La rigueur, fatale pour les politiques ?

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La rigueur, fatale pour les politiques ?
Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à faire mieux que la plupart de ses prédécesseurs, qui avaient échoué dans les urenes après avoir annoncé un plan de rigueur ?
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Dans la Ve République, les plans de rigueur ont souvent été sanctionnés dans les urnes.

La Ve République a quasiment commencé avec la rigueur. Deux mois seulement après l’entrée en vigueur du régime, Charles de Gaulle annonçait en effet en décembre 1958 le premier plan d'économies d’une longue série. Car au cours des cinq décennies suivantes, et jusqu’aux annonces de François Fillon lundi, l’austérité économique a, à plusieurs reprises, été instaurée par le pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Dans les urnes, cette décision, sans être à chaque fois totalement décisive, a toujours pesé.

Pour le politologue Stéphane Rozès, l’adhésion des citoyens, et donc des électeurs, aux plans de rigueur, dépend "de trois choses". "Il faut soit que le plan s’inscrive dans une cohérence politique intérieure, ou qu’elle soit la seule politique possible à un moment précis, ou encore que le caractère de justice sociale soit reconnu dans les efforts demandés aux uns et aux autres", détaille l’expert, joint par Europe1.fr.

Dans le passé, certains ont payé cher le non-respect d’au moins un de ses trois critères. Dans l’histoire de la Ve République, seul le général de Gaulle est parvenu à remporter l’élection nationale suivante, en 1962. L’homme du 18-Juin avait lancé une série de réformes, telle que la baisse des dépense publiques, la création du nouveau franc, accompagnée d’une dévaluation, ou encore la désindexation des salaires sur l’inflation. "Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l’épreuve", avait lancé le général de Gaulle en décembre 1958. Quatre ans plus tard, le parti qui le soutenait, l’UNR, avait largement remporté les élections législatives. Et en 1965, Charles de Gaulle devenait le premier président de la République française élu au suffrage universel.

Mitterrand paye le tournant de 1982-1983

Ce tour de force, aucun de ses successeurs ne l’a réussi. En 1976, trois ans après le premier choc pétrolier, Valéry Giscard d’Estaing, confronté à un chômage galopant, lance avec le soutien de l’économiste Raymond Barre un premier plan d’austérité. Il parvient à remporter les législatives de 1978, mais son deuxième plan de rigueur, en 1979, consécutif au second choc pétrolier, lui sera fatal. "Les Français ont estimé qu’une autre politique était possible", résume Stéphane Rozès. Et François Mitterrand sera élu en 1981.

Le premier président socialiste de la Ve République tombera dans un autre écueil, celui de la cohérence politique. "Les socialistes ont payé cher le tournant de la rigueur en 1982-1983, assumé par Pierre Mauroy puis Laurent Fabius", analyse Stéphane Rozès. En effet, dès 1986, le PS est battu aux élections législatives, et la France connaît sa première cohabitation. Et c’est seulement "du fait des erreurs stratégiques de Jacques Chirac (alors Premier ministre sortant, ndlr), que François Mitterrand a pu conserver l’Elysée", assure l’analyste politique. A noter qu’à partir de cette époque, et jusqu’à récemment, le mot de "rigueur", assimilé à la défaite, sera soigneusement évité par la classe politique.

En 95, Chirac "n’avait pas été élu pour faire cette politique"

Mais même si elle ne dit pas son nom, les Français savent reconnaître la rigueur quand elle se présente. Ce sera le cas en 1995. Jacques Chirac vient d’être élu, et Alain Juppé vient de s’installer à Matignon. Les deux hommes lancent alors une série de réformes destinées à assainir l’économie française. Gel des allocations familiales, allongement de la durée de cotisations pour les retraites des fonctionnaires, taxe sur l’industrie pharmaceutique... Les mesures, toutes plus impopulaires les unes que les autres, envoient les Français dans la rue. "Jacques Chirac n’avait pas été élu pour mener cette politique", rappelle Stéphane Rozès. "Les Français ne lui ont pas pardonné". En effet, dès 1997, l’Assemblée nationale passe à gauche, et la France vit sa deuxième cohabitation. Et l’ancien maire de Paris ne devra sa réélection en 2002 qu’à l’incapacité de Lionel Jospin à se qualifier pour le second tour de la présidentielle.

Sarkozy et la menace de la justice sociale

Pour le couple Fillon-Sarkozy, ce n’est pas le manque de cohésion politique qui menace, mais le manque de justice sociale. "Les Français estiment que la politique menée pas Nicolas Sarkozy n’est pas égalitaire, que la charge n’est pas équitablement répartie", assure Stéphane Rozès. Pour autant, le politologue se refuse à pronostiquer la défaite du président sortant en 2012. "La présidentielle reste très ouverte", estime-t-il. "La crise permet à Nicolas Sarkozy de construire un récit qui lui permet de transformer tous ses handicaps, du point de vue des Français, en en donnant une lecture valorisante. La tempête lui est favorable."

En fait, la balle est désormais dans le camp de François Hollande. "Beaucoup repose sur la capacité du candidat socialiste de dire si une autre façon de faire aurait été possible. Il faut donc qu’il s’exprime sur ce sujet." Et si ce dernier parvient à convaincre les Français, Nicolas Sarkozy pourrait lui devenir une victime de plus de la politique de rigueur.

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