Hollande et la "lâcheté" des magistrats : pour Jean-Pierre Mignard, "il faut qu’il répare publiquement ce mot"

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Tout proche de François Hollande qu'il est, l'avocat Jean-Pierre Mignard ne comprend pas et dénonce les mots de François Hollande sur la "lâcheté" de la magistrature.

INTERVIEW

Entre François Hollande et la Justice, la rupture semble consommée. Quelques mots du président de la République ont suffi à mettre le feu aux poudres : la magistrature ? "Une institution de lâcheté", aurait-il dit selon les deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui rapportent ces paroles dans leur livre Un président ne devrait pas dire ça...

"Une appréciation lapidaire et parfaitement inappropriée". Les proches du chef de l'État, du Premier ministre Manuel Valls au garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, ont bien tenté de minimiser l’affaire, rien n’y fait, c’est bien l’embarras qui domine dans le camp de François Hollande. "C’est une appréciation lapidaire et surtout parfaitement inappropriée", lâche Jean-Pierre Mignard, avocat et ami du Président. "Quoi qu’on pense de la justice, des juges, ici ou là, l’institution en tant que telle ne mérite pas d’être traitée de lâche. On ne dit pas plus du Parlement qu’il est lâche ou de l’exécutif qu’il est lâche. L’appréciation doit être récusée, je n’ai rien d’autre à dire", confie-t-il sur Europe 1.

Entendu sur Europe 1
On ne peut pas dire d’une institution qu’elle est lâche (...). Ça ne veut rien dire.

"Incompréhensible". Pour lui, cette réflexion est "facile, injuste et blessante". Un constat plein d’amertume, malgré la tentative de François Hollande d'éteindre l'incendie en recevant les deux plus hauts magistrats de France mercredi soir à l’Élysée. Et de répéter à qui veut bien l’entendre qu’il a toujours fait preuve de respect pour l’institution judiciaire pendant son quinquennat. "C'est exact. Son intervention en est d’autant plus incompréhensible", continue Jean-Pierre Mignard. "Il y a encore quelques jours d’ailleurs, il se vantait, et pas à tort, de n’avoir jamais interféré dans les affaires de justice. Alors pourquoi cette intervention, qui n’est pas fondée ? On ne peut pas dire d’une institution qu’elle est lâche. Il y a des magistrats qui sont courageux, d’autres qui ne le sont pas, ça ne veut rien dire", juge-t-il.

"Je crois qu’il faut qu’il répare publiquement ce mot", préconise enfin Jean-Pierre Mignard. Cette fois, de simples excuses pourraient ne pas suffire.