Harcèlement sexuel : l'affaire Baupin en cinq questions

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Harcèlement sexuel : l'affaire Baupin en cinq questions
@ MARTIN BUREAU / AFP
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L'élu écologiste est accusé par plusieurs responsables politiques de harcèlement et de gestes déplacés. Ce qu'il conteste.

Une "sorte de DSK des Verts". C'est ainsi qu'un article universitaire, publié en 2013, qualifiait un responsable d'Europe Écologie-Les Verts sans le nommer. La politiste Vanessa Jérôme y décrivait un élu se livrant à "du harcèlement sexuel depuis plusieurs années" et semblant "bénéficier d'une forme de bienveillance". Trois ans après, plusieurs témoignages, révélés par Mediapart et France Inter, lèvent le voile sur l'identité du harceleur : il s'agirait du député écologiste Denis Baupin.

  • De quoi Denis Baupin est-il accusé par plusieurs élues EELV ?

L'ancien conseiller de Paris, devenu député de la capitale en 2012, est en effet mis en cause par plusieurs élues EELV, qui dénoncent un comportement déplacé, allant jusqu'à l'agression sexuelle, depuis plusieurs années. Ces faits présumés sont couverts pour la plupart par la prescription et émanent de témoignages de huit victimes au total. Aucune plainte n'a été déposée contre Denis Baupin à ce jour. 

Isabelle Attard, députée du Calvados, mais aussi Elen Debost, adjointe à la mairie du Mans, et Annie Lahmer, conseillère régionale d'Île-de-France, témoignent ainsi de dizaines de SMS "provocateurs et salaces" envoyés par Denis Baupin. Ce dernier aurait même poursuivi Annie Lahmer autour d'un bureau, pincé les fesses d'une collaboratrice dans un ascenseur de l'Assemblée nationale et privé de son soutien une militante du collectif Jeudi-Noir qui refusait ses avances. L'actuelle porte-parole d'EELV, Sandrine Rousseau, rapporte quant à elle qu'en 2011, Denis Baupin l'a "plaquée contre le mur" d'un couloir en la "tenant par la poitrine". "Il a cherché à m'embrasser. Je l'ai repoussé violemment." Lorsqu'elle en parle à un autre membre du parti écologiste, elle s'entend simplement répondre : "Ah, il a recommencé."

  • Quelle est la réponse de Denis Baupin ?

Le député écologiste "conteste" tout harcèlement sexuel et "envisage" de porter plainte pour diffamation. D'abord silencieux, Denis Baupin, qui a récemment quitté EELV et est par ailleurs l'époux de la ministre du Logement Emmanuelle Cosse, a en effet finalement réagi à travers un communiqué de ses avocats affirmant que les allégations étaient "mensongères, diffamatoires et qu'elles ne reposent sur aucun fondement". "M. Denis Baupin conteste fondamentalement l'idée de harcèlement sexuel et plus encore d'agression sexuelle, lesquels lui sont totalement étrangers", y est-il écrit.

  • Pourquoi cette affaire sort-elle maintenant ?

Mediapart et France Inter ont enquêté pendant deux mois au sein d'Europe Ecologie-Les Verts. Les langues se seraient déliées après la publication d'un cliché, posté le 8 mars par Denis Baupin sur son compte Twitter. Avec d'autres députés, l'élu pose en arborant du rouge à lèvres pour célébrer la journée internationale des droits des femmes.



L'image a fait bondir les victimes. "Quand je l'ai découverte, cela a provoqué chez moi une vraie nausée", raconte Elen Debost à BFM TV. "Je me suis dit qu'on ne pouvait pas continuer à se taire."

  • Comment a réagi la classe politique ?

Comme beaucoup d'autres membres du parti avant lui, Denis Baupin a quitté EELV au mois d'avril. Les anciens d'Europe Écologie-Les Verts n'ont pas tardé à réagir et à fait part de leur gêne, de François de Rugy, "abasourdi", à Noël Mamère plein de "malaise et de honte". S'ils ont salué le fait que les victimes osent parler, ils se sont néanmoins montrés prudents, appelant, à l'instar de François de Rugy, à laisser la justice faire son travail.

Mais d'après l'enquête menée conjointement par Mediapart et France Inter, les agissements de Denis Baupin étaient connus au sein d'EELV et, dans une certaine mesure, dans la classe politique. David Cormand, devenu secrétaire national d'EELV en février dernier, a ainsi dit avoir été prévenu, tout comme Cécile Duflot, qui avait occupé ce poste entre 2006 et 2012. Mais tous deux soulignent la difficulté de témoigner pour les victimes, et donc d'agir pour les responsables écologistes. "Rien n'était avéré", explique ainsi Cécile Duflot à Mediapart. "Il y avait une zone de flou sur ces comportements. Comment imaginer la vérité ?" Barbara Pompili, ancienne coprésidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, a quant à elle assuré qu'elle s'était emparé du problème avec François de Rugy et que l'"ambigüité" du comportement de Denis Baupin avait été levée.

Le reste de la classe politique, à droite comme à gauche, s'est montré très ferme. Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a ainsi appelé Denis Baupin à "donner des explications à la justice" sur Europe 1, tandis que Valérie Pécresse (LR), interrogée sur France Info, s'est dit "extrêmement choquée" par cette affaire.

  • Quelles conséquences ?

En attendant d'éventuelles suites judiciaires, aucune plainte n'ayant été donc déposée à ce jour, les conséquences des accusations portées contre Denis Baupin sont, pour l'instant, uniquement politiques. L'élu a, selon son avocat, présenté sa démission du poste de vice-président de l'Assemblée nationale. Une démission demandée par Claude Bartolone, président de l'Assemblée, un peu plus tôt dans un communiqué. Cependant, Denis Baupin reste toujours député de Paris, et rien ne l'oblige, à ce stade, à quitter son poste. Il ne peut pas non plus être exclu d'Europe Ecologie-Les Verts, puisqu'il a déjà quitté le parti.

Reste à savoir si d'autres personnalités pourraient être éclaboussées par cette affaire. Emmanuelle Cosse, épouse de Denis Baupin et ancienne secrétaire nationale d'EELV, est en première ligne. Selon le conseiller de Paris EELV Yves Contassot, elle aurait en effet contribué à étouffer les accusations à l'encontre de son mari, alors que la réputation de "cavaleur un peu pénible" de ce dernier était connue. Lors d'un conseil national du parti, il y a un an, Emmanuelle Cosse avait interrompu un débat sur le harcèlement sexuel. Elle était "montée à la tribune pour dire : 'Maintenant ça suffit, on passe à autre chose, on arrête là cette discussion'", raconte Yves Contassot au micro d'Europe 1.

L’entourage de la ministre a démenti ces faits. "Yves Contassot déforme la réalité", expliquent ainsi les proches d’Emmanuelle Cosse, contactés par Europe 1. "Elle n’a pas empêché le débat sur le harcèlement, mais a demandé la mise en place d’une structure spécifique pour que le parti puisse aborder cette question de manière professionnelle", assurent-ils.