François Hollande endosse son costume de candidat pour 2017

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François Hollande endosse son costume de candidat pour 2017
@ PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
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HÉ OH 2017 ! - Dans un discours prononcé mardi, le président est monté au créneau pour défendre son bilan, ancrer son action à gauche et esquisser des axes de campagne pour la prochaine présidentielle.

Sera-t-il candidat ? La décision ne sera officialisée qu'à la fin de l'année. Mais le discours tenu par François Hollande mardi, en clôture d'un colloque sur "la gauche et le pouvoir", organisé par la fondation Jean Jaurès, ne laissait que peu de place au doute sur les intentions du président. Devant un parterre de ministres, de parlementaires et de sympathisants, le chef de l'État a férocement défendu le bilan de ses quatre premières années de quinquennat avant de tracer les grandes lignes de ce qui pourrait devenir sa campagne pour 2017.

Dans le sillage de ses prédécesseurs. Profitant d'une date symbolique, 80 ans jour pour jour après la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936, François Hollande "s'est inscrit dans le sillage de ses grands prédécesseurs, Léon Blum, François Mitterrand et même, dans une certaine mesure, Lionel Jospin", analyse Stéphane Rozès, politologue président de la société CAP. Le président socialiste a égrené les grandes réformes de gauche, des congés payés à la retraite à 60 ans en passant par le RMI ou les 35 heures. "S'il y a un fil rouge qui relie toutes les périodes où la gauche a gouverné, c'est bien celui du progrès", a-t-il déclaré.

Du progrès. Et François Hollande ne compte laisser personne dire que son quinquennat aura été une exception. "Notre modèle social a été bien plus que préservé, il a même été élargi", a-t-il déclaré, citant notamment la généralisation du tiers-payant ou la création du compte pénibilité. Progrès, également, en matière économique ou environnementale, avec la maîtrise du déficit, qui "sera en dessous des 3% l'année prochaine", ou la loi de transition énergétique. Créations de postes dans l'Éducation nationale, mariage pour tous ou encore lutte contre la fraude fiscale, quasiment toutes les mesures du quinquennat ont été énoncées, justifiées, défendues. "Dans quel pays d'Europe y a-t-il eu autant de progrès réalisés depuis 4 ans ?" a demandé François Hollande à un auditoire acquis à sa cause. "C'était un véritable discours de méthode", note Stéphane Rozès. "François Hollande a vanté un bilan qui l'ancrerait à gauche."

François Hollande s'est inscrit dans le sillage de ses grands prédécesseurs, Léon Blum et François Mitterrand.

Encore un an pour tenir ses promesses. De fait, cet inventaire était surtout destiné à ceux qui, au sein de son propre camp, reprochent à François Hollande d'avoir trahi le discours du Bourget. Accusant à demi-mot une partie de la gauche d'être trop tournée vers le passé ("la nostalgie est un renoncement"), le chef de l'État a nié s'être détourné de son programme initial. "On jugera toujours que [la promesse] la plus importante est celle qui n'a pas encore été réalisée, quand les autres étaient des formalités", a-t-il fait remarquer. "Pour celles et ceux qui s'abreuvent aux 60 propositions, je veux les rassurer. Il reste un an pour y parvenir."

Quelques erreurs d'appréciation. Le président a néanmoins reconnu quelques erreurs d'appréciation, notamment sur la conjoncture économique. "La crise de la zone euro a duré plus que je ne l'avais imaginé en 2012. Les prévisions de croissance établies lors de mon élection n'ont été nulle part vérifiées. Des épreuves ont surgi, ont bousculé nos plans." Ce qui explique, selon lui, la mise en place de mesures qui n'avaient jamais été annoncées, comme la loi Travail. "La responsabilité qui est la mienne, c'est de penser aux Français qui ne jugent plus la gauche et la droite, mais simplement ce qui va être fait. Même si ce n'était pas prévu, [même si] ce n'était pas dans les engagements."

Éloge du "compromis". Estimant que cette loi Travail est "un texte de progrès", "compromis juste et dynamique", François Hollande a commencé à esquisser les grandes lignes d'une campagne à sa propre réélection. Campagne précisément axée sur cet art du "compromis". "Le compromis, ce n'est pas un subtil équilibre, un médiocre point moyen", a expliqué le chef de l'État, dont le goût pour la synthèse a souvent été assimilé à une incapacité à trancher. "C'est tenir son axe avec ténacité, suivre son cap avec solidité." En guise de fermeté, le président a confirmé son opposition, à cette étape des négociations, au traité de libre-échange transatlantique (Tafta). "La France a dit non. Nous sommes pour les échanges mais pas le libre-échange sans règles."

Par ailleurs, le chef de l'Etat a distillé quelques idées qui pourraient bien être intégrées à un futur programme de candidat. Notamment une réforme du parcours législatif, que le président juge trop lent. Après avoir "mis son bilan en récit" et s'être réclamé d'un héritage de gauche, François Hollande a donc "esquissé une philosophie qui lui est propre", estime Stéphane Rozès. "Bilan, méthode, début de récit et fermeté", tous les ingrédients étaient réunis pour se lancer dans la campagne de 2017.