Harcèlement sexuel : "Montrer du doigt l'Assemblée nationale, c'est un peu dérangeant", pour Éric Woerth

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Éric Woerth, député de l'Oise, invité du Grand Rendez-Vous d'Europe 1, regrette que l'Assemblée nationale soit pointée du doigt en matière de harcèlement sexuel et affirme n'avoir jamais entendu parler de telles pratiques.

INTERVIEW

La libération de la parole sur le harcèlement sexuel a des conséquences sur la vie à l'Assemblée nationale. Depuis quelques jours, des affichettes mentionnant des articles du Code pénal ont été collées dans les couloirs et les ascenseurs pour expliciter ce qu'est le harcèlement sexuel. Une initiative de l'Assemblée nationale qui a "un peu dérangé" Éric Woerth, invité du Grand Rendez-Vous d'Europe 1/CNews/Les Échos

"Il y a un peu de préjugés". "Si les institutions publiques doivent montrer l’exemple d'une lutte acharnée contre le phénomène de harcèlement, pourquoi pas. Mais on peut l'interpréter autrement, comprendre que l’Assemblée nationale serait plus propice au harcèlement sexuel que d’autres institutions. Là, c’est un peu gênant", regrette le député de l'Oise. "D'abord, je ne crois pas que ce soit le cas. Enfin je ne l'espère pas. Les collaborateurs de l'Assemblée, les députés, les personnes qui y passent, me semble-t-il, ne sont pas plus concernés que les autres. Il y a un peu de préjugés", déplore-t-il.

Alors que "l'affaire Baupin" est encore dans toutes les mémoires, Éric Woerth affirme n'avoir "jamais" été témoin de comportements déplacés. "La question a toujours été de savoir si on l’aurait dit ou pas, mais je n’y ai jamais été confronté", martèle-t-il. Il assure même n'avoir "jamais entendu parler de cas de harcèlement sexuel". "C'est pour ça que ces affichettes me dérangent, pas sur le fond mais sur l’image qu’elles renvoient", explique le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale.

Entendu sur Europe 1
On sait aujourd'hui qu’il faut combattre ou dénoncer le harcèlement

"Ce n’est pas juste le problème de l’Assemblée". Récemment, une assistante parlementaire du groupe écologiste a révélé l'existence d'une liste, parmi les assistantes parlementaires, de députés avec qui il ne fallait pas prendre l'ascenseur. "Je n'avais connaissance de cette liste", dit Éric Woerth. "Ce n’est pas le problème de l’Assemblée mais des institutions humaines en général. Qu’il soit dénoncé, cela va de soi. On doit être intransigeant sur ce point. On est en train de franchir un seuil et c’est très bien", se réjouit le député. "Mais montrer du doigt l'Assemblée nationale plutôt que toute autre institution, c'est un peu dérangeant et un peu surprenant."

"Des gens ne savaient pas où fixer le critère de harcèlement". De son côté, Éric Woerth l'assure : "Si j’avais connaissance de cas de harcèlement, je les dénoncerais". Selon lui, il y a eu un changement de mentalité au sein de la société. "Tous les Français les dénonceraient maintenant. Est-ce que c'était le cas avant l'affaire Weinstein ? Je n'en ai pas l'impression. Avant, il y avait un poids et un certain nombre de gens ne savaient pas où fixer le critère entre quelqu’un qui tente un jeu de séduction et quelqu’un qui harcèle sexuellement. Ce n’est pas tout à fait la même chose", précise-t-il. "Tous ces critères ont été heureusement balayés. On sait aujourd'hui qu’il faut combattre ou dénoncer le harcèlement, comme tout crime ou délit."

Ce changement de mentalité, Éric Woerth l'a également observé au sein même de l'Assemblée nationale, renouvelée en juin. "Il y a plus de femmes députées qu’auparavant, notamment des jeunes générations qui ne sont plus prêtes à laisser passer une parole déplacée alors qu’auparavant, la grille de lecture n’était probablement pas la même", estime l'élu, avant de conclure sur ce sujet : "La société française a certainement été trop permissive".