François Bayrou, la stratégie de la porte ouverte

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François Bayrou, la stratégie de la porte ouverte
Invité du 20 Heures de France 2 mercredi, le président du MoDem est resté flou sur un possible ralliement à François Fillon.
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Se présentera-t-il ? Soutiendra-t-il François Fillon ? Ralliera-t-il Emmanuel Macron ? Sur France 2, mercredi, le président du MoDem a affirmé sa décision… de ne rien de décider en vue de 2017.


Son scénario était rôdé. François Bayrou avait tranché : si Alain Juppé était élu candidat de la droite à la prochaine présidentielle, il le rejoindrait. Si c’était Nicolas Sarkozy, il le combattrait dans les urnes. Comme beaucoup, le président du MoDem s’est laissé submerger par la vague François Fillon. À tel point qu’il se retrouve aujourd’hui dépourvu de stratégie claire, si ce n’est celle de négocier. "C’est une décision assez grave pour qu’on la prenne par étape", a-t-il indiqué mercredi soir sur France 2. 

Le rassemblement, "condition de l’alternance". Le maire de Pau ne cesse de marteler ses doutes quant au projet de l’ancien Premier ministre. "J’ai de l’amitié pour François Fillon depuis longtemps et je veux l’alternance. Simplement, le projet qui est le sien est dangereux", a-t-il répété, comme il l'avait déjà dit lors de l'entre-deux-tours de la primaire de la droite. "Je voudrais que les Français et François Fillon ouvrent les yeux sur ces risques-là." La porte n'est donc pas totalement fermée. Les mots, eux, sont pesés. Les intentions, volontairement floues. "Au-delà du résultat de cette compétition, le rassemblement demeure la condition même de l'alternance en 2017", avait-il d'ailleurs rappelé au soir du 27 novembre, dans un communiqué, alors que l’UDI et le Nouveau centre d’Hervé Morin semblent vouloir rallier le camp filloniste. 

Un soutien à François Fillon signerait la fin de sa carrière politique

Un soutien à François Fillon semble donc "impossible et illogique" en l’état, juge le politologue Alexis Massart. "Un tel soutien signerait la fin de sa carrière politique, car il n’y a aucun élément explicatif, hormis celui de courir après la victoire. François Bayrou connait suffisamment la vie politique pour savoir quand il faut se presser et quand il faut temporiser." 

"Les centristes sont en position de force". L’heure est donc à l’attentisme. Il s’agit avant tout pour le Béarnais d’occuper l’espace médiatique et politique et de mettre ainsi en avant le rôle qu’il peut jouer dans la course à l’Élysée. "Tout le monde s’accorde à dire que Fillon ne peut gagner que s’il rassemble", analyse l’historien Jean-Pierre Rioux, auteur de Les Centristes : de Mirabeau à Bayrou. "Sinon, comment faire passer un programme tel que le sien sans avoir une majorité parlementaire qui dépasse la droite conservatrice ? Les centristes sont en position de force", assure-t-il. Notamment, donc, en vue des législatives de juin prochain.

Fillon laisse lui aussi la porte ouverte. Clairement, François Fillon ne serait pas contre un ralliement du centre, de tout le centre, à ses côtés. "J'ai de bonnes relations avec François Bayrou depuis longtemps", a d’ailleurs affirmé l’ex-Premier ministre, lundi, lui aussi sur France 2. Et de continuer : "Il sait très bien que la division pourrait conduire à une situation dramatique pour les idées qu'on représente (…) On va se parler". Pas question, pour autant, d’infléchir son programme politique, a-t-il rappelé. "C’est ce qu’il dit aujourd’hui. Rendez-vous dans un mois", prédit Jean-Pierre Rioux. "Peut-être a-t-il dit quelque chose, peut-être va-t-il réfléchir dans les semaines qui viennent", laisse aussi sous-entendre François Bayrou. 

Un ticket Macron-Bayrou voudrait dire quelque chose

Le centre de l’attention. À moins que le maire de Pau ne cède à l’appel du pied d’Emmanuel Macron. Au soir des résultats de la primaire de la droite, l’ancien ministre de l’Économie a d’ailleurs lancé sans détour, sur BFMTV : "J'invite François Bayrou, s'il n'est pas à l'aise avec le projet de François Fillon, à nous rejoindre, parce que je pense qu'il y a beaucoup de convergences". "Un ticket Macron-Bayrou voudrait dire quelque chose", acquiesce Jean-Pierre Rioux. Mais l’idée n’a pas vraiment l’air de plaire du côté du MoDem. "Il est très sympathique, Macron, mais qu'il nous dise ce qu'il pense plutôt que de venir braconner sur les terres des autres", lance notamment Marc Fesneau à Francetvinfo. "Je dois avouer que je me suis dit 'pour qui se prend-il ?'", ajoute la première adjointe de François Bayrou à Pau, Josy Poueyto. "Il n'est pas en situation de nous faire ce genre de déclaration. Il débarque sur la scène politique, ce serait plutôt à lui de nous rejoindre."

"Non merci" avant le "pourquoi pas" ? La position de François Bayrou à l’égard du candidat Macron n’est pas plus tendre. "Son projet de société est infiniment proche de celui que Nicolas Sarkozy défendait en 2007", avait-il ainsi jugé en septembre dernier. Dans sa bouche, la comparaison est loin d’être flatteuse. "Tant que je serai là, il n'y aura pas d'OPA sur le centre !", avait-il ajouté quelques jours plus tard, après la main tendue du président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, à l'ex-ministre de l'Économie. "Le centre, ce n'est pas n'importe quoi, ce n'est pas ‘ni-ni’, ce n'est pas ‘et-et’, ce n'est pas l'auberge espagnole, où chacun amène son morceau. C'est un projet et une vision qui n'est pas soluble dans les ralliements", avait-il martelé.

Stratégiquement, pour lui, le mieux est d’attendre la primaire de la gauche

Autre hypothèse : prendre de la hauteur. François Bayrou le sait : il a de réelles chances de peser. Politiquement, mais aussi intellectuellement. "Il a de l’expérience, il a fait des scores plus que respectables dans le passé (6,84% des voix en 2002, 18,57% des voix en 2007 et 9,13% des voix en 2012, ndlr). Ce qui n’est pas exclu pour lui, c’est de se positionner comme l’un des sages actuels de la vie politique française, de prendre de la hauteur en appelant à discuter et pourquoi pas à intégrer une partie de ses idées dans un programme, ce qui lui permettrait de sortir plutôt gagnant de cette affaire", explique Alexis Massart. "Reste un problème : son manque de visibilité", continue le politologue. "Qui aura-t-il en face ? Hollande, Valls, voire Montebourg ? Stratégiquement, pour lui, le mieux est d’attendre la primaire de la gauche - organisée les 22 et 29 janvier 2017, nlr)- avant de lancer éventuellement l'appel de Pau."

Bayrou candidat ? Ce serait "suicidaire". En quête de réponses, François Bayrou pourrait donc décider de se lancer lui aussi dans la course à l’Élysée, pour la quatrième fois de sa carrière. "C’est le combat de sa vie", rappelle Jean-Pierre Rioux. Aujourd’hui, le maire de Pau apparaît néanmoins isolé, y compris dans son propre camp. Et les sondages ne sont pas vraiment de nature à le rassurer. "Il risque de finir à 6%", rappelle l’historien. "Il n’est pas dans une position suicidaire", assure Alexis Massart.

"Est-ce qu'on est condamné à des projets comme celui de François Fillon ou celui de Macron, car c'est à peu près le même mode de pensée, des projets qui creusent les inégalités ?". François Bayrou a tout le temps pour réfléchir à la question qu'il se pose. Et compte bien le prendre.