout simplement d'une démocratie qui fonctionne normalement", avait-il déclaré sur France Info. Pourtant, la révision constitutionnelle votée un an plus tôt n'avait coûté "que" 231.571 euros. Néanmoins, la séance avait durée moins longtemps que pour l'intervention de Nicolas Sarkozy.

Pourquoi le Congrès se réunit-il au château de Versailles ?

Pendant les troubles de la Commune de Paris, en 1871, l'Assemblée nationale, après un court passage à Bordeaux, se réfugie dans la salle de l'Opéra royal du château de Versailles. Lorsque celui-ci est dévolu au Sénat, mis en place par les lois de 1875, un hémicycle pouvant accueillir les députés délogés est aménagé au sud du château, dans l'aile du Midi.

Après le retour des deux chambres à Paris, en 1879, l'hémicycle est réservé au Congrès, sa capacité de 1.500 places lui permettant d'accueillir l'ensemble des parlementaires. 

2015, le Congrès "low-cost" de François Hollande. Trois jours après les attentats du 13 novembre 2015, François Hollande s'exprime devant le Congrès sur la lutte contre le terrorisme et propose la déchéance de nationalité. Réuni dans l'urgence, ce Congrès a coûté 131.757 euros, selon un rapport sénatorial. Face à la crise terroriste et financière, l'exécutif avait voulu faire montre de sobriété, loin des fastes du précédent quinquennat. Sur ordre de Claude Bartolone, l'ancien président de l'Assemblée, les élus avaient été privés de déjeuner et de collation, n'ayant eu le droit qu'à une simple bouteille d'eau, rapporte Le Parisien.

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François Hollande devant les parlementaires en 2015. ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

Car la réunion des 925 parlementaires de France nécessite une logistique qui peut vite faire grimper la facture : transport des élus, aménagement spécifique, frais de bouche, dispositif de sécurité… Pour réduire les dépenses, le socialiste André Vallini avait proposé en 2009 de déplacer à l'avenir la réunion des deux chambres au Palais des Congrès, porte Maillot. "On pourrait, par exemple, aller en métro et sans prévoir de déjeuner sur place", plaidait-il dans une interview à Libération. Une proposition restée lettre morte.