Hamon, "petit Benoît" devenu grand

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Hamon, "petit Benoît" devenu grand
@ AFP
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L'ancien ministre de l'Éducation s'est lancé tôt dans la campagne et a choisi d'axer son programme autour de mesures fortes, radicales, clairement identifiables. Cela a payé.

Ils étaient trois, en août 2014, à être brutalement débarqués du gouvernement pour fronde caractérisée. D'Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, pourtant, personne n'aurait cru que c'était le dernier qui, une fois l'heure des comptes venue, se révèlerait le plus menaçant pour la gauche de gouvernement. Deux ans et demi plus tard, déjouant tous les pronostics, c'est bien l'ex-ministre délégué à la Consommation, par ailleurs ministre fugace de l'Éducation nationale sans une seule rentrée scolaire à son actif, qui est arrivé en tête du premier tour de la primaire de la gauche. Un véritable pied de nez à l'égard de Manuel Valls, seulement deuxième. Mais aussi de François Hollande, qui disait de lui, dans Un président ne devrait pas dire ça*, que "aujourd'hui, Hamon, il abandonne le PS, il est quoi ? Pas grand-chose".



Le "petit Benoît" au parcours très classique. Bien peu avaient vu venir celui que Jean-Christophe Cambadélis appelle même, non sans paternalisme, le "petit Benoît". Pourtant, ce n'est pas faute d'être entré tôt dans le giron du PS. Après s'être fait les dents de militant au sein de SOS Racisme, Benoît Hamon a pris sa carte à l'Unef, syndicat étudiant auquel nombre de poids lourds du PS ont été biberonnés pendant leur jeunesse. Il est devenu, en 1993, à 26 ans, le premier président du Mouvement des jeunes socialistes. Et c'est aux côtés de Lionel Jospin, en 1995, puis dans le cabinet du ministère de l'Emploi de Martine Aubry, en 1997, qu'il a ensuite évolué.

Il n'a jamais relâché la pression. Qu'importe. D'autres que lui, au parcours tout aussi balisé, n'en sont jamais arrivé là. En réalité, Benoît Hamon peut surtout se féliciter d'avoir géré d'une main de maître son parcours depuis son départ du gouvernement. D'abord en n'ayant jamais relâché la pression. Redevenu député des Yvelines, l'ancien ministre poursuit sa fronde contre la ligne social-libérale du gouvernement depuis son siège de l'Assemblée nationale, pourfendant tour à tour la loi Macron ou la loi Travail. Sans oublier d'imposer à l'ordre du jour des sujets auquel son nom est aujourd'hui encore associé, comme la reconnaissance du burn-out, qui fait l'objet d'une proposition de loi en 2016. Pendant ce temps, privé de mandat électif, Arnaud Montebourg disparaît des radars et perd peu à peu sa position de premier opposant au gouvernement.

Think tank et conseillers. Autre avantage pris sur l'ex-ministre du Redressement productif : Benoît Hamon ne perd pas de temps. Dès début 2016, il rassemble autour de lui un think tank, les Grecs –tout à la fois référence au peuple grec embourbé dans une crise causée par l'austérité et réponse aux "Gracques", cercle de réflexion plutôt proche de la "droite de la gauche"– pour réfléchir aux idées fortes de son programme. On y croise des jeunes issus des réseaux militants et associatifs, mais aussi des intellectuels et des étudiants de grandes écoles. Grand amateur de sciences sociales, Benoît Hamon dévore les ouvrages, veille à bien s'entourer et prend conseil d'une multitude de gens issus de milieux divers, chercheurs comme économistes, membres d'association comme acteurs de l'économie sociale et solidaire. Dès la mi-août 2016, il se déclare candidat à la primaire. Une petite semaine avant Arnaud Montebourg.

"Il y a une vision politique, une vision du monde".Benoît Hamon peaufine alors son image de candidat le mieux placé pour rompre avec la politique gouvernementale. Il développe un certain nombre de marqueurs qui vont non seulement donner à son programme sa couleur politique particulière mais s'imposer peu à peu comme les thèmes majeurs de la campagne : baisse du temps de travail hebdomadaire à 32 heures, revenu universel d'existence, VIe République, 49.3 citoyen. Sans compter la forte poussée écologiste de son programme qui le différencie beaucoup, notamment, d'Arnaud Montebourg et lui attire la sympathie du candidat EELV, Yannick Jadot.

Peu à peu, il se positionne comme un candidat singulier, qui propose une nouvelle conception de la répartition du travail proche de la gauche radicale, tout en prônant des rapports à l'Union européenne plus apaisés qu'un Jean-Luc Mélenchon. "Il y a une vision politique, une vision du monde", résume le coordinateur de son programme, Nicolas Matyjasik.

Du "tout sauf Valls" au "tout sauf Hamon". Le discours prend. En rassemblant 3.000 personnes à l'Institut national de judo, mercredi soir, Benoît Hamon fait mieux que tous ses adversaires. Et c'est bien sa vision du monde qui cristallise les discussions lors des trois débats de la primaire. Le "tout sauf Valls" glisse même, pendant le dernier grand oral, vers un "tout sauf Hamon". S'il est mis en difficulté, l'ancien ministre de l'Éducation a au moins sous les yeux la preuve qu'il est devenu dangereux pour ses adversaires.

Il y a une vision politique, une vision du monde.

Un "vote de conviction". La dynamique ne s'est pas démentie. Et Benoît Hamon veut désormais croire qu'elle ne le quittera plus. "Les électeurs de gauche ont voté par conviction et non par résignation, sinon ils ne m'auraient pas placé en tête", s'exclame au soir du premier tour celui qui a du mal à cacher sa joie, et dont les paroles sont souvent recouvertes par les cris de militants survoltés. Avec plus de 35% des suffrages, le "petit Ben" –ça, c'est d'Aubry– part favori face à Manuel Valls. L'angle d'attaque de son adversaire est tout trouvé et il le sait : l'ex-Premier ministre pilonnera ses proposition jugées utopistes et trop coûteuses, comme il l'a fait dans son discours, particulièrement virulent, dimanche soir. Dira que l'ancien ministre délégué à la Consommation n'a pas les épaules pour la présidentielle.

"Nous nous battrons jusqu'à la fin". Benoît Hamon, lui aussi, a déjà arrêté sa stratégie lors de sa prise de parole : défendre ses mesures et son projet au carrefour des "questions sociales et écologiques". Sans un mot pour les mesures de son adversaire. La musique choisie pour clore son intervention, Can't hold us, en dit peut-être même encore plus sur l'état d'esprit du vainqueur du premier tour. "This is the moment", chante le duo hip-hop américain Macklemore & Ryan Lewis. "Tonight is the night, we'll fight 'til it's over." "C'est le moment. Ce soir, c'est le bon. Nous nous battrons jusqu'à la fin."